Thomas Barrack arrive à Aïn el-Tiné pour sa rencontre avec le président du Parlement Nabih Berry, le 7 juillet 2025. Mohammad Yassine / L'Orient-Le Jour
Après une première rencontre avec le président libanais Joseph Aoun au palais de Baabda, l'émissaire américain Thomas Barrack, en visite à Beyrouth, s'est dit « satisfait et reconnaissant » de la réponse libanaise à une feuille de route américaine exigeant notamment le désarmement du Hezbollah - et de toutes les factions armées sur le territoire libanais. « Je l’ai reçue il y a 45 minutes ; c’est une réponse réfléchie. Nous élaborons un plan pour aller de l’avant et je ressens beaucoup d’espoir », a-t-il expliqué lors d'une conférence de presse à l'issue de leur réunion. M. Barrack a en revanche exhorté les dirigeants libanais à suivre l'exemple de la Syrie voisine, qui, selon lui, a entamé le dialogue avec Israël. Le Liban sera « laissé pour compte » s'il ne rejoint pas le camp du changement au Moyen-Orient, a-t-il souligné.
Si, lors de sa dernière visite à Beyrouth, M. Barrack avait évoqué la nécessité de procéder au désarmement du parti chiite avant le mois de novembre, il a finalement déclaré que le Liban n’était contraint par les États-Unis de respecter « aucun calendrier » concernant le désarmement du parti-milice, soulignant que Washington « essayait seulement d’apporter son aide ». « Israël ne veut pas la guerre avec le Liban, ni l’occuper », a-t-il assuré, alors que les autorités libanaises demandent le retrait israélien des cinq points stratégiques du Liban-Sud que Tel-Aviv occupe encore. « Les deux pays veulent offrir la même chose : l’idée d’un accord de désescalade, d’une cessation des hostilités et d’une voie vers la paix. Honnêtement, je pense que les Israéliens ne veulent pas la guerre avec le Liban. Ils ne sont pas parasites, ils n’ont aucun désir de s’emparer du Liban » a-t-il plus précisément déclaré.
Chaque partie doit « renoncer à quelque chose »
Parmi les autres temps forts de la conférence de presse, l’émissaire a estimé que le Liban ne devait plus perdre de temps pour trouver un consensus sur la question des armes. « Tout le monde en a assez et est épuisé par tout ce qui s’est passé ces dernières années. Nous avons désormais un nouveau cadre, et nous devons nous y tenir. Chaque partie doit être prête à renoncer à quelque chose », a-t-il déclaré avant d’ajouter : « Le processus doit commencer de l’intérieur du Liban, et c’est là que réside le défi. » « Ce n’est pas une situation où les États-Unis viennent et disent : nous voulons un changement de régime (…) Ce que nous disons, c’est que si vous voulez le changement, nous sommes là pour vous soutenir. Et si vous ne voulez pas le changement, pas de souci, le reste de la région évolue à grande vitesse, et vous serez en retard — tel est le message du secrétaire d'État (Marco Rubio) et du président (Donald) Trump », a encore lancé l’émissaire.
Après son passage à Baabda, Tom Barrack s’est rendu à Aïn el-Tiné pour une réunion programmée avec le président du Parlement, Nabih Berry, qui a duré « plus d’une heure et a porté sur les développements de la situation au Liban et dans la région, ainsi que sur les dernières évolutions politiques et sur le terrain », selon le bureau de ce dernier. L’ambassadrice américaine au Liban, Lisa Johnson, était également présente.
Le président Berry a qualifié la réunion de « bonne et constructive », soulignant qu’elle s’était déroulée dans un souci marqué de préserver l’intérêt du Liban, sa souveraineté, les inquiétudes de l’ensemble des Libanais, ainsi que les revendications du Hezbollah.
« Le Hezbollah fait partie intégrante de l'État »
Il s'est également entretenu au Grand Sérail avec le Premier ministre Nawaf Salam. A l'issue de la réunion, M. Salam a affirmé que l'émissaire reçu de la part du président Aoun un document « contenant un ensemble de remarques de sa part et de celle du président du Parlement Nabih Berry ». Ce texte « comprend des dispositions pour mettre fin aux opérations hostiles et mettre en oeuvre l’exclusivité des armes, à commencer par le Sud », a-t-il souligné, affirmant que « seul l’État détient la décision de guerre et de paix, et c’est ce dont nous avons discuté ». Il a également assuré qu’« il n’existe pas ce qu’on appelle une troïka, mais plutôt une concertation et une communication entre les présidents, ainsi qu’un ensemble de nouvelles idées libanaises en cours d’examen ».
Le chef du gouvernement a dans ce cadre indiqué que « le Hezbollah fait partie intégrante de l’État libanais et que ses députés ont voté en faveur de la déclaration ministérielle ». Il a également souligné que « l'exclusivité des armes aux mains de l’État et l’extension de l’autorité de ce dernier sont des principes sur lesquels les Libanais se sont accordés depuis l’accord de Taëf ». « Quant aux drones et aux agressions au Liban-Sud et dans la Békaa, elles sont condamnées par tous. Nous œuvrons à mobiliser un soutien diplomatique arabe et international pour y mettre fin », a ajouté M. Salam.
Les FL envisageraient de quitter le gouvernement
Réagissant aux déclarations de Tom Barrack, le chef des Forces libanaises, principal parti chrétien et formation résolument opposée au Hezbollah, a vivement critiqué dans un communiqué la manière dont la présidence libanaise, celle du Conseil des ministres et celle du Parlement, se sont arrogées le droit d'engager l’ensemble du Liban sur la question du désarmement du Hezbollah, dans la réponse transmise à l’émissaire américain Tom Barrack. Cette prise de position a été appuyée par un député des FL, Georges Okais, qui a déclaré à Radio Liban Libre que sa formation politique envisageait de quitter le gouvernement, vu la façon dont la question du rétablissement du monopole de l’État sur les armes était traitée par les dirigeants libanais.
Pour sa part, le Courant patriotique libre (CPL), dirigé par le député Gebran Bassil, a accueilli positivement les déclarations de l'envoyé américain et affiché « son soutien aux efforts pacifiques visant à résoudre la question de l'occupation et de l'agression israéliennes contre le Liban et la question de l'exclusivité des armes entre les mains de l'Etat ».




"Thomas Barrack se dit « satisfait et reconnaissant » de la réponse libanaise à la proposition américaine"... héhéhé you know it's all B......t... right?
14 h 37, le 09 juillet 2025