Le poste-frontière de Masnaa, au niveau de la Békaa, le 8 décembre 2024. Photo Matthieu KARAM / L'Orient-Le Jour
Dans un entretien controversé accordé lundi à l’émission Wajhat Nazar sur la chaîne libanaise en ligne Spot Shot TV, l’écrivain et homme politique syrien Kamal Labwani a appelé à l’annexion de certaines régions libanaises par la Syrie, estimant que cela relève du « droit naturel et historique » de Damas. Il a nommément estimé que Tripoli, au Liban-Nord, Saïda, dans le Sud, et la plaine de la Békaa « font partie du territoire syrien. »
Né en 1957 à Zabadani, près de la frontière libanaise, M. Labwani est médecin et artiste de formation. Il a longtemps été l’une des figures de proue de l’opposition démocratique syrienne, emprisonné à plusieurs reprises par le régime Assad, notamment pour avoir plaidé en faveur d’un soutien étranger à une transition démocratique.
Dans l'interview, il a affirmé que la Syrie « ne reconnaît pas le Liban comme un État », qualifiant ce pays de « terre syrienne arrachée par les décisions coloniales françaises ». Il a ajouté : « Tripoli, Saïda et la Békaa sont des territoires syriens. Nous avons le droit de les reprendre, par la force si nécessaire. »
Le Liban n'a pas de « souveraineté propre »
À la suite de la Première Guerre mondiale et de l’effondrement de l’Empire ottoman, le Moyen-Orient a été redessiné par les puissances européennes dans le cadre d’accords comme celui de Sykes-Picot. La France a alors obtenu un mandat sur la Syrie et le Liban, créant en 1920 le Grand Liban en y intégrant Tripoli, Saïda et la Békaa — auparavant parties de la Syrie ottomane. Cette décision visait notamment à instaurer un État à majorité chrétienne. Depuis, de nombreux nationalistes arabes et dirigeants syriens rejettent cette séparation, considérant le Liban comme une création artificielle et ces régions comme faisant partie de la « Grande Syrie ».
L'auteur syrien a encore révélé qu’en 2016, lors de réunions informelles avec des centres de réflexion israéliens, un « échange de terres » a été discuté. Celui-ci consisterait à céder Tripoli et Saïda à la Syrie en échange de la reconnaissance par Damas de l’annexion du Golan par Israël. Il a affirmé que « le Liban ne possède pas de souveraineté propre » et est selon lui un « projet de conflit permanent ». Ce sont « Israël, les États-Unis et la Russie » qui façonnent les frontières régionales, a-t-il dit, et « le Liban n’est qu’une marge sur cette carte ».
La question de « l'échange » de territoires entre la Syrie et Israël a été évoquée dernièrement par la chaîne israélienne I24News, citant une source présumée proche du président intérimaire syrien Ahmad el-Chareh, et selon laquelle un éventuel règlement entre Israël et la Syrie pourrait inclure le rattachement de Tripoli, de certaines parties du Nord-Liban et de la Békaa à la Syrie, en échange du contrôle israélien sur deux tiers du plateau du Golan. Le député de Tripoli, Achraf Rifi, avait catégoriquement démenti l’existence d’un tel projet, affirmant que cette rumeur avait été lancée par le Hezbollah et ses milieux pour justifier le maintien de son arsenal militaire.
« Un État sunnite fort »
M. Labwani a poursuivi avec un avertissement : « Si les puissances internationales décident de détacher une partie du littoral syrien, nous prendrons Tripoli et Saïda par la force. Si la carte doit être redessinée, alors faisons-le à notre manière. » Interrogé sur la réaction possible des Libanais, il a déclaré : « Les Libanais d’aujourd’hui accepteraient de revenir dans le giron syrien si celui-ci était un État sunnite fort leur garantissant des droits et des opportunités. Tripoli est marginalisée, les sunnites du Liban n’ont pas de véritable représentation. Nous pouvons les rallier à notre cause. » Il est même allé jusqu’à affirmer que « la majorité de la population actuelle du Liban est composée de Syriens ». Il a dit croire qu’en cas d’élections libres, avec la participation de ces résidents, « nous gagnerions démocratiquement et pourrions annexer le Liban par les urnes, et pas seulement par la force militaire. »
Face aux critiques du présentateur de l’émission, qui l’a accusé d’« esprit expansionniste et agressif », M. Labwani a répondu : « Les États ne se construisent pas sur des droits, mais sur la force et les chars. Le Liban est un État failli, incapable de se défendre. Le Liban n’existe plus. »
Libéré en 2011 au début du soulèvement syrien, Kamal Labwani s’est exilé en Suède, a brièvement rejoint le Conseil national syrien avant de s’en éloigner en raison de divisions internes. Sa visite en Israël en 2014 pour un sommet sur la lutte contre le terrorisme, puis à nouveau en 2016, avait suscité la controverse.



Un agent Israelien pur et dur.
06 h 28, le 09 juillet 2025