Un drapeau égyptien flotte au vent, alors que navigue en arrière-plan un porte-conteneurs, sur le canal de Suez, en Égypte, le 14 octobre 2019. Khaled Desouki/AFP
« Ces canaux n’existeraient pas sans les États-Unis d’Amérique », a lancé Donald Trump le 27 avril en parlant des canaux de Panama et de Suez, dont il a exigé la gratuité de passage pour tous les navires américains, militaires comme commerciaux. Énième sortie du milliardaire républicain sur le canal de Panama, celui de Suez, reliant la Méditerranée à la mer Rouge, est seulement récemment devenu la cible de l’ire présidentielle. Selon des informations du Wall Street Journal, le locataire de la Maison-Blanche aurait informé son homologue égyptien Abdel Fattah al-Sissi que Washington espérait son soutien dans sa campagne contre les houthis au Yémen, que ce soit militairement, à travers du partage de renseignements, ou financièrement, les droits de passage du canal de Suez pouvant être revus à la baisse. L’administration américaine a lancé dès le 15 mars dernier des frappes quasi quotidiennes contre les rebelles yéménites dans le cadre de l’opération « Rough Rider ». Le but affiché est d’empêcher les attaques houthies sur des navires commerciaux en mer Rouge pour assurer la liberté de navigation, après que les rebelles ont annoncé reprendre leur ciblage de navires liés à Israël en raison du blocus total imposé par l’État hébreu à Gaza dix jours plus tôt, alors que la trêve était encore en vigueur.
Vision transactionnelle des relations internationales
Selon les observateurs, l’opération américaine a déjà coûté plus d’un milliard de dollars en un mois, sans compter la perte d’au moins sept drones MQ-9 Reaper pour un montant de plus de 210 millions de dollars, et plus récemment un avion de chasse F/A-18 Super Hornet estimé à plus de 60 millions. Dans cette configuration, Donald Trump chercherait à être compensé pour les opérations américaines qui profitent à d’autres. Or le canal de Suez est l’une des principales sources de revenus en devises du Caire, qui a donc été lourdement affecté par les tirs lancés du Yémen dès novembre 2023, revendiqués en soutien aux Palestiniens. Alors qu’il avait annoncé en décembre une perte de revenus liés au canal de près de 7 milliards de dollars pour 2024, soit une baisse de plus de 60 %, le président égyptien affirmait le mois dernier que l’Égypte perdait environ 800 millions de dollars par mois en raison de la situation « régionale », sans donner plus de précisions. Sa déclaration a néanmoins eu lieu deux jours après le lancement de la campagne de frappes américaines au Yémen, censée permettre aux navires marchands d’emprunter sans crainte le détroit de Bab el-Mandeb pour éviter d’avoir à contourner le continent africain.
Quelques jours plus tard, le 1er avril, Donald Trump aurait ainsi évoqué la question de la gratuité de Suez pour les bâtiments américains auprès de son homologue égyptien lors d’un appel téléphonique, rapporte le média The New Arab. Un esprit transactionnel qui s’affichait déjà dans les messages échangés par des hauts responsables de son administration dans leur chat Signal sur la campagne militaire au Yémen, qui avaient fuité dans la presse. « Le président a été clair : feu vert, mais nous devons rapidement clarifier à l’Égypte et à l’Europe » ce que nous attendons en retour, avait écrit un participant aux initiales S.M., identifié comme le conseiller du président pour la sécurité nationale Stephen Miller. « Si les États-Unis parviennent à restaurer la liberté de navigation à grands frais, ils doivent en retirer des gains économiques supplémentaires en échange », explicitait-il. Selon l’autorité en charge du canal, les navires battant pavillon américain représentent néanmoins une petite part du trafic maritime total, une somme en soi modeste, d’après les analystes, souligne le Wall Street Journal.
Le Caire sur une corde raide
Abdel Fattah al-Sissi aurait de son côté refusé la proposition américaine, indiquant qu’un cessez-le-feu à Gaza serait un meilleur moyen de faire cesser les attaques houthies, poursuit le journal, alors que les rebelles avaient suspendu leurs activités durant la trêve entrée en vigueur le 19 janvier et qu’Israël a rompue le 18 mars. Le Caire continue de maintenir des canaux de communication ouverts avec les houthis, a en outre indiqué The New Arab, dans un contexte où le pays est le seul partageant une frontière avec Gaza, craignant la déstabilisation que pourrait engendrer un déplacement forcé des Palestiniens par Israël, avec l’appui de l’administration Trump.
Objet de fierté nationale, la souveraineté du canal de Suez reste une question sensible en Égypte, où plusieurs projets d’expansion ont été lancés ces dernières années. Inauguré en 1869, il avait été concédé à la Compagnie universelle du canal maritime de Suez, dominée par les Français et les Britanniques, avant d’être nationalisé en 1956 par Gamal Abdel Nasser pendant la crise de Suez, en pleine guerre froide. Si Washington a exercé une pression après l’invasion de Tel-Aviv, Paris et Londres qui a suivi, les États-Unis n’ont joué aucun rôle dans l’établissement du canal. En Égypte, les réactions ont ainsi été lapidaires face à l’exigence de Donald Trump d’obtenir la gratuité de passage pour les navires américains. « Le canal de Suez a été officiellement inauguré en 1869, alors que vous veniez juste de terminer votre guerre civile, que vous possédiez encore des esclaves et que vous aviez à peine un chemin de fer opérationnel », a rappelé Lamees el-Hadidi, une des journalistes progouvernement les plus connus. Le fils de l’ancien président Hosni Moubarak, renversé lors des printemps arabes, Alaa Moubarak, a ainsi demandé à Donald Trump de « s’assagir », « ça suffit avec ces bêtises », a-t-il ajouté selon The National. Difficile dans ces conditions pour le pouvoir d’accéder aux demandes américaines. Pour le moment, Washington n’a pas coupé l’aide militaire à l’Égypte, mais a déjà menacé de le faire dans le cas où Le Caire n’accepterait pas d’accueillir des Gazaouis alors qu’il entendait vider la bande de Gaza.




Au point où on est , Trump peut aussi s’autoproclamer le roi du monde en dehors de la chine et de la Russie. Qui pourra le contredire ou le ramener à la raison?
11 h 43, le 01 mai 2025