Des réfugiés syriens peu avant de monter dans le camion qui les ramène chez eux, en mai 2024. Photo Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour
La commission ministérielle chargée d’élaborer un plan en prévision d’un retour des migrants et réfugiés syriens dans leur pays a terminé l’élaboration du texte, et s’apprête à le soumettre au Conseil des ministres « le plus tôt possible », a révélé le vice-Premier ministre Tarek Mitri au journal saoudien al-Chark al-Awsat lundi. Il a cependant affirmé que « le refoulement forcé du Liban et en masse des déplacés syriens est exclu », utilisant le terme de « déplacés » favorisé par les responsables libanais depuis plusieurs années.
Le nombre de migrants et réfugiés syriens au Liban est estimé à plus de 1,5 million depuis 2011 et jusqu’à la chute du régime de Bachar el-Assad en décembre 2024, avec des déplacés internes (au Liban) estimés à 1,2 million au plus fort de la guerre entre le Hezbollah et Israël, entre septembre et novembre 2024. Ce nombre très important de réfugiés pèse sur le Liban, notamment en raison de la crise économique et financière qui frappe le pays depuis 2019.
De nombreuses voix s’élèvent régulièrement pour appeler à leur retour chez eux, estimant que le changement politique en Syrie a éliminé le danger qui guettait un grand nombre d’entre eux. Les organisations internationales relèvent, elles, l'impossibilité pour de nombreuses familles de rentrer dans des villages totalement détruits par des années de guerre et la fragilité des infrastructures publiques.
Le Liban espère d’autant plus leur retour que la levée des sanctions américaines sur la Syrie devrait commencer à aider ce pays, miné par plus d’une décennie de guerres, à se remettre sur pied. Selon les chiffres du Haut commissariat des réfugiés de l’ONU (UNHCR), repris par al-Chark al-Awsat, près de 173 000 réfugiés seraient déjà rentrés chez eux du Liban volontairement depuis le changement de régime. Les troubles qui persistent en Syrie, notamment entre les nouvelles forces de sécurité syriennes et la minorité alaouite du pays qui a subi des massacres en mars, ont cependant poussé 40 000 nouveaux Syriens à se réfugier au Liban-Nord.
Une aide de 100 dollars par personne
Selon les détails du projet de plan gouvernemental révélés par Tarek Mitri au journal saoudien, le gouvernement « aspire à mettre une première étape de son plan en application avant la future rentrée scolaire en septembre, sans qu’il ne soit possible d’avancer des chiffres pour le moment, bien que nous prévoyions le retour de quelque 200 à 300 mille personnes suivant le degré de succès du plan ».
Toujours selon le ministre, « un grand nombre de réfugiés seraient prêts à rentrer chez eux, suivant un recensement effectué par l’UNHCR, d’autant plus que la présidence syrienne n’est plus opposée à ce retour, malgré ses appréhensions concernant les conditions de vie » toujours difficiles dans les villes et villages syriens. Et d’ajouter : « Le retour se fera soit de manière organisée soit de manière non-organisée. Dans le premier cas, les noms seront enregistrés et le transport assuré vers la Syrie par les autorités libanaises dans des bus. Pour ces réfugiés, une aide de 100 dollars par personne sera apportée. Dans le second cas, les réfugiés en question devront fixer la date de leur retour et assurer leur propre moyen de transport, et ils auront eux aussi droit à 100 dollars par personne. »
Le ministre précise que « la Sécurité générale envisage d'exempter les candidats au retour de toute amende concernant un éventuel séjour illégal en territoire libanais, à condition qu’eux-mêmes s’engagent à ne pas revenir illégalement au Liban ».
« Le gouvernement a reçu des promesses sur un soutien sur place en Syrie de la part de donateurs internationaux et de certains pays aux réfugiés qui rentreraient chez eux, afin de les aider à s’établir de manière durable dans leur pays sans être tentés de retourner illégalement au Liban », a-t-il ajouté.
L'UNHCR avait déjà annoncé en avril dernier « des coupes budgétaires sans précédent » au Liban, depuis le gel de l’aide financière américaine qui représentait 40 % de son financement global et au Liban. La porte-parole de l'UNHCR au Liban, Lisa Abou Khaled, précisait à L’Orient-Le Jour, le 26 avril, que 40 000 réfugiés au Liban n’auraient plus accès aux soins de santé primaires (soins de base) dès le mois d’avril 2025, 45 000 n’auront plus accès aux soins de santé secondaires (plus spécialisés) à partir de décembre 2025, et 42 000 autres personnes ne recevront plus de kits d’abris ni d’améliorations de leurs conditions de logement.
L'UNHCR met en outre fin à toute aide à l’éducation à partir de juillet 2025, cessant de soutenir les activités ciblées d’éducation, ce qui privera 15 000 enfants des programmes d’apprentissage, toujours selon la porte-parole. Le Haut-Comité a dû exclure 347 000 personnes du volet monétaire dans le cadre du programme conjoint UNHCR-PAM (Programme alimentaire mondial) à compter d’avril, et ne soutient désormais que 206 000 personnes jusqu’en juin 2025 uniquement.





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10 h 17, le 10 juin 2025