Baha' Hariri aux côtés du patriarche Raï, à Dimane, résidence d'été du patriarche. Photo ANI
Le patriarche maronite, Béchara Raï, a reçu mercredi soir, au siège patriarcal d'été à Dimane, Baha’ Hariri, fils aîné de l’ancien Premier ministre assassiné Rafic Hariri, en présence des évêques Joseph Naffah et Elias Nassar, et du directeur du bureau de presse du patriarcat, Walid Ghayad. Les développements sur le plan local ont été au menu des discussions, particulièrement le projet de l’ancien leader sunnite assassiné en 2005 de bâtir un État des institutions auquel entend redonner vie Baha’ Hariri, qui se revendique désormais à la tête de courant politique appelé haririsme.
« Nous devons aujourd’hui œuvrer à redonner au haririsme politique qui nous unit le leadership national basé sur la construction des institutions », a souligné M. Hariri à l’issue de la rencontre, rappelant que c’était ce à quoi aspirait son père. Rappelant « la relation toujours stable avec les chrétiens », il a ajouté que ce sujet ne peut être abordé qu'au sein de toutes les composantes libanaises. « C'est pourquoi nous sommes venus dire à Son éminence que nous sommes à ses côtés pour œuvrer à la renaissance de l'État des institutions », a-t-il insisté.
Regrettant « l'avortement du projet » mené par son père, Baha’ Hariri a appelé à « le faire renaître par la solidarité partagée, sans nous retrancher chacun dans notre coin, afin de ne pas laisser tomber le projet d'un État des institutions ». « Nous sommes venus dans ce lieu noble pour dire et affirmer que l'essentiel est de construire un État des institutions. Je réitère mes remerciements à Son éminence et j'affirme que notre foi en cette maison est grande. Il s'agit d'une première étape parmi d'autres visant à consolider les relations et à mener le pays vers la sécurité », a-t-il conclu.
Sur son compte X, M. Hariri a qualifié sa visite à Mgr Raï de « reflet de la profonde fraternité nationale entre musulmans et chrétiens au Liban ». « Nous avons discuté des derniers développements et réaffirmé que le véritable partenariat et le dialogue sincère sont essentiels pour préserver le Liban et son message unique », a-t-il écrit.
Mercredi également, M. Hariri a rencontré le catholicos arménien-orthodoxe de Cilicie, Aram Ier Kechichian, à Bickfaya. Il a fait valoir que cette rencontre « réaffirme l’importance de la diversité religieuse et culturelle du Liban, et la nécessité de préserver le partenariat national entre toutes les composantes ». « La diversité est au cœur de l’identité du Liban, et le dialogue est la clé pour la protéger », a-t-il déclaré.
De retour à Beyrouth il y a une semaine, Baha’ Hariri a annoncé son intention de revenir s'installer définitivement au Liban en septembre prochain, avec sa famille. S'exprimant depuis l'Aéroport international de Beyrouth (AIB), il a affirmé qu'il comptait reprendre le flambeau de son père, assassiné en 2005, à l'heure où son frère, l'ancien Premier ministre Saad Hariri, est en retrait de la vie politique depuis 2022. « Nous sommes à la tête du haririsme », a-t-il lancé, mercredi dernier.
Baha’ Hariri avait déjà tenté de s'imposer lors des dernières législatives en 2022, en l'absence de son frère, mais sans succès, ses candidats n'ayant récolté qu'un maigre score malgré une campagne médiatique et politique à grande échelle. On lui avait notamment reproché d'avoir mené campagne depuis l'étranger. Il avait également tenté un retour en 2024, sans pouvoir mobiliser grand monde.
Mais aujourd'hui, le contexte a changé. Le Hezbollah chiite est fortement affaibli après la guerre de l'automne dernier contre Israël. En face, la communauté sunnite se sent renforcée par la chute du régime syrien de Bachar el-Assad et le retour en force de l'Arabie saoudite au Proche-Orient. Si Saad Hariri a promis à ses partisans un « come-back » en 2026, cette perspective reste incertaine, d'autant que Riyad semble à la recherche d'un leader sunnite alternatif (ou de plusieurs).


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