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Lifestyle - La Mémoire Des Podiums (6/6)

Les dessous de la relation Madonna/Gaultier ou comment un soutien-gorge a percé tous les codes

​​Cet été, « L’Orient-Le Jour » vous propose de revisiter six collections de couture mythiques qui, chacune à sa manière, ont révolutionné les codes de la fashion sphère contemporaine. Pour ce sixième et dernier numéro, impossible de passer à côté de l’i(cone)ique collection qui a uni les destins de la reine de la pop et du parrain rebelle de la mode française.

Les dessous de la relation Madonna/Gaultier ou comment un soutien-gorge a percé tous les codes

Madonna et Jean-Gaultier à Los Angeles en 1992. Photo tirée du compte Instagram @madonna

Paris, octobre 1984. Sous la coupole du Cirque d’Hiver, les conversations bruissent alors que les lustres reflètent leur éclat sur les chaises et tables de bois ancien. Pour la première fois, un certain Jean-Paul Gaultier, encore inconnu du grand public, y expose son cone-bra, pièce sculpturale et provocante, instantanément mythique.

Au fil des quinze minutes du défilé, les mannequins irradient sensualité et assurance, ensorcelant un public réputé stoïque. Subversion et humour s’entrelacent dans un spectacle où tout vacille et où la mode bascule grâce à l'irrévérence du nouvel enfant terrible de la mode.

Prémices d’un génie

Dans sa banlieue parisienne, un jeune garçon regarde le monde à travers les uniformes, tissus et formes qui l’entourent. Il s’appelle Jean-Paul, fils d’un marin et d’une coiffeuse, et grandit dans un foyer modeste où chaque détail du quotidien devient terrain d’imagination. Très tôt, il s’évade grâce à sa grand-mère, figure tendre et excentrique, qui l’encourage à dessiner et l’initie au pouvoir des vêtements alors qu’il s’émerveille des défilés d’Yves Saint Laurent ou de Pierre Cardin, retransmis à la télévision, qu’il recopie dans ses cahiers.

L'un des premiers défilés de Gaultier, en 1984. Photo d'archives AFP
L'un des premiers défilés de Gaultier, en 1984. Photo d'archives AFP


Adolescent, il amasse des magazines de mode, découpe, détourne, colle, réinvente avec des silhouettes qui brouillent déjà les frontières des genres. Curieux, provocateur, il se nourrit autant de la rue que des cabarets, des cultures populaires que des avant-gardes parisiennes.

Quand il débute, sa signature s’impose d’emblée et tranche avec le traditionalisme ambiant. Pin-up, marins, corsets et blousons de cuir deviennent ses archétypes, aussitôt transformés par une imagination sans frontière. Dans les années 1980, il renverse la norme en choisissant des mannequins hors du moule au travers de femmes aux cheveux argentés, aux silhouettes généreuses, aux peaux tatouées ou encore aux visages percés. Là où l’industrie étouffe, lui respire la différence et la revendique fièrement.

Imprévisible, on le dit capable de foncer tête baissée dans ses folies sans jamais céder. Perfectionniste jusqu’à l’obsession, passionné jusqu’à l’épuisement, parfois colérique, toujours incandescent, Gaultier incarne une énergie rare. Ses collections, exigeantes et théâtrales, deviennent des laboratoires vivants où la mode se déconstruit pour mieux renaître.

Avant Madonna, la mannequin Iman dans un version revisitée du « cone bra » originale. Photo d'archives AFP
Avant Madonna, la mannequin Iman dans un version revisitée du « cone bra » originale. Photo d'archives AFP

Le toy boy Nana

Avec Barbès, il ne se contente pas de présenter une collection. Il raconte un quartier, une effervescence, un monde. Jean-Paul Gaultier puise dans le tumulte bigarré du 18ᵉ arrondissement — les étals des marchés, les tissus wax africains, les éclats caribéens, les bijoux clinquants vendus à la sauvette — et propulse ce chaos jubilatoire sur le podium. Le résultat ? Un manifeste hybride, populaire et insolent. Corsets à laçage serré, velours froissé, cônes fuselés surgissant comme des dards, dentelle mêlée de résille, tout converge vers une pièce, le Bombshell Breasts Dress, en velours rose et orange, qui scelle sa réputation dès cette première grande collection.

Ici, Gaultier réinvente l’héritage des années 1950. Le bullet bra, popularisé par Marilyn Monroe et Jayne Mansfield. Les soutiens-gorge coniques qu’il imagine reprennent les coutures concentriques de l’époque, mais les amplifient en les rendant plus rugueux, moins sages, comme un pied de nez à la lingerie lissée. Car derrière cette audace se cache la tendresse d’un souvenir. Enfant, le petit Jean-Paul s’inspirait des corsets et guêpières de sa grand-mère, et son tout premier cône était en réalité destiné… à son ours en peluche, Nana.

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Les mannequins, lèvres carmin, yeux charbonneux, coiffures crêpées, avancent comme des personnages échappés d’un cabaret populaire pour le plus grand bonheur de la presse spécialisée. Le Vogue britannique salue « une explosion jubilatoire », tandis que l’édition américaine détourne pudiquement le regard, jugeant ces seins coniques trop scandaleux pour ses pages, du moins jusqu’à l’entrée en scène de la plus populaire des popstars dans son giron…

Le duo qui a fait trembler la mode

Parce que qui aurait imaginé une telle alliance ? L’enfant terrible de la mode parisienne et la Madone de la pop, réunis autour d’un soutien-gorge devenu arme de séduction massive. Entre la moitié de la décennie 1980 et la fin de la suivante, Madonna n’est pas seulement une chanteuse. Mythifiée, elle est une usine à scandale et une attitude construite avec autant de précision que ses refrains. Grâce à elle, le cone bra franchit l’Atlantique. D’abord dans le clip de Vogue (1990), puis, la même année, sur la tournée Blonde Ambition, souvent citée comme la plus emblématique et la plus réussie de sa carrière. La tenue dépasse les microcosmes parigots, embrase MTV et devient un symbole féministe, revendicateur, séducteur.

Gaultier et Madonna, tout deux au sommet de leurs arts à la fin des années 1980. Photo tirée du compte Instagram @madonna
Gaultier et Madonna, tout deux au sommet de leurs arts à la fin des années 1980. Photo tirée du compte Instagram @madonna


Moment d’anthologie, pour n’en citer qu’un, au gala de l’AmfAR à Los Angeles en 1992, Madonna ôte sa veste devant 630 invités et dévoile son cone bra, associé à une jupe longue et un béret, signature Gaultier. Aux côtés d’Herb Ritts, elle préside alors une nuitée qui récolte 700 000 dollars pour la lutte contre le sida, sous les yeux fascinés de Faye Dunaway, Raquel Welch, Patti LaBelle ou Billy Idol. Mais derrière l’éclat, une blessure. Celle de l’absence de Francis Menuge, compagnon et associé de Jean-Paul, emporté deux ans plus tôt par la maladie encore honteuse. Ce soir-là, la reine de la pop transforme le deuil en manifeste, la mode en rébellion, et le cone bra en un objet gravé dans l’inconscient collectif des amoureux de la fashion-sphère, inscrit à jamais dans le panthéon culturel mondial.

Mais l’interprète de Like a Virgin n’est pas la seule à incarner l’univers de Gaultier. Ses muses, au contraire, se comptent par dizaines. De Grace Jones à Catherine Deneuve, en passant par Rossy de Palma et Dita Von Teese, toutes ont trouvé dans ses créations une armure et une forme d’inspiration. Le couturier le répète d’ailleurs sans cesse en interview, il a toujours aimé sublimer les personnalités hors norme, celles qui brouillent les genres et refusent l’uniformité. Bien que sa rencontre avec Madonna reste sans doute la plus fulgurante et célébrée, le garçon rêveur des cités a su faire de l’arène culto-médiatique, son terrain de jeu saupoudré de paillettes.

Madonna lors de son « MDNA Tour » en 2012 en tenue toujours signée JPG. Photo AFP
Madonna lors de son « MDNA Tour » en 2012 en tenue toujours signée JPG. Photo AFP


Aujourd’hui encore, la bulle Gaultier aux senteurs marines survit aux podiums et aux époques. Elle s’expose dans les musées, réapparaît sur les scènes de tournées monumentales et inspire des générations entières de créateurs contemporains aux quatre coins du globe. Plus que des vêtements, le créateur reste la métaphore parfaite d’une mode qui ose, des corps qui s'affirment et d’une féminité qui ne s’excuse jamais.

Empire effronté

Depuis son départ de la maison en 2020, la légende JPG reste intacte. Avec Duran Lantink à la direction créative, l’univers du designer n’est plus un simple laboratoire d’expérimentations. Chaque nouvelle collection défie le prévisible, secoue les certitudes et réinvente les codes. Gaultier demeure un symbole intemporel, catalyseur de fantaisies exubérantes et d’idées folles, un phare pour tous ceux qui souhaitent faire vibrer le style avec panache et insolence.

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Comment recréer le rêve en 2025 ?

En 2025, exit la retenue : plus vous flirtez avec le risque, plus vous touchez à l’esthétique Gaultier. Chaque pièce est un cri, chaque détail une proclamation de séduction et d’audace. Cheveux hérissés ou laqués, lèvres incendiaires, regard charbonneux, bijoux sonores, béret espiègle, créez votre signature. Et pour parfaire l’allure, rien de tel qu’un cone brachiné en vintage ou en friperie.

Alex Perry Crystal Velvet Bra Top & Mini Short Set — Un duo qui crie « scène et scandale », clin d’œil à Madonna sur la MDNA Tour (2012).

Fleur du Mal Satin Bullet Bodysuit — Sculptural, sensuel, impossible à ignorer.

Wardrobe.NYC Contour Pinstripe Wool Midi Skirt — À marier avec un cone bra vintage pour plonger dans l’univers Gaultier.

Osez la folie, osez le glamour, surtout osez briser les tabous !

Paris, octobre 1984. Sous la coupole du Cirque d’Hiver, les conversations bruissent alors que les lustres reflètent leur éclat sur les chaises et tables de bois ancien. Pour la première fois, un certain Jean-Paul Gaultier, encore inconnu du grand public, y expose son cone-bra, pièce sculpturale et provocante, instantanément mythique.Au fil des quinze minutes du défilé, les mannequins irradient sensualité et assurance, ensorcelant un public réputé stoïque. Subversion et humour s’entrelacent dans un spectacle où tout vacille et où la mode bascule grâce à l'irrévérence du nouvel enfant terrible de la mode.Prémices d’un génieDans sa banlieue parisienne, un jeune garçon regarde le monde à travers les uniformes, tissus et formes qui l’entourent. Il s’appelle Jean-Paul, fils d’un marin et d’une coiffeuse,...
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