Un drapeau iranien. Photo d'illustration Safin Hamed / AFP
Le couple britannique détenu en Iran depuis sept mois et accusé d'espionnage a été transféré dans deux prisons séparées, renforçant les craintes de leur fils, Joe Bennett, qui se dit auprès de l'AFP « plus inquiet que jamais ».
Craig et Lindsay Foreman, tous deux âgés de 52 ans, effectuaient un tour du monde à moto lorsqu'ils ont été arrêtés en janvier à Kerman, dans le centre de l'Iran. Depuis, leur famille n'a eu que peu d'informations sur leur sort. Mais elle a appris dimanche du ministère britannique des Affaires étrangères qu'ils avaient été séparés et étaient maintenant détenus dans deux prisons différentes, a indiqué le fils de Lindsay, Joe Bennett, que l'AFP a rencontré lundi près de chez lui à Folkestone, au sud-est de l'Angleterre. Sa mère se trouve dans la prison pour femmes de Qarchak, près de la capitale Téhéran, « l'une des pires prisons du monde », s'inquiète Joe.Les conditions de détention y sont régulièrement dénoncées par des organisations de défense des droits humains. Son beau-père, Craig, a été transféré dans la prison de Fashafouyeh, à environ 30 km au sud de la capitale et à la réputation similaire.
Pour Joe Bennett, qui n'a pas parlé à ses parents depuis leur arrestation, ces nouvelles informations sont « incroyablement dures ». « Je m'inquiète plus que jamais », dit-il, exhortant les autorités iraniennes à autoriser des diplomates britanniques à leur rendre visite et appelant à leur libération. « Je me demande en permanence +est-ce qu'elle va bien ?+ », dit-il à propos de sa mère, à qui il parlait presque tous les jours avant son arrestation.
Planche de salut retirée
« J'ai confiance dans leur résilience, ils sont mentalement forts », ajoute le jeune homme de 31 ans, qui s'inquiète cependant de la surpopulation dans les deux prisons, des abus potentiels et des conséquences de leur séparation forcée.« Je crois qu'ils sont ensemble aussi forts que possible, mais maintenant qu'ils sont séparés (...) cette planche de salut a été retirée », ajoute-t-il. Le couple ne devait passer que quatre jours en Iran, où le gouvernement britannique déconseille tout voyage, avant de se rendre au Pakistan. Les chancelleries européennes accusent Téhéran de pratiquer la « diplomatie des otages » pour peser notamment dans les discussions sur le nucléaire iranien, dans l'impasse depuis des années, et obtenir une levée des sanctions qui frappent le pays.
Téhéran détiendrait au moins une vingtaine d'Européens, les accusant d'espionnage pour le compte d'Israël.
Le couple s'était assuré d'avoir des visas touristiques en règle avant de se rendre en Iran. Il avait pris un guide, restait sur les routes principales et dormait dans des hôtels, assure Joe.Leurs proches ont commencé à s'inquiéter quand ils n'ont plus reçu de nouvelles du couple, alors que les messages qu'ils leur envoyaient étaient marqués comme lus. En février, les autorités iraniennes ont affirmé que Craig et Lindsay Foreman étaient entrés en Iran « sous le couvert de touristes » et avaient recueilli des informations avant leur arrestation.
« Pas des espions »
Le site web Mizan Online, affilié au pouvoir judiciaire, a cité le président de la Cour suprême de Kerman, Ebrahim Hamidi, selon lequel les liens présumés entre le couple et des services de renseignement étrangers avaient été confirmés. Joe Bennett balaye ces accusations, les jugeant « folles ». « Ce ne sont pas des espions ou des acteurs politiques. Ce sont juste deux personnes qui voyagent autour du monde », insiste-t-il. Et il réitère ses critiques envers le gouvernement britannique, affirmant que les lettres que la famille a envoyées au Premier ministre Keir Starmer et au ministre des Affaires étrangères David Lammy sont restées sans réponse. Leurs rencontres avec des ministres subalternes du gouvernement travaillistes les ont laissés sceptiques.« Nous n'avons pas l'impression d'être correctement soutenus », insiste Joe.
Une porte-parole du ministère des Affaires étrangères a affirmé que le gouvernement britannique continuait de soulever le cas du couple « directement avec les autorités iraniennes ». « Nous leur fournissons une assistance consulaire et restons en contact avec leur famille », a-t-elle ajouté.

