Le gouvernement libanais réuni le 9 septembre 2025. Photo diffusée par le Grand sérail.
Attendues depuis plus de vingt ans, le Conseil des ministres a procédé jeudi aux nominations au sein des autorités de régulation des secteurs des télécommunications et de l’électricité, a annoncé le ministre de l'Information Paul Morcos, à l'issue de la séance. Il a aussi décidé d'accorder l’autorisation pour Starlink de fournir un accès Internet par satellite sur l’ensemble du territoire libanais, via les satellites de la société américaine SpaceX.
Une source informée a indiqué à L'Orient-Le Jour que Mohammad Marwan Jamal a été nommé président de l’Autorité de régulation de l’électricité, aux côtés de Daniel Geha, Mitri Daher, Sourina Mortada et Ziad Rahmé. « Cette autorité constitue la pierre angulaire de la réorganisation du secteur électrique, a affirmé le ministre de l’Énergie, Joe Saddi. Elle contribuera à neutraliser le secteur face aux ingérences politiques, garantira sa continuité et ouvrira la voie aux investissements dans les énergies renouvelables ».
L'Autorité de régulation de l’électricité est une institution indépendante chargée, entre autres, de fixer les tarifs et de superviser les contrats avec le secteur privé pour la production et la distribution d’électricité. Bien que le législateur ait stipulé la création d’une Autorité dès 2002 (loi 462), celle-ci attendait toujours d’être mise en place, de nombreux conflits politiques ayant jusque-là empêché les différents gouvernements successifs de procéder à ses nominations et conduit à la passation de multiples marchés hors des procédures prévues par la loi. « Après 23 ans de retard, de tergiversations et de procrastination, le gouvernement a approuvé aujourd’hui la création de l’Autorité de régulation de l’électricité », a réagi Samir Geagea, le chef des Forces libanaises - dont relève M. Saddi - sur X, avant de saluer la fin de 'la culture de l'obscurité », dans une pique évidente au Courant patriotique libre qui a conservé ce portefeuille de 2008 à 2025. « Cette étape est fondamentale et essentielle. Elle fait partie des réformes réclamées par la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, l’Union européenne et l’ensemble des amis du Liban, arabes et étrangers », a encore ajouté M. Geagea. La remise en route de cette autorité indépendante faisait notamment partie des prérequis convenus lors de la CEDRE de 2018 avant l’octroi de tout financement.
Toujours selon la source précitée, Jenny Gemayel a été nommée présidente de l’Autorité de régulation des télécommunications. Cette autorité constitue elle la pierre angulaire du texte qui réorganise les télécommunications au Liban, en vue d’en améliorer la gouvernance et de paver la voie à la privatisation du secteur. Là encore, sa formation était également paralysée depuis plus de 20 ans, notamment en raison des rivalités confessionnelles.
Starlink au Liban
Jeudi, le Conseil des ministres a aussi approuvé l’autorisation pour Starlink de fournir un accès Internet par satellite sur l’ensemble du territoire libanais, via les satellites de la société américaine SpaceX fondée par Elon Musk.
Jusqu’à présent, le Liban dépend principalement de câbles sous-marins et terrestres pour sa connexion Internet et la distribution d’Internet au demeure un monopole d’État, en vertu de la loi n° 431 de 2002 - qui accorde des droits internet exclusifs à l’État libanais - et passe exclusivement par Ogero ainsi que les opérateurs Alfa et Touch.
En juin 2025, Elon Musk avait exprimé son souhait de « voir ses entreprises présentes au Liban » lors d’un appel téléphonique avec le président Joseph Aoun. Les négociations avec SpaceX avaient toutefois échoué sous le précédent gouvernement de Nagib Mikati, en raison du coût des prestations et d’une contrainte technique : la firme américaine exigeait que les serveurs de gestion des données libanaises soient hébergés au Qatar ou en Allemagne, en contradiction avec la loi n° 81 sur la protection des données personnelles. En juillet, le Premier ministre Nawaf Salam avait reçu une délégation du groupe français Eutelsat, spécialisé dans les services Internet par satellite, laissant planer le doute sur l’issue des discussions avec Starlink.
Enfin, une source gouvernementale a déclaré à L'Orient-Le Jour que la nomination des membres du conseil supérieur des douanes n’a pas été examinée lors de la séance. « Les candidatures devaient nous parvenir avant la réunion, ce qui n’a pas été le cas », a précisé la source gouvernementale, indiquant que le débat serait reporté à la semaine prochaine. Selon une autre source, un désaccord serait survenu concernant un siège chrétien au sein du Conseil supérieur des douanes, entraînant le report de la nomination à une prochaine séance. Le différend concerne Hadi Afif, proche du président du Parlement Nabih Berry et du patriarche maronite Béchara Raï, la nomination se heurtant à l’opposition des Forces libanaises.
Le dossier de la décharge de Jdeidé, qui accueille les ordures de tout le Mont-Liban nord, a également été reporté, a indiqué M. Morcos.


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