Un Casque bleu devant des véhicules de la Finul, dans la région de Tyr, au Liban-Sud, le 8 juillet 2025. Photo Matthieu Karam / L'Orient-Le Jour
Le dernier rapport du secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, sur la mise en œuvre de la résolution 1701 (2006) fournit une évaluation complète de la mise en œuvre de ladite résolution, qui couvre la période allant du 21 février au 20 juin 2025. Il dresse un tableau contrasté de la situation, dix-neuf ans après la fin de la guerre de 2006 entre Israël et le Hezbollah, et trace les contours d’une souveraineté grignotée, d’une mission onusienne sous pression, et d’un espoir : le soutien international massif à l’armée libanaise.
« La période couverte a été marquée par les efforts concertés des autorités libanaises, dirigées par le président Joseph Aoun et un nouveau gouvernement formé sous la direction du Premier ministre Nawaf Salam, pour affirmer et étendre l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire libanais, » note le chef de l'ONU. Ce rapport sera examiné lors de consultations à huis clos du Conseil de sécurité prévues le jeudi 17 juillet.
Le Hezbollah : un « État dans l’État » à peine contenu
La résolution 1701 appelait à la cessation des hostilités, au retrait israélien, au déploiement de l’armée libanaise au sud du Litani et au désarmement de toute milice non étatique. Deux décennies plus tard, ce dernier point reste lettre morte. Selon le rapport, la Force intérimaire de l'ONU au Liban (Finul) a observé plusieurs trajectoires de projectiles tirés depuis le nord de la Ligne bleue vers Israël, ainsi que la présence d’armements illégaux dans sa zone d’opérations. À deux reprises dans la deuxième moitié du mois de mars, des tirs de roquettes non-revendiqués ont visé le territoire israélien, et été interceptés, provoquant des ripostes meurtrières de l'Etat hébreu. Plusieurs membres du Hamas ont depuis été arrêtés par l'armée libanaise à la suite de ces tirs.
Le rapport recense en outre plus de 250 violations imputables à Israël et au Hezbollah, dont des « activités militaires d’opérateurs et de hauts responsables du Hezbollah dans le sud du Liban, le lancement de drones et de véhicules aériens sans pilote vers Israël, et la présence d’infrastructures militaires, souterraines et en surface ». De son côté, l'armée israélienne justifie ses frappes quasiment quotidiennes sur le Liban, et surtout le Sud, par « l’incapacité des autorités libanaises à agir à temps et efficacement face à l’ensemble des violations ». Selon les observations de la Finul, 67 frappes de l'aviation israélienne ont été recensées durant la période couverte par le rapport, dont plusieurs dans des zones densément peuplées comme la banlieue sud de Beyrouth et les villes de Nabatiyé, Saïda et Tyr.
Antonio Guterres reconnaît que les efforts de l'armée libanaise pour démanteler les installations du Hezbollah ont été « réels, mais limités dans leur portée. »
La Finul affaiblie : désinformation, agressions et entraves multiples
Dans ce contexte, la Finul évolue en terrain miné. Le rapport relate une multiplication d’attaques, de blocages routiers et d’intimidations contre les Casques bleus. En mai et juin 2025, des incidents graves ont été rapportés dans la zone d'action de la force au sud du Litani, notamment le 16 mai à Jmayjmé, où des patrouilles ont été encerclées, attaquées à coup de pierres, ou visées par des tirs d’armes à feu. Ces agressions sont accompagnées d’une campagne de désinformation.
Israël, de son côté, a multiplié les violations aériennes et navales, tirant parfois sur des véhicules civils et sur des positions de la Finul, comme à Chebaa, où un tir a touché un mur de défense onusien le 13 mai. Le personnel de la Finul a dû se rendre aux abris à 55 reprises en juin, sur fond de guerre entre Israël et l'Iran.
Le message est clair : le mandat de la Finul, sans autorité réelle et sans protection politique pleine, est relégué au rang de simple spectateur. Comme le souligne António Guterres dans ses observations : « La Finul doit bénéficier d’une liberté de mouvement totale et sans entrave. Toute tentative de l’entraver viole la résolution 1701 (2006) et compromet la capacité de la Mission à s’acquitter de son mandat. »
Soutien international massif à l’armée libanaise
Face à cette impasse sécuritaire, l’espoir passe par le renforcement de l’armée libanaise, seul rempart légitime à la prolifération des milices. L'Annexe III du rapport est dans ce cadre consacré à la mobilisation exceptionnelle d’un soutien international et arabe.
Sur le plan politique, les appels du gouvernement libanais se sont intensifiés appelant officiellement l’ONU à l’aide pour affirmer son autorité sur « l’ensemble du territoire ». Dans une lettre adressée au Conseil de sécurité, le Liban insiste :« Il ne doit y avoir aucune arme sans le consentement de l’État libanais, et aucune autorité autre que celle du gouvernement libanais. »
Ce cri a été entendu. Les réponses internationales ont été fortes et plusieurs dizaines de millions de dollars ont ainsi été promis par la communauté internationale à la troupe pour des équipements et des formations. « Le soutien international à l’armée libanaise ne vise pas seulement la sécurité, mais la restauration du monopole de l’État sur la violence légitime », souligne l’annexe III.
Une fenêtre diplomatique à ne pas rater
Dans ses observations, Antonio Guterres souligne en outre la fragilité de la trêve actuelle, mais aussi les opportunités qu’elle ouvre « pour faire avancer la mise en œuvre de la résolution 1701. » Il appelle notamment les parties à finaliser la délimitation du territoire contesté des fermes de Chebaa, et à établir un bureau de liaison de la Finul à Tel Aviv.
Dans le contexte actuel, ce rapport est donc une mise en garde et le Liban a le choix entre deux trajectoires : celle d’un État souverain, soutenu par la communauté internationale, ou celle d’un affrontement progressif, où les armées tiennent le pays en otage. « La résolution 1701 reste le cadre. Le temps presse pour la faire vivre, », observe Antonio Guterres.




A la troika au pouvoir: Le rapport de Guttierez concerne TOUTE la 1701 et pas uniquement la partie Sud. Donc il ne faut pas biaiser. Concernant la FINUL la logique voudrait soit un chapter 7 et le hezballah perd la main , soit pas de FINUL sur le terrain. A la limite des reconnaissances aeriennes faites par l'ONU devraient suffire, coutent moins et sont moins risquées (usage de drones).
13 h 44, le 14 juillet 2025