Le patriarche Raï entouré de la délégation du Conseil de l’ordre des journalistes. Photo DR
« Il est temps d’organiser une conférence nationale pour assainir la mémoire, parler en toute franchise et se réconcilier entre nous. » C’est l’un des points-clés qui ressortent de la rencontre jeudi du Conseil de l’ordre des journalistes présidé par Joseph Kossayfi avec le patriarche maronite le cardinal Béchara Raï. Celui-ci a notamment estimé que le moment n’est pas encore venu pour le Liban de normaliser ses relations avec Israël.
Mgr Raï affirme qu’il suit de près toute l’actualité, et tout en estimant que le pays évolue vers le meilleur, il insiste sur le fait que les Libanais ont une grande responsabilité et devraient toujours avoir en tête le fait que la Constitution stipule que le Liban est une patrie définitive pour tous ses citoyens. « Notre problème est dans l’allégeance de certains d’entre nous à l’étranger. Il faut distinguer entre les amitiés avec l’étranger et l’allégeance à l’étranger. Notre allégeance à tous devrait être à notre patrie », affirme le patriarche, insistant que la priorité est à l’unité interne. Et d’ajouter qu’aujourd’hui, le Liban est doté d’un président de la République et d’un Premier ministre à la tête d’un gouvernement de pleins pouvoirs et c’est à eux d’agir.
Le cardinal Raï assure ne pas être inquiet au sujet du sort des chrétiens du Liban après la chute des régime Assad en Syrie et la prise des pouvoirs par des factions islamistes. S’il reconnaît qu’au cours des dernières années, le nombre de chrétiens en Irak et même en Syrie a diminué, il souligne que dans ce dernier pays, lorsque les forces rebelles sont entrées à Damas et à Alep, elles ont contacté les évêques et les patriarches pour les rassurer. « Ce qui s’est passé par la suite sur le littoral syrien (où plus de 1 000 civils, en majorité alaouites, ont été tués par des groupes radicaux proches du nouveau pouvoir, NDLR) et l’exode que cela a entraîné ont augmenté les inquiétudes des gens, déplore Mgr Raï. Les patriarches ont d’ailleurs exprimé leurs craintes au président syrien Ahmad el-Chareh. Les gens sont quand même inquiets parce que le paysage interne n’est pas encore totalement stabilisé. » Le patriarche rappelle aussi que les chrétiens d’Irak étaient près d’un million et demi. Ils ne sont plus que 300 000. Mais cela ne signifie pas, selon lui, qu’il faut avoir des craintes pour les chrétiens au Liban. Il ajoute que si une conférence chrétienne est organisée en Syrie, il est prêt à y participer.
Ce qui s’est passé sur le littoral syrien ne donne-t-il pas d’une certaine manière un prétexte pour que le Hezbollah conserve ses armes ? Le cardinal Raï estime que « l’heure d’unifier les armes entre les mains de l’État est arrivée. C’est d’ailleurs prévu dans l’accord de Taëf. L’armée doit aussi être renforcée et elle doit être aidée pour cela par les États étrangers ».
Selon lui, face à l’ampleur des destructions et à ce qu’il appelle la supériorité israélienne, la solution pour libérer le territoire libanais encore occupé n’est pas dans l’utilisation des armes, mais dans la diplomatie. « Pouvons-nous aujourd’hui mener une guerre ? La résistance le peut-elle ? » s’est-il interrogé. Il ajoute toutefois que cela ne signifie pas que le Liban doit normaliser ses relations avec Israël, comme les Américains semblent le vouloir. « Ce n’est pas le moment actuellement pour une normalisation des relations avec Israël, estime-t-il. Il y a beaucoup de choses à réaliser avant, comme le retrait des Israéliens des positions qu’ils occupent encore. »
Pas de confrontation entre l’armée et le Hezbollah
À la question de savoir s’il a senti une inquiétude chez le président Joseph Aoun qu’il a rencontré la veille, Mgr Raï répond que l’entretien a porté sur des généralités et que le président semblait très à l’aise. Selon lui, le président Aoun bénéficie d’une grande confiance interne et internationale, ainsi que le gouvernement. « Cela nous donne de l’espoir, et je pense que le pays se dirige vers une amélioration de sa situation », ajoute-t-il.
Le patriarche se dit dans ce cadre convaincu qu’il n’y aura pas d’affrontements internes. « L’armée se comporte avec sagesse. Je ne crois pas qu’il y a un risque de confrontation entre la troupe et le Hezbollah. » Il est par contre conscient du fait qu’à Gaza comme au Liban, les Israéliens se comportent sans frein et sans être inquiétés ou sans qu’aucune partie internationale ne leur demande véritablement de comptes. D’où l’importance, à ses yeux, de resserrer les rangs internes.
Mais le Liban n’est-il pas en train de donner des prétextes aux Israéliens ? Selon le prélat, la question n’est pas là. Pour lui, la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU ne peut pas être appliquée « sur une simple pression de bouton. Les Israéliens devraient être plus patients, le monopole des armes entre les mains de l’État ne pouvant se faire de façon immédiate ».
Au sujet des divisions interchrétiennes, le patriarche estime que la situation n’est pas aussi mauvaise qu’on le dit, invitant toutefois les jeunes chrétiens à entrer dans l’appareil de l’État et dans ses institutions militaires et sécuritaires. Évoquant la crise économique, Mgr Raï souligne que Bkerké ne peut pas résoudre les problèmes du pays. Que fait l’Église toutefois pour empêcher l’exode des jeunes ? Raï répond qu’elle fait de son mieux. Elle a ses institutions qu’elle cherche à renforcer et à agrandir pour pouvoir être plus présente auprès des jeunes et des nécessiteux. « Mais c’est en définitive à l’État de procéder aux réformes nécessaires pour la relance de l’économie et pour assurer des emplois aux jeunes », dit-il.
Interrogé enfin sur le portrait de Jean-Paul II dans le grand salon de Bkerké, le patriarche répond que ce pape (canonisé en 2014) a effectué une visite historique au Liban et il était l’un de ceux qui ont le mieux compris la réalité libanaise.



L'Irak s'engage à défendre sa souveraineté et prévenir les menaces visant ses voisins
Les propos du patriarche Béchara RaÏ me semblent très justes et très appropriés à la situation de la discorde des libanais. Merci Patriarche Raï pour le courage et la dignité de vos propos , bien opposés à de l'antisémitisme, mais plein de courage républicain et de vérité humaine et surnaturelle, desagesse et prudence pour le Liban. Merci Patriarche.Merci pour le Liban, la France et pour un authentique patriotisme. loin des violences et des haines.
08 h 24, le 06 avril 2025