Des personnes se dirigeant vers la rue al-Rashid, dans l'ouest de Jabalia, le 22 juillet 2025, après avoir reçu de l'aide humanitaire d'un point de distribution d'aide dans le nord de la bande de Gaza. Photo Omar al-Qattaa/AFP
L’université d’al-Azhar, l’un des plus anciens centres d’enseignement islamique au monde, a supprimé mardi un message publié sur X (anciennement Twitter) appelant à « une mobilisation mondiale urgente pour sauver Gaza de la famine ». La suppression de cette publication a provoqué un tollé sur les réseaux sociaux, où de nombreux internautes égyptiens ont interpellé le président Abdel Fattah el-Sissi, l’accusant de « complicité de génocide ».
Dans le message désormais effacé – dont des captures d’écran ont largement circulé –, al-Azhar lançait « un cri de douleur » et un « appel mondial éploré », exhortant les « personnes libres, sages et honnêtes du monde » à agir face à la souffrance causée par la guerre. L’institution dénonçait le silence mondial, déclarant « Dieu observe ceux qui se taisent », et appelait les responsables à prendre position « contre cette entité monstrueuse », en référence à Israël.
« Continuité »
Mercredi après-midi, le centre des médias d'al-Azhar a publié un nouveau communiqué justifiant la suppression de sa précédente déclaration. L'établissement a expliqué avoir fait ce geste « avec courage et responsabilité devant Dieu ». « Lorsque nous avons réalisé que cette déclaration pourrait avoir un impact sur les négociations en cours concernant une trêve humanitaire à Gaza pour sauver des vies innocentes, et afin que cette déclaration ne soit pas utilisée comme prétexte pour se retirer des négociations ou faire un compromis », dit le texte, ajoutant que la priorité était de « mettre fin à l'effusion de sang quotidienne à Gaza, dans l'espoir que les négociations aboutissent à un arrêt immédiat du massacre des Palestiniens et à l'accès aux besoins fondamentaux, dont ils sont privés ».
Pour le politologue franco-algérien Hasni Abidi, cette suppression montre que « les autorités égyptiennes n’ont probablement pas apprécié cet appel à la mobilisation et ont exigé son retrait ». Il y voit une « continuité » avec l’interdiction récente d’une marche de solidarité internationale vers Gaza via Rafah, à laquelle Le Caire a mis un terme en juin, avant même son départ. « Et dire que certains croient encore qu’Israël est encerclé par des États arabes hostiles ! » a ironisé le politologue.
L’Égypte, qui contrôle la frontière sud de Gaza en coordination avec Israël, empêche régulièrement l’organisation de manifestations propalestiniennes ou le passage d’activistes vers l’enclave. Aucun des deux pays ne permet une libre circulation depuis ou vers Gaza, les deux frontières étant lourdement militarisées.
Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a qualifié les manifestants de « jihadistes », appelant les autorités égyptiennes à les empêcher de rejoindre la frontière, les accusant de menacer le régime égyptien et les régimes arabes modérés.
L'université al-Azhar, dirigée par le cheikh Ahmad al-Tayeb, avait pourtant déjà exprimé à plusieurs reprises son opposition au blocus et à la guerre contre Gaza depuis le début de l’offensive israélienne le 8 octobre 2023. Elle avait notamment appelé les pays islamiques et la communauté internationale à ouvrir immédiatement les points de passage, à faciliter l’entrée de l’aide humanitaire et à tenir Israël responsable de ses crimes.
Les critiques interviennent alors que la situation humanitaire à Gaza s’aggrave de jour en jour. Selon les Nations unies, plus de 1.000 Palestiniens cherchant à obtenir de la nourriture ont été tués par les forces israéliennes depuis fin mai. Le ministère de la Santé de Gaza a affirmé mardi que plus de 100 personnes, principalement des enfants, sont mortes de faim, dont 15 au cours des deux derniers jours.
D’après le Programme alimentaire mondial (PAM), la crise de la faim à Gaza a atteint « des niveaux de désespoir nouveaux et stupéfiants ». Près de 100.000 femmes et enfants souffrent de malnutrition aiguë sévère, et un tiers de la population passe plusieurs jours sans nourriture, selon le directeur du programme d’urgence de l’agence, Ross Smith.
Des milliers de camions d’aide, y compris ceux de l’ONU, restent bloqués à la frontière, en attente d’une autorisation israélienne pour entrer dans la bande de Gaza.


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14 h 27, le 26 juillet 2025