Le vice-président du gouvernement libanais, Tarek Mitri. Photo envoyée par le bureau deTarek Mitri
Dans une interview exclusive accordée dimanche à la chaîne Syria TV, le vice-président du Conseil des ministres libanais, Tarek Mitri, a démenti que Damas ait demandé la libération de détenus libanais ou d’autres détenus arabes, contrairement à ce qui a été rapporté dans certains médias ces derniers jours.
Des manifestations pour réclamer la libération de prisonniers islamistes libanais ont été o9rganisées par leurs familles et soutiens. Le plus connu d'entre eux est le cheikh Ahmad el-Assir, arrêté en 2015 pour avoir mené des affrontements meurtriers contre l’armée libanaise en 2013 à Abra, une banlieue de Saïda, dans le sud du Liban. La libération de ces prisonniers ne faisait donc, sauf déclaration contraire, pas partie des demandes syriennes lors des discussions libano-syriennes récemment entamées pour résoudre plusieurs litiges et qui se déroulées avec « une volonté notable de compromis et un esprit positif » selon les propos de Tarek Mitri.
Deux délégations libanaises se sont en effet rendues à Damas dimanche dernier pour discuter de la question des prisonniers syriens au Liban et des enjeux frontaliers. Cette visite faisait suite à un déplacement à Beyrouth, le 1er septembre, d’une délégation syrienne qui avait rencontré M. Mitri, dans la première rencontre de ce type depuis la chute du gouvernement de Bachar el-Assad en décembre 2024. Cette réunion avait porté sur les réfugiés, les détenus dans les prisons libanaises, la démarcation des frontières et le sort des disparus.
Le vice-président du gouvernement a souligné que le « caractère amical des réunions a permis des échanges francs et a évité les formalités officielles », ajoutant que les « relations libano-syriennes sont entrées dans une nouvelle phase, différente des précédentes ».
M. Mitri a noté que le ton employé par le président syrien Ahmad el-Chareh envers le Liban avait rassuré les Libanais et ouvert une nouvelle fenêtre de rapprochement. Il a insisté sur le fait que le « cheminement actuel des relations n’est pas exempt d’obstacles, mais repose sur la confiance mutuelle et la volonté d’avancer ». Le mois dernier, M. Chareh avait affirmé vouloir « une relation d’État à État avec le Liban, fondée sur des solutions économiques, la stabilité et l’intérêt mutuel ».
La Syrie est « sérieuse »
En outre, M. Mitri a qualifié le dossier des détenus syriens de « simple et difficile à la fois ». Il a expliqué que le règlement de ce dossier nécessite « un cadre juridique commun ». « Nous travaillons sérieusement et rapidement à l’élaboration d’un accord de coopération judiciaire qui établira un cadre légal pour traiter ce problème. Dans un premier temps, il concernera les Syriens détenus pour leur opposition à l’ancien régime, et non ceux accusés de crimes ou de délits », a-t-il ajouté. M. Mitri a précisé que « les discussions n’en sont pas encore au stade des noms ou des listes, et que les deux parties s’emploient d’abord à remplir les conditions préalables avant de passer à cette étape ».
Concernant les critiques émises au Liban sur le niveau de la délégation syrienne ou sur le sérieux de Damas à traiter ces dossiers, M. Mitri a répondu fermement que ces « doutes ne reposent pas sur des faits mais sur un climat chargé de spéculations et de rumeurs ». « La délégation syrienne était bien informée et composée de personnalités clés disposant de larges connaissances. Nous avons ressenti un réel sérieux et un engagement à l’ouverture », a-t-il précisé.
M. Mitri a confirmé que la question du retour des migrants et réfugiés syriens dans leur pays avait été clairement abordée, et que la partie syrienne y avait pleinement consenti sans poser de conditions. Il a expliqué que « les efforts se poursuivent pour faciliter leur retour, et que le nombre de rapatriés augmente chaque jour ».
Concernant la contrebande, il a indiqué que « la majeure partie de la frontière est désormais contrôlée par les deux côtés, même si les opérations de contrebande n’ont pas complètement cessé ». « Aujourd’hui, l’effort porte principalement sur la lutte contre la contrebande de drogue. Quant aux informations sur des infiltrations armées, il s’agit davantage d’exagérations que de faits », a-t-il noté.



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