L'ancien ministre de l’Économie, Amine Salam. Photo d'archives/Dalati et Nohra
Le procureur général près la Cour de cassation, le juge Jamal Hajjar, a ordonné mercredi l'arrestation de l’ancien ministre de l’Économie Amine Salam, à l’issue d’une audience au cours de laquelle l’accusé a été confronté à des fonctionnaires du ministère, a annoncé une source judiciaire haut placée à L'Orient-Le Jour.
Le magistrat Hajjar va ensuite de transmettre le dossier à sa collègue Dora el-Khazen, procureure financière par intérim.
M. Salam, en poste entre 2021 et 2025 dans le gouvernement de l’ex-Premier ministre Nagib Mikati, est le premier ancien ministre à être arrêté depuis le début en 2019 de la grave crise économique qui secoue le Liban.
Il est visé dans une affaire de « falsification, détournement de fonds publics et chantage auprès des compagnies d’assurances ». Ces faits lui sont reprochés par la commission parlementaire de l’Économie présidée par Farid Boustany, qui avait présenté, il y a plus de deux mois, une demande d’ouverture d’une information judiciaire, l’accusant notamment d’avoir conclu des contrats avec des entreprises étrangères pour des montants exorbitants en comparaison des services rendus et d’avoir utilisé à des fins personnelles des fonds de la Caisse de cotisation des sociétés d’assurances, placée sous la tutelle du ministère.
Dans cette affaire, les accusations concernent Amine Salam, mais également son frère et associé Karim Salam, son conseiller Fadi Tamim, ainsi qu’Elie Abboud, expert-comptable et président du Syndicat des experts-comptables agréés. Karim Salam est détenu depuis le 8 avril à la suite de poursuites engagées par le parquet financier. Le 13 mai, la Chambre d’accusation de Beyrouth, présidée par le juge Maher Cheaito, avait annulé une décision antérieure du premier juge d’instruction de Beyrouth, Bilal Halaoui, qui avait ordonné sa libération sous caution. Bien qu'il ait fait appel de cette décision, la Chambre d’accusation a tranché en faveur du parquet, décidant de le maintenir en détention.
Critique d'un cheikh de Dar el-Fatwa
Dans un communiqué diffusé mercredi en soirée, le juge cheikh Khaldoun Araymat de Dar el-Fatwa, proche du mufti de la République Abdel Latif Deriane, a dénoncé « les arrestations aléatoires » ciblant principalement les musulmans sunnites, déplorant que « la justice au Liban soit devenue borgne et sourde ».
« Le Liban a besoin de vrais hommes d’État qui gouvernent avec justice et protègent la dignité des citoyens », a-t-il ajouté, soulignant que « la lutte contre la corruption et les corrupteurs est un devoir, mais la plus grande injustice serait que la justice devienne un instrument de vengeance politique et confessionnelle ».
Amine Salam avait déjà été interrogé à plusieurs reprises pendant le mois de mai par le juge Hajjar, puis laissé libre sous caution d'élection de domicile, mais soumis à une interdiction de voyager. Le 2 juin, le chef par intérim du Contentieux de l’État, le juge Claude Ghanem, avait déposé une plainte auprès du parquet de cassation, dirigé par le procureur Hajjar, contre Amine Salam, suite à une demande du ministre actuel de l'Économie, Amer Bsat.


