Les résultats d'un vote sur une résolution demandant au Conseil de sécurité des Nations unies de soutenir l'adhésion à part entière de la Palestine à l'ONU, le 10 mai 2024. Photo d'archives Charly Triballeau/AFP
En réponse au génocide actuellement perpétré par Israël à Gaza, ainsi qu’à l’escalade des violations des droits de l’homme par l’État hébreu en Cisjordanie, la communauté internationale relance la dynamique en direction de la création d’un État palestinien. Fin juillet, la France et l’Arabie saoudite ont coprésidé une réunion de haut niveau à New York, à laquelle ont participé les représentants de plus de 100 pays, afin de créer une mobilisation autour de cet objectif. Depuis, le Canada, l’Australie ainsi que plusieurs pays arabes se sont joints à cet appel, et le Royaume-Uni a déclaré envisager d’en faire de même si Israël ne consentait pas à un cessez-le-feu.
Largement saluée comme une initiative diplomatique importante, la promotion de l’idée d’un État palestinien n’en demeure pas moins une simple mise en scène politique en cette période de famine systémique orchestrée par Israël. La version d’un « État palestinien » actuellement défendue par la communauté internationale ne permettra en effet ni de mettre un terme au génocide à Gaza ni d’aboutir à un véritable État souverain.
Le renouveau de mobilisation à l’appui d’un État palestinien dans la période actuelle ne sert qu’un seul objectif : conférer à Israël une légitimité et une couverture diplomatique pour les atrocités que l’État hébreu perpétue à Gaza, ainsi que pour les assauts qu’il continue de mener en Cisjordanie. Au mois de mars 2025, 147 des 193 États membres des Nations unies reconnaissaient déjà l’État palestinien. Une communauté internationale qui, par manque de volonté ou de capacité à le faire, échoue à mettre fin à une famine organisée à Gaza ne parviendra jamais à imposer à Israël les concessions nécessaires à un État palestinien réellement souverain. En réalité, le temps de la création d’un État palestinien est déjà derrière nous. Depuis des décennies, Israël s’efforce systématiquement de rendre cette perspective quasiment impossible. Sur le plan territorial, institutionnel, financier et juridique, une telle entité ne ressemblerait guère à un État-nation souverain.
Démantèlement des colonies ?
Pour commencer, le territoire en question est fragmenté, divisé en enclaves isolées et inclurait tout au plus 40 % de la Cisjordanie – excluant probablement l’ensemble de Gaza. La communauté internationale obligera-t-elle Israël à renoncer au contrôle de la zone C, à savoir les 60 % de la Cisjordanie qui demeurent militairement et administrativement sous le contrôle total de l’État hébreu ? Fera-t-elle pression sur Israël pour qu’il cède le contrôle de la bande de Gaza ?
Depuis 1967, tous les gouvernements israéliens ont étendu les colonies dans les territoires palestiniens occupés, encourageant systématiquement les citoyens juifs à s’installer en Cisjordanie, au moyen d’incitations financières et de la construction de nouvelles infrastructures. Chaque colonie est sécurisée par une unité civile, non seulement financée et armée par le ministère israélien de la Défense, mais également soutenue directement par l’armée israélienne. La communauté internationale exigera-t-elle de l’État hébreu qu’il démantèle ces colonies ou qu’il instaure un système juridique singulier consistant à soumettre les Palestiniens – musulmans comme chrétiens – et les Israéliens juifs aux mêmes lois ?
En vertu de l’accord intérimaire d’Oslo II de 1995, Israël conserve le contrôle total de toutes les ressources en eau dans les territoires occupés. Les Palestiniens ont par conséquent accès à seulement 20 % de l’eau issue de la nappe phréatique montagneuse de Cisjordanie, une ressource partagée par les Israéliens et les Palestiniens. La communauté internationale obligera-t-elle Israël à mettre en place une distribution plus équitable de ces ressources entre les communautés palestiniennes et les colonies juives israéliennes en Cisjordanie ?
En l’état actuel de la situation, Israël contrôle en quasi-totalité les frontières extérieures des territoires occupés. Chaque Palestinien – y compris le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas – doit obtenir une autorisation israélienne pour entrer ou sortir, et bien souvent pour se déplacer à l’intérieur même des Territoires. La communauté internationale imposera-t-elle à Israël de renoncer au contrôle des frontières et des points de passage ?
Sanctions
Créée en 1994 pour administrer les affaires palestiniennes en Cisjordanie et à Gaza, l’Autorité palestinienne fonctionne moins comme un gouvernement que comme un sous-traitant de l’occupation militaire israélienne. Israël se réserve même le pouvoir d’approuver ou non ses résultats électoraux. La communauté internationale exigera-t-elle d’Israël et de ses alliés qu’ils organisent des élections véritablement libres et équitables – et qu’ils en acceptent bien entendu les résultats ?
En vertu du protocole de Paris de 1994, Israël contrôle le transfert vers l’Autorité palestinienne des recettes de taxe sur la valeur ajoutée, qui représentent pour elle une importante source de revenus. La communauté internationale obligera-t-elle Israël à laisser le gouvernement palestinien gérer ses propres revenus ?
Ces questions ne représentent qu’un rapide aperçu des nombreux obstacles qui se dressent sur le chemin d’un futur État palestinien et n’abordent même pas les injustices historiques auxquelles les Palestiniens ont été soumis, parmi lesquelles une privation de droits pour des millions de réfugiés.
Évoquer la création d’un État palestinien sans se pencher sur ces questions, c’est se contenter de détourner l’attention des atrocités commises par Israël. L’histoire démontre qu’aucun génocide n’a jamais été stoppé en faisant appel à la raison de ses auteurs. Seules des mesures de type sanctions et embargo sur les armes contraindront Israël à cesser d’exercer sa force destructrice.
Plutôt que de se livrer à des gestes politiques vides de sens, les dirigeants mondiaux doivent se poser trois questions fondamentales : Le droit international doit-il s’appliquer à Israël ? Les droits humains des Palestiniens doivent-ils être respectés ? Et la communauté internationale est-elle réellement déterminée à préserver l’ordre mondial d’après-guerre ? Les réponses à ces questions détermineront non seulement l’avenir du conflit israélo-palestinien, mais également la crédibilité même du système fondé sur des règles.
Professeure de sciences politiques à l’Université James Madison. Dernier ouvrage : « Promoting Democracy : The Force of Political Settlements in Uncertain Times » (New York University Press, 2019)


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