Entretiens

Dea Liane : Georgette, ma deuxième mère


Dea Liane : Georgette, ma deuxième mère

Georgette de Dea Liane, Éditions de L’Olivier, 2023, 160 p.

Née en 1990 dans une famille syro-libanaise, Dea Liane est comédienne. En 2023, elle a fait son entrée sur la scène littéraire avec un roman Georgette, très bien accueilli par la critique.

Georgette est une domestique mais pour la narratrice, elle est surtout une seconde mère, aimante et indispensable. Cette contradiction entre son statut social inférieur et la place qu’elle occupe au quotidien dans la vie de la famille est au cœur de ce récit subtil et délicat. « Je sais ce qu’elle était pour moi. Je ne sais rien d’autre d’elle », écrit l’autrice. En vingt-six séquences, ce roman court mais tenu décrit la vie d’une famille qui se déroule entre la Syrie, le Liban et la France dans les années 90. Les séquences filmées, construites à partir des vidéos que la mère de la narratrice réalise à différents moments-clés (anniversaires, fêtes de Noël ou vacances), structurent le texte et donnent à ce récit son style distinctif et singulier. Et puis vient la séparation, l’absence, le silence, et des années plus tard, l’envie de la retrouver sur Facebook. Avec la peur au ventre. « J’ai pensé que je risquais de briser quelque chose. Cette chose qui m’a fait commencer à écrire ce livre. »

On vous présente comme une Syro-libanaise, alors qu’en réalité, vous êtes Française et avez vécu en France la plus grande partie de votre vie. Quels liens entretenez-vous avec ces deux pays de vos origines ?

Mes deux parents sont syro-libanais, c’est-à-dire que chacun d’eux a un parent libanais et un autre syrien. Tous deux sont nés en Syrie mais ont vécu entre les deux pays, ayant une partie de leur famille au Liban. Je suis née à Damas, puis mon père a eu une offre de travail en France et on s’y est installés alors que je n’avais que deux ans. Plus tard, on lui a proposé un poste au Liban et nous y avons vécu entre mes 7 et mes 10 ans. J’ai des liens très forts avec ce pays ayant gardé beaucoup d’amis au Liban. C’est là-bas que je me sens chez moi et surtout plus libre, plus indépendante qu’en Syrie.

Comment est né ce texte ? Quel en a été le déclencheur, plusieurs années après la tranche de vie à laquelle il se réfère ?

Pendant mes études au Théâtre national de Strasbourg, Stanislas Nordey nous avait conseillé de tenir un journal, ce que je me suis attachée à faire de façon assez régulière. Puis, il y a eu le passage de mes trente ans qui est l’âge de Georgette quand je suis née, et le confinement. Tout cela a abouti au fait que des notes éparses sont devenues un roman. Dans une première étape, j’ai rassemblé des souvenirs et écrit au « je ». Puis, j’ai pensé aux archives familiales, aux nombreuses vidéos filmées par ma mère, et j’ai eu envie d’en faire quelque chose. C’est là que je suis passée à la seconde étape : j’ai traduit des scènes filmées en écriture. À la phase du montage, j’ai procédé comme pour le montage d’un film. J’ai conservé la chronologie pour les scènes filmées et j’ai entretissé les autres chapitres de façon intuitive. Sans le recours aux archives vidéos, je n’aurais pas trouvé la bonne structure.

Le chapitre qui parle de vos rapports aux langues est très riche. Pour le français, les choses sont assez claires, mais c’est pour l’arabe que ça se complique.

Comme j’arrive en France alors que je n’ai que deux ans, je commence à parler français de façon assez naturelle. Donc mon rapport à cette langue est simple et de ce côté-là, je suis le produit de l’éducation de ma mère : sa langue de cœur est le français, elle a fait des études de littérature française et elle milite au MLF. Après notre installation en France, elle décide de nous parler tout le temps en français pour faciliter notre intégration. Mon père en revanche parle arabe à la maison, mais moi je lui réponds en français. L’arabe, c’est avec Georgette que je le parle. J’ai donc deux langues maternelles. Mais mon lien à l’arabe est plus complexe : il y a celui de mon père qui est la langue de ses colères et de son autorité ; il y a celui de Georgette ; et il y a celui que j’ai découvert en travaillant le rôle d’Asmahan pour le théâtre. Je plonge alors dans la poésie et la musique arabes et je découvre l’arabe littéraire.

Dea Liane au festival

Autobiographie du quotidien, discussion entre Dea Liane et Aude Picault, samedi 25 octobre à 13h30, ESA (Amphithéâtre Fattal).

Asmahan et les divas arabes, lecture dessinée, samedi 25 octobre à 15h30, ESA (Grande Scène).

Georgette de Dea Liane, Éditions de L’Olivier, 2023, 160 p.Née en 1990 dans une famille syro-libanaise, Dea Liane est comédienne. En 2023, elle a fait son entrée sur la scène littéraire avec un roman Georgette, très bien accueilli par la critique.Georgette est une domestique mais pour la narratrice, elle est surtout une seconde mère, aimante et indispensable. Cette contradiction entre son statut social inférieur et la place qu’elle occupe au quotidien dans la vie de la famille est au cœur de ce récit subtil et délicat. « Je sais ce qu’elle était pour moi. Je ne sais rien d’autre d’elle », écrit l’autrice. En vingt-six séquences, ce roman court mais tenu décrit la vie d’une famille qui se déroule entre la Syrie, le Liban et la France dans les années 90. Les séquences filmées, construites à partir...
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