Des personnes marchent avec des sacs d'aide humanitaire qu'elles ont reçus dans un centre de distribution géré par la Gaza Humanitarian Foundation (GHF), soutenue par les États-Unis et Israël, alors qu'elles traversent le « couloir de Netzarim » dans le centre de la bande de Gaza, le 22 août 2025. Photo AFP / EYAD BABA
L'aide humanitaire que les autorités d'Israël autorisent à entrer dans Gaza ravagée par la guerre reste « une goutte d'eau dans l'océan », a déploré mardi auprès de l'AFP le chef du Programme alimentaire mondial (PAM), Carl Skau. L'ONU a officiellement déclaré vendredi la famine à Gaza et en a attribué la responsabilité à l'Etat hébreu, qui y multiplie les opérations militaires meurtrières depuis l'attaque du mouvement islamiste Hamas sur son sol le 7 octobre 2023.
Par la voix de son Premier ministre Benjamin Netanyahu, Israël a rejeté cette accusation et dénoncé un « mensonge éhonté ». Après avoir imposé en mars à la bande de Gaza un blocus humanitaire total, causant de graves pénuries alimentaires, le gouvernement israélien l'a assoupli fin mai et autorisé le retour de l'aide.
Il y a eu une « légère hausse », a reconnu le patron du PAM lors d'un entretien accordé à l'AFP à l'occasion d'une visite dans la capitale indienne New Delhi. « Mais ça reste une goutte d'eau dans l'océan au regard des quelque 2,1 millions de personnes que nous soutenons », a ajouté M. Skau. « Il faudrait un niveau d'aide totalement différent pour pouvoir enrayer la marche vers la famine ».
Après des mois d'alertes, le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) onusien, a confirmé vendredi qu'une famine était en cours dans le gouvernorat de Gaza. Selon les experts de l'ONU, plus d'un demi-million de Gazaouis sont victimes de conditions « catastrophiques », le niveau de détresse alimentaire le plus élevé de l'IPC, caractérisé par la famine et la mort.
« Le niveau de désespoir y est si fort que les gens continuent à arracher la nourriture de nos camions », a décrit mardi le chef du PAM. « Quand nous ne sommes pas en mesure d'organiser des distributions ordonnées, nous ne pouvons pas venir en aide aux plus vulnérables, les femmes et les enfants des camps », a poursuivi l'ancien diplomate suédois. « Ce sont eux qu'il faut aider maintenant si nous voulons éviter une catastrophe », a-t-il insisté.
« Désastre »
Gaza n'est toutefois pas la seule région du monde souffrant de la famine à l'heure où le financement de l'aide humanitaire a connu une forte baisse (-40%) depuis un an, a rappelé M. Skau. Quelque 320 millions de personnes se trouvent aujourd'hui en état d'insécurité alimentaire aigüe, plus du triple d'il y a cinq ans.
« Nous sommes confrontés à une série de crises qui, en d'autres temps, auraient fait la +une+ de l'actualité mondiale », a poursuivi le chef du PAM, citant le cas du Soudan en guerre où 10 millions de personnes sont en état de famine. « C'est la crise alimentaire et humanitaire la plus importante (...) depuis la fin de la famine en Ethiopie dans les années 1980 », a-t-il souligné, « un désastre d'une magnitude inimaginable ».
Le Soudan du Sud voisin est lui aussi menacé et pourrait devenir « un troisième foyer de famine » sur la planète, a averti Carl Skau, « ce qui serait sans précédent ».
Ce pays « pourrait même devenir la principale crise alimentaire » sur la planète, avec selon lui « des besoins considérables et, pour être honnête, très peu de ressources disponibles ». La décision de Donald Trump de couper drastiquement le budget de l'aide humanitaire américaine a porté un coup fatal à de nombreuses opérations humanitaires dans le monde. « Nous sommes confrontés à une baisse dramatique des financements, alors qu'il faudrait les augmenter », a ajouté M. Skau.
Si les guerres et les conflits en restent la cause principale, les famines sont également liées aux « événements météorologiques extrêmes dus au changement climatique » et aux « chocs économiques (...) et guerres commerciales qui poussent les prix de l'alimentation à la hausse », a rappelé le responsable onusien. « Nous nous rapprochons de pays tels que l'Inde, l'Indonésie, le Brésil et d'autres, au-delà des donneurs traditionnels, pour voir s'ils peuvent nous venir en aide », a-t-il indiqué.


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