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Culture - Exposition

Il était une fois les Mamelouks, au musée du Louvre

Jusqu’au 28 juillet, les visiteurs du musée parisien sont invités à découvrir la civilisation mamelouke. Une exposition signée Souraya Noujaim et Carine Juvin, à la pointe des dernières découvertes sur un patrimoine méconnu, riche et inattendu.

Il était une fois les Mamelouks, au musée du Louvre

Vue générale de l’exposition sur les Mamelouks au musée du Louvre. Photo Nicolas Bousser

Pour certains, les Mamelouks sont associés aux armées napoléoniennes, pour d’autres, ils évoquent de vagues leçons d’histoire, où ils sont un maillon de la sédimentation culturelle qui a construit l’identité moyen-orientale. Le terme mamelouk signifie en arabe « possédé ». Achetés par les Ayyoubides pour constituer leur armée, convertis à l’islam, ils sont formés pour être d’excellents combattants. Cette image de guerriers massifs et intraitables ne laisse pas deviner la splendeur de leurs constructions architecturales ni le raffinement de leur littérature et de leur artisanat. 

Le commissariat de l’exposition, assuré par la directrice du département des arts de l’Islam, Souraya Noujaim, et la conservatrice et historienne de l’art Carine Juvin, a mis en place une scénographie aux petits oignons. On entre dans cette période du sultanat mamelouk par le théâtre. « Nous avons souhaité créer un espace très engageant, immersif. Le public est accueilli par la reconstitution d’un théâtre d’ombres, une tradition très ancienne, venue d’Asie, dans la littérature arabe », explique Souraya Noujaim. 


« Cette exposition est la première consacrée au sultanat mamelouk (le Louvre a opté pour l’orthographe “mamlouk”, NDLR) en Europe. Elle est l’aboutissement d’un travail de recherche considérable et constitue une synthèse des dix dernières années d’étude à ce sujet. Nous avons obtenu des prêts exceptionnels de grandes institutions internationales », précise Carine Juvin. « Les Mamelouks sont des esclaves royaux ; entre 1250 et 1517, ils sont à la tête d’un sultanat qui s’étend de l’Égypte aux frontières est de la Turquie. Ils contrôlent les lieux saints d’Arabie et mettent en place une institution tout à fait singulière. Leurs grands centres urbains sont Le Caire et Damas, mais aussi Jérusalem, Gaza, Tripoli et Alep, qui sont des jalons de l’histoire architecturale des Mamelouks », poursuit-elle. 

« Ils ont assis leur pouvoir et leur prestige dans la pierre »

Le parcours propose de prendre l’histoire à rebours avec La Bataille des pyramides, un tableau de 1810 qui évoque la légende des Mamelouks napoléoniens. « Le sultanat mamelouk s’arrête en 1517, avec la conquête de ses territoires par les Ottomans, mais ils demeurent en Égypte, en Syrie, et sont intégrés à l’armée ottomane. À partir du XVIIIe siècle, ils regagnent une importance politique. À ce titre, ils rencontrent les troupes napoléoniennes, au moment de la campagne d’Égypte, notamment pendant la bataille des pyramides en 1798. C’est le sujet du tableau de François-André Vincent, conservé dans la galerie des batailles du domaine de Grosbois. On y voit un cavalier mamelouk, au centre de la composition, très spectaculaire, qui symbolise cette bravoure et ce savoir-faire équestre qui ont impressionné les troupes françaises », explique Carine Juvin. Bonaparte ne semble pas y avoir été indifférent. «Il fonde ainsi un corps de Mamelouks au sein de l’armée de l’Empire, qui va être un coup de communication énorme ! Ces troupes vont faire partie du décorum de l’armée napoléonienne », poursuit la spécialiste. 


Le parcours est foisonnant, le narratif de chaque pièce déplie des siècles d’histoire, que ce soit un caparaçon d’apparat de chef mamlouk ou différents manuscrits. Celui du Roman de Baybars, traduit en français, est symbolique de l’identité mamelouke. « Il s’agit d’un sultan du XIIIe siècle qui a assis les rouages du pouvoir mamelouk et qui a conquis la Syrie. Il a participé à la bataille de Aïn Djalout contre les Mongols », précise Carine Juvin. 

Un grand espace immersif propose un changement d’échelle saisissant, plongeant le visiteur dans l’architecture monumentale d’un grand complexe composé du mausolée de Qalawun, d’une madrasa, d’un hôpital et d’une mosquée. « Plus d’un millier de monuments se construisent à cette période dans les grandes villes du sultanat », enchaîne la commissaire. « Les Mamelouks ont assis leur pouvoir et leur prestige dans la pierre. Ces monuments sont faits pour être vus de loin, avec des façades sobres qui contrastent avec des intérieurs très colorés, relevant de différentes techniques : la mosaïque, le marbre, les boiseries, les stucs sculptés. On note le triomphe de la géométrie, un des marqueurs de l’esthétique mamlouke, avec un traitement particulier de la lumière », analyse Souraya Noujaim. 


Les Mamelouks, amateurs de calligraphie, de motifs sinisants et de vin

Au fil du parcours, on est sensible aux nombreux objets liés à l’islam, une clé de la Kaaba, le dosseret d’une chaise de minbar et différents manuscrits majestueux du Coran. « Les objets illustrent le multiculturalisme et le multilinguisme du sultanat : l’élite militaire parle turc, la population parle arabe, il y a de nombreux transfuges mongols et beaucoup d’Iraniens, ce qu’atteste ce manuscrit de la Bibliothèque nationale de France copié en persan à Alep à la fin du XVe siècle », explique Carine Juvin. Les éléments de décor architectural d’une importante église copte du Caire présentés relèvent de l’esthétique islamique, avec ses rinceaux et ses enroulements végétaux. 

Dans la section sur la société civile, quelques figures féminines sont mises en avant. « On peut citer Chajar ad-Durr, qui a été sultane en 1250, ou l’ancienne esclave Sitt Hadaq, en charge des enfants du sultan Mohammad ibn Qalawun », ajoute Souraya Noujaim. 

L’art du livre est un aspect passionnant de l’exposition, avec de nombreuses pièces aux inscriptions arabes en écriture cursive élégante, qu’il s’agisse de traités équestres, cynégétiques, des fables animalières comme celle de Kalila et Dimna, ou de recueils de poésie autour du vin. « Les élites mameloukes ne dédaignaient pas la consommation de vin, au moins pour certains, et ont continué une tradition littéraire ancienne de poésie bachique », précise Carine Juvin. 

Après une section consacrée aux sciences, c’est le monde connecté que constitue le sultanat qui est mis en avant. Le magnifique tableau du Louvre de l’école vénitienne, datant de 1511, qui représente la réception d’une ambassade vénitienne à Damas, rappelle des échanges fréquents entre Orient et Occident. 

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« Avec le commerce de textile, de fourrure, de soieries, d’épices, les Mamelouks ont joué un rôle de connexion entre différents univers – l’Afrique, l’Europe et la Chine –, ce que raconte l’influence des céladons et porcelaines à décor bleu et blanc chinois, avec des nuages et des oiseaux », explique Souraya Noujaim, qui évoque aussi avec enthousiasme la qualité des soieries mameloukes. « On a souhaité souligner leurs qualités de grands designers. Ils utilisent des motifs géométriques et floraux qui relèvent d’une grande complexité, avec une tension vers l’abstraction », poursuit-elle. 

Point d’orgue du parcours, le fameux baptistère de Saint Louis, signé Mohammad ibn al-Zayn, en alliage cuivreux ciselé, incrusté d’argent, d’or et de pâte noire, ayant servi entre autres aux baptêmes du futur Louis XIII, d’Henri d’Artois, du prince Napoléon-Eugène. « La présence de blasons pourrait indiquer un propriétaire européen, au XIVe siècle, mais cela reste une hypothèse parmi d’autres. Ce magnifique bassin illustre les relations proches entre le sultanat mamelouk et l’histoire de France », conclut Carine Juvin. 

Pour certains, les Mamelouks sont associés aux armées napoléoniennes, pour d’autres, ils évoquent de vagues leçons d’histoire, où ils sont un maillon de la sédimentation culturelle qui a construit l’identité moyen-orientale. Le terme mamelouk signifie en arabe « possédé ». Achetés par les Ayyoubides pour constituer leur armée, convertis à l’islam, ils sont formés pour être d’excellents combattants. Cette image de guerriers massifs et intraitables ne laisse pas deviner la splendeur de leurs constructions architecturales ni le raffinement de leur littérature et de leur artisanat. Le commissariat de l’exposition, assuré par la directrice du département des arts de l’Islam, Souraya Noujaim, et la conservatrice et historienne de l’art Carine Juvin, a mis en place une scénographie aux petits oignons. On...
commentaires (1)

Une exposition magnifique. A voir et revoir. Merci Souraya pour travail accompli.

fattal etienne

19 h 51, le 25 juillet 2025

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Commentaires (1)

  • Une exposition magnifique. A voir et revoir. Merci Souraya pour travail accompli.

    fattal etienne

    19 h 51, le 25 juillet 2025

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