Un drapeau turc. AFP
L'opposition turque a réuni au moins dix mille sympathisants mardi à Istanbul pour marquer les cent jours écoulés depuis l'arrestation de son champion Ekrem Imamoglu, maire CHP de la ville, au soir d'un coup de filet contre son bastion d'Izmir (ouest).
« Ce combat est contre le fascisme, pour la liberté. Nous revoici ici, là où tout a commencé », a lancé le président du Parti républicain du peuple (CHP, social démocrate), Özgür Özel, devant une foule dense massée devant le siège de la municipalité d'Istanbul mardi soir, à Saraçhane. « La lutte continue ! ». Puis, s'adressant au chef de l'Etat, Recep Tayyip Erdogan : « Vous partirez. Ekrem İmamoğlu sera président ! ».
M. Özel avait lu en préambule un message de M. Imamoglu, arrêté le 19 mars et détenu depuis, accusé de corruption - ce qu'il nie - affirmant qu' »aucun pouvoir ne peut résister à une nation qui se dresse pour la justice et la liberté ».
À l'aube, plus de 120 membres de la municipalité CHP d'Izmir ont été arrêtés accusés eux aussi de « corruption ». « Nous sommes confrontés à un processus similaire à celui d'Istanbul », a dénoncé le vice-président du CHP Murat Bakan : « Ces arrestations ne relèvent pas d'une nécessité légale, mais d'un choix politique clair ».
L'arrestation d'Ekrem Imamoglu, qui faisait figure de favori pour la prochaine présidentielle en 2028 face au président Erdogan, avait déclenché une vague de protestation d'une ampleur inédite depuis le grand mouvement de contestation de Gezi en 2013.
Dans le viseur
Des dizaines de milliers de manifestants étaient descendus chaque soir pendant une semaine dans les rues des principales villes de Turquie, dont Istanbul, Ankara et Izmir. Des milliers de personnes avaient été arrêtées.
Le CHP, parti fondé par le « père » de la république turque Mustafa Kemal « Atatürk » et première force d'opposition au Parlement, est dans le viseur du pouvoir qui l'attaque par ailleurs en justice pour « fraude » lors de son dernier congrès en novembre 2023, menaçant ainsi de destituer M. Özel. Le CHP estime que ce procès est destiné à le mettre sous pression et à le punir pour avoir organiser la contestation en mars et en raison de son ascension continue dans les sondages.
Le procès qui s'est ouvert lundi devant un tribunal d'Ankara a été renvoyé au 8 septembre.
« Aucun complot contre notre parti n'est indépendant du coup d'État du 19 mars », a estimé M. Özel promettant que « lorsque ce nom (Imamoglu, ndlr) sera celui du candidat à la présidence et que les urnes seront ouvertes, il ne restera plus aucune province qui ne soit pas rouge », la couleur du CHP.
« N'oublie pas Charlie Hebdo »
Le rassemblement de Saraçhane est venu clore une journée animée avec quelque 300 manifestants rassemblés malgré les interdictions au cœur d'Istanbul pour conspuer le magazine satirique Leman, accusé d'avoir publié un dessin moquant le prophète - ce que la rédaction dément vigoureusement.
Regroupés dans et autour de la mosquée de Taksim, les manifestants échauffés ont dénoncé le dessin aux cris de « Leman, salauds, n'oublie pas Charlie Hebdo », ont constaté des journalistes de l'AFP. Une référence explicite et menaçante aux attentats jihadistes contre l'hebdomadaire satirique français le 7 janvier 2015, qui avaient décimé la rédaction et fait 12 morts et 11 blessés.
Le président Recep Tayyip Erdogan a également dénoncé une « provocation infâme » et évoqué « un crime de haine ». « Le manque de respect envers notre Prophète par des individus immoraux, dénués des valeurs de cette nation (...) est totalement inacceptable », a fustigé le chef de l'Etat islamo-conservateur, au pouvoir depuis 2003.
Quatre collaborateurs du magazine, dont l'auteur du dessin en cause, ont été arrêtés sur les six visés par des mandats d'arrêt, accusés d'avoir voulu « dénigrer ouvertement les valeurs religieuses ». Le rédacteur en chef du magazine, Tuncay Akgun, en déplacement à l'étranger, a nié toute intention malveillante. « Ce dessin n'est en aucun cas une caricature du prophète Mahomet », a-t-il affirmé à l'AFP, arguant que le personnage est un musulman tué à Gaza dans les bombardements d'Israël.


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