Le nouveau drapeau syrien brandi par un jeune garçon dans une foule à Damas après la chute du régime Assad. Photo Mohammad Yassine/L’Orient-Le Jour
Le chef de la commission nationale syrienne pour la justice transitionnelle, Abdel Baset Abdellatif, a annoncé mardi que la commission communique avec Interpol et les organismes internationaux spécialisés, dans le but de poursuivre et extrader les anciens membres du régime syrien déchu, dont l'ex-dictateur Bachar el-Assad et son frère Maher. Le responsable syrien a également indiqué que l'organisme voudrait poursuivre des membres du Hezbollah « qui ont du sang syrien sur les mains ».
« Nous poursuivrons tous ceux qui ont commis des crimes contre le peuple, y compris le Hezbollah », a déclaré M. Abdellatif, dans une interview au site de la chaîne saoudienne Al-Arabiya. « Oui, nous travaillons à établir des passerelles avec Interpol et toutes les institutions internationales concernées, afin de poursuivre, par des moyens légaux, les auteurs de crimes issus de la famille du criminel Bachar et de son frère Maher (...) ainsi que d’autres, en vue de les traduire en justice pour les crimes qu’ils ont commis contre le peuple syrien dans toutes ses composantes (...) », a-t-il ajouté. Soulignant que les poursuites ne se limiteront pas à Bachar el-Assad, à son armée et à ses services de sécurité, il a indiqué qu'elles s’étendront à tous ceux qui ont participé, soutenu, justifié ou incité aux crimes commis contre les Syriens, y compris les hommes d’affaires et les institutions complices de ces violations.
M. Abdellatif a précisé que les « victimes » sont toutes les personnes ayant perdu la vie, subi un handicap, perdu leur soutien familial, vu leur maison détruite, ou ayant souffert de torture, de disparition forcée ou de génocide. Il a assuré que les poursuites viseront tous ceux qui ont causé ces violations graves, parmi les figures du régime et leurs collaborateurs. L’indemnisation des victimes, a-t-il précisé, sera à la fois matérielle et morale, individuelle ou collective.
Il a indiqué que l’instance prévoit la création d’un fonds spécial à cette fin, en coopération avec la communauté internationale, compte tenu de l’ampleur des dégâts subis par les Syriens. « Mon message à nos compatriotes syriens est le suivant : unissons-nous, dans toute notre diversité, pour exiger la vérité, la reddition de comptes pour tous les criminels sans exception, et la justice pour les victimes. C’est la seule voie pour construire un État fondé sur la citoyenneté égalitaire, la primauté du droit, et pour tourner définitivement la page de l’oppression et de la tyrannie. », a-t-il également dit.
Il a rappelé que cette commission est un organisme national indépendant sur le plan financier et administratif, chargée de faire la lumière sur les violations graves commises par l'ancien régime, de demander des comptes aux responsables en coordination avec les autorités compétentes, d'indemniser les victimes et de consolider les principes de réconciliation nationale afin d'éviter la répétition de ce genre de crimes.
Le président déchu Bachar el-Assad s'est réfugié en Russie après sa chute en décembre dernier. La Syrie est gouvernée depuis par les autorités islamistes de transition du président par intérim Ahmad el-Chareh. Le pays est régulièrement le théâtre de violences intercommunautaires, dont les dernières, entre druzes et bédouins sunnites soutenus par les forces gouvernementales, ont fait plus de 1.300 morts entre le 13 et 20 juillet dans le Sud.
Le Hezbollah était un allié fidèle du régime Assad et la chute de ce dernier a contribué, en plus de la guerre avec Israël, à la perte de vitesse du parti chiite sur la scène politique au Liban. Le parti chiite a combattu aux côtés des forces du président déchu et lui apportait son soutien jusqu'à sa chute, le 8 décembre 2024.
La Cour de cassation française a annulé le 25 juillet dernier le mandat d’arrêt émis par deux juges d’instruction en novembre 2023 contre Bachar el-Assad pour complicités de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre. Mais le parquet antiterroriste français a annoncé trois jours plus tard requérir un nouveau mandat d'arrêt international contre l'ex-président syrien. Perpétrées en août 2013 à Adra et Douma puis dans la Ghouta orientale, ces attaques chimiques au gaz sarin ont fait plus de 1 000 morts et des centaines de blessés.


