Le coureur danois Jonas Vingegaard (à droite) de l'équipe Visma-Lease a bike franchit la ligne d'arrivée en deuxième position, suivi du coureur portugais Joao Almeida de l'équipe UAE lors de la 14e étape du Tour d'Espagne, une course de 135 km entre Aviles et La Farrapona à Somiedo, le 6 septembre 2025. Photo Miguel RIOPA / AFP
Le chaos causé par les manifestations propalestiniennes sur la Vuelta a mis en lumière la grande vulnérabilité des courses cyclistes, très difficiles à sécuriser, et certains craignent pour les prochaines grandes échéances à venir, à commencer par le Tour de France.
« D'ici au Tour de France, espérons que le conflit à Gaza soit résolu », a déclaré lundi le directeur du Tour d'Espagne Javier Guillén, alors que les trois premières étapes de la Grande Boucle auront lieu sur le sol espagnol l'année prochaine, au départ de Barcelone.
Dimanche, le patron de la Vuelta a assisté, impuissant, aux scènes de chaos à Madrid lorsque des milliers de manifestants, protestant contre le « génocide sioniste » à Gaza et la participation à l'épreuve de l'équipe Israel PT, ont mis fin prématurément à la dernière étape.
Stoppés à plus de 50 kilomètres de l'arrivée, les coureurs ont directement regagné leurs hôtels. A la nuit tombée, certains, dont le vainqueur Jonas Vingegaard, ont improvisé un podium sur leur parking pour fêter la fin d'une course perturbée de bout en bout. Ce n'est pas la première fois qu'une course cycliste est ainsi visée.
En mai, lors du Tour d'Italie, des manifestants propalestiniens avaient tendu une corde peu avant l'arrivée de la 15e étape à Naples. Et en juillet, un homme portant un tee-shirt sur lequel on pouvait lire « Israel out of the Tour » (« Israël hors du Tour »), avait perturbé l'arrivée de la 11e étape du Tour de France à Toulouse.
Mais ces incidents restaient isolés, incomparables avec les manifestations de masse en Espagne, un pays où la cause palestinienne est très populaire.
« Tribune efficace »
Aujourd'hui, certains dans le peloton craignent que cette Vuelta marque un précédent dans un sport pratiqué sur la route avec des parcours ouverts à tous, gratuitement, sans billetterie ni contrôles.
« Désormais il est clair aux yeux de tout le monde qu'une course cycliste offre une tribune efficace pour des revendications. La prochaine fois ce sera pire encore puisque certains ont laissé faire et détourné leur regard », a écrit l'expérimenté coureur polonais Michal Kwiatkowski dès dimanche soir sur les réseaux sociaux.
« Si l'UCI et les instances compétentes n'ont pas pris les bonnes décisions suffisamment tôt, le fait que des manifestants aient eu gain de cause va nuire au cyclisme à long terme. On ne peut pas faire comme si rien ne s'était passé », s'est-il encore ému.
La question se pose notamment pour le prochain Tour de France qui partira de Barcelone le 4 juillet 2026. Contactés lundi, les organisateurs d'ASO n'ont pas commenté. Mais d'ici là, il y aura bien d'autres courses où la présence de l'équipe Israel Premier Tech risque de donner du grain à moudre aux manifestants.
Plusieurs centaines de personnes se sont ainsi rassemblés dimanche au Grand Prix de Montréal pour protester, sous haute protection policière, contre « Israel Premier Tech ambassadeur du génocide », comme on pouvait le lire sur une pancarte.
L'UCI charge le gouvernement espagnol
Sur la Vuelta, plusieurs coureurs ont plaidé pour un départ de l'équipe créée par le milliardaire israélo-canadien Sylvan Adams. Le directeur de l'épreuve a également suggéré qu'un tel retrait permettrait d'apaiser la situation, tout en rappelant que la décision revenait à l'Union cycliste internationale (UCI).
« On a alerté l'UCI sur la situation. Ils ont pris position à travers un communiqué pour garder Israel PT dans la course. On n'a rien pu faire d'autre, sans leur autorisation, cela aurait eu des conséquences judiciaires », a rappelé Javier Guillén lundi.
Lundi soir, l'UCI, qui n'avait plus communiqué depuis le 3 septembre, a rendu hommage au « sang-froid » des organisateurs, avant de charger le gouvernement espagnol de Pedro Sanchez, coupable à ses yeux d'avoir donné son soutien aux manifestants.
« Cette position est en contradiction totale avec les valeurs olympiques de rassemblement, de respect mutuel et de paix. Elle est en outre de nature à remettre en cause la capacité de l'Espagne à accueillir de grands événements sportifs internationaux « , a même fustigé l'instance dans un communiqué.
L'UCI n'a pas mentionné Israel Premier Tech qui, par ses résultats sportifs, est automatiquement invitée sur toutes les plus grandes courses. Sur la Vuelta, l'équipe a retiré l'appellation Israel de son maillot sur plusieurs étapes mais a refusé catégoriquement de jeter l'éponge.
« Ce serait la fin non seulement de notre équipe mais de toutes les autres aussi. Demain, ils vont protester contre les équipes de Bahrain, UAE et Astana. Il y aurait des boycotts sans fin », avait insisté Sylvan Adams lors de sa venue sur le Tour d'Espagne en deuxième semaine.


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