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Politique - Diplomatie

Ortagus à Beyrouth : le Liban fait front commun

Tel-Aviv souhaite « normaliser ses relations » avec Beyrouth, comme l’indique son ministre des Affaires étrangères. Une position que l’État libanais refuse catégoriquement.

Ortagus à Beyrouth : le Liban fait front commun

Des pompiers éteignent une voiture en feu sur le site d’une frappe israélienne dans la banlieue sud de Beyrouth, le 28 mars 2025. Photo AFP

Après la prolongation de son séjour en Israël, l’émissaire américaine Morgan Ortagus est finalement arrivée à Beyrouth ce vendredi après-midi pour sa seconde visite depuis sa prise de fonctions. Et c’est dans un climat de tensions croissantes qu’elle va s’entretenir avec les responsables libanais samedi pour évoquer la situation dans le Sud et la survie du cessez-le-feu. Selon nos informations, Morgan Ortagus adoptera un ton inflexible en exigeant un calendrier précis pour le désarmement du Hezbollah et l’affirmation de l’autorité de l’État libanais sur l’ensemble de son territoire. Logiquement donc, elle va (de nouveau) souligner le soutien indéfectible des États-Unis aux Israéliens dans la conduite d’opérations militaires qu’ils estiment nécessaires pour éliminer toute menace potentielle.

En face, les responsables libanais vont tenter de faire front uni, en présentant une position commune. Selon nos informations, le président de la République, Joseph Aoun, le Premier ministre, Nawaf Salam, et le président de la Chambre, Nabih Berry, se sont accordés pour exiger le retrait d’Israël des territoires qu’il occupe encore au Liban-Sud, ainsi que la libération des prisonniers et l’arrêt des violations et attaques contre le territoire libanais. Ce n’est qu’après cela que le Liban devrait entamer des négociations indirectes en vue de fixer le tracé de la frontière terrestre entre les deux pays. De plus, le Liban refuse d’élever le niveau de représentation dans ces pourparlers, ne souhaitant pas leur donner une dimension politique ou diplomatique. De son côté, Washington exige en premier lieu un renforcement significatif du rôle de l’armée libanaise au sud du Litani, avec pour mission principale le désarmement du Hezbollah et le démantèlement de ses infrastructures. Ensuite, il s’agit de mettre en place les trois comités de négociation portant sur le retrait israélien des sept positions occupées, la libération des prisonniers libanais détenus par Tel-Aviv ainsi que la démarcation de la frontière terrestre.

L’armée pressée de « relever les défis »

C’est dans cette même optique que les deux principaux sénateurs de la commission des Affaires étrangères du Sénat, le républicain Jim Risch et la démocrate Jeanne Shaheen, dont le mari est d’origine libanaise, ont pressé l’armée libanaise de « relever les défis sécuritaires dans le Sud ». « Les États-Unis doivent être prêts à renforcer leur aide à l’armée libanaise afin de soutenir une mise en œuvre rapide des obligations du cessez-le-feu. Cependant, toute hésitation de l’armée libanaise à relever les défis sécuritaires dans le Sud serait profondément préoccupante et obligerait les États-Unis à réévaluer leur approche », ont déclaré Risch et Shaheen. « Nous sommes à un moment critique au Liban. Le peuple libanais a une opportunité de briser l’emprise de l’Iran sur Beyrouth », ont-ils ajouté.

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Les sénateurs ont également appelé le gouvernement Salam à avancer dans la mise en œuvre des réformes recommandées par le Fonds monétaire international, tout en mettant en garde contre toute forme de compromis avec le Hezbollah. Ils ont aussi mis en garde trois ministres chiites, dont deux font partie de la quote-part du Hezbollah, ainsi que le chef du législatif. « Le président Nabih Berry, allié de longue date du Hezbollah, doit propulser le Liban vers l’avenir ou risquer un retour à un gouvernement dysfonctionnel. De même, les ministres Rakan Nassereddine (Santé), Mohammad Haïdar (Travail) et Yassine Jaber (Finances) doivent pleinement soutenir la relance du Liban », ont-ils déclaré.

« Voilà à quoi ressemble la victoire »

Un autre levier de pression sera exercé sur le Liban à travers le renouvellement du mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban. Dans le contexte de la réduction du soutien financier américain à l’étranger, Washington montre une réticence à continuer de financer les Casques bleus alors que leur mandat arrive à échéance en août prochain. Selon nos informations, les États-Unis souhaitent tout de même prolonger le mandat de la Finul tout en élargissant ses prérogatives en vertu du chapitre VII de la Charte des Nations unies, qui permet le recours à la force. De plus, ils veulent inclure dans ses missions la surveillance de la frontière libano-syrienne afin de garantir l’interdiction de toute activité de contrebande entre les deux pays.Israël joue également le jeu de la pression diplomatique.

Jeudi, son ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar, a affirmé depuis Paris que l’État hébreu souhaitait « normaliser ses relations avec le Liban », bien que cela « pourrait sembler prématuré du point de vue libanais ». Il a également fait état de « négociations en cours » : « Nous avons une équipe qui négocie sur (...) les différends à la frontière. » M. Saar a aussi affirmé que son pays souhaitait la stabilité au Liban, mais ne laisserait pas le Hezbollah « se réarmer ». Mercredi, c’est son homologue de la Défense, Israel Katz, qui y mettait du sien. Depuis une position occupée à l’intérieur du territoire libanais, il a promis que l’armée israélienne resterait indéfiniment au Sud. « Voilà à quoi ressemble la victoire. L’armée israélienne est là, protégeant les communautés en contrebas et leur permettant de continuer leurs activités, a-t-il affirmé. Et les villages de l’autre côté sont écrasés. » Il a ajouté qu’il faudra jusqu’à cinq ans aux civils libanais pour qu’ils retournent dans leurs villages.

Les frappes se poursuivent...

La pression militaire maximale sur le Liban se poursuit aussi. Israël intensifie ses opérations et ses assassinats ciblés, suscitant des craintes que la banlieue sud de Beyrouth ne soit frappée de plus en plus souvent. Dans les coulisses, il se murmure qu’Israël entend mener ses opérations où bon lui semble et frapper toute cible dès qu’une opportunité se présente. Jeudi encore, l’armée israélienne a mené deux frappes de drones au Liban-Sud. La première a touché une voiture sur la route de Bint Jbeil-Yaroun et a fait deux blessés. La seconde a pour cible une voiture sur la route menant au village de Alma el-Chaab (Tyr). Deux hommes travaillant sur un chantier dans une maison du village se trouvaient dans le véhicule visé, rapporte notre correspondant Mountasser Abdallah, qui fait état d’un blessé. De son côté, le porte-parole arabophone de l’armée israélienne, Avichay Adraee, a indiqué sur son compte X que « l’aviation israélienne a attaqué un terroriste du Hezbollah qui opérait dans la région d’Alma el-Chaab ».

Le Hezbollah prône « la confrontation » face à « l’agression américano-israélienne »
Le Hezbollah a condamné jeudi « l’agression barbare américano-israélienne », affirmant que « l’équation est aujourd’hui claire : soit la confrontation, soit la soumission aux plans de l’ennemi ». Dans un communiqué, le parti chiite pro-iranien a condamné « l’agression barbare américano-israélienne contre la Syrie, le Yémen, Gaza et le Liban », estimant qu’il s’agit d’une « extension de la guerre ouverte menée par l’axe du mal américano-sioniste contre les peuples de la région (...) afin de les soumettre aux intérêts de l’entité sioniste, pour qu’elle ait la mainmise sur la région ».
Le Hezbollah a précisé que « l’attaque contre la Syrie, à travers des frappes aériennes répétées et des incursions continues sur son territoire, vise à affaiblir l’État syrien et à empêcher son redressement, ce qui constitue une violation flagrante de sa souveraineté ». Le groupe a ajouté que « la résistance héroïque des fils honorables de la Syrie face à l’incursion sioniste prouve que le peuple syrien a toujours choisi la confrontation et la résistance à l’occupant, et que l’esprit de résistance est profondément enraciné dans sa conscience ». Concernant le Yémen, le Hezbollah a souligné que « la poursuite de l’agression américaine barbare et les massacres commis contre son peuple visent à détourner le peuple yéménite de son soutien à Gaza et à la résistance palestinienne, en tentant de l’empêcher de poursuivre ses opérations héroïques ». Au sujet de Gaza, le Hezbollah a estimé que « la guerre d’extermination se poursuit et les projets de déplacement forcé, sous les yeux d’une communauté internationale complice, révèlent l’incapacité de l’ennemi à briser la volonté de résistance et l’esprit de fermeté du peuple palestinien ». « Cette escalade dangereuse place tous les pays et les peuples de la région face à une responsabilité historique, les obligeant à s’unir pour faire face à ces projets menaçant le monde, a ajouté le Hezbollah. L’équation est aujourd’hui claire : soit la confrontation, soit la soumission aux plans de l’ennemi, qui n’ont pour but que de soumettre la région, de la dominer et d’exploiter ses peuples et ses ressources. » Le parti a, dans ce cadre, appelé « tous les hommes libres du monde à élever la voix contre cette agression injuste et à faire pression sur la communauté internationale pour mettre fin à ces attaques répétées ».
Après la prolongation de son séjour en Israël, l’émissaire américaine Morgan Ortagus est finalement arrivée à Beyrouth ce vendredi après-midi pour sa seconde visite depuis sa prise de fonctions. Et c’est dans un climat de tensions croissantes qu’elle va s’entretenir avec les responsables libanais samedi pour évoquer la situation dans le Sud et la survie du cessez-le-feu. Selon nos informations, Morgan Ortagus adoptera un ton inflexible en exigeant un calendrier précis pour le désarmement du Hezbollah et l’affirmation de l’autorité de l’État libanais sur l’ensemble de son territoire. Logiquement donc, elle va (de nouveau) souligner le soutien indéfectible des États-Unis aux Israéliens dans la conduite d’opérations militaires qu’ils estiment nécessaires pour éliminer toute menace potentielle.En face,...
commentaires (7)

Le Liban Officiel cherche á gagner du temps en circonvolutions et en prétextes pour ne pas désarmer Hezballah. Toutes normalisations avec les deux voisins enlèvent le prétexte de garder les armes, toute normalisation obligera le Liban a etre respectueux du droit international. Le hezballah ça ne l'arrange pas. On est toujours dans la même logique que précédement: Celle de garder un pays poubelle qui profite uniquement á une milice car on n'a pas le courage de dire les choses et encore moins de les faire.

Moi

12 h 34, le 04 avril 2025

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Commentaires (7)

  • Le Liban Officiel cherche á gagner du temps en circonvolutions et en prétextes pour ne pas désarmer Hezballah. Toutes normalisations avec les deux voisins enlèvent le prétexte de garder les armes, toute normalisation obligera le Liban a etre respectueux du droit international. Le hezballah ça ne l'arrange pas. On est toujours dans la même logique que précédement: Celle de garder un pays poubelle qui profite uniquement á une milice car on n'a pas le courage de dire les choses et encore moins de les faire.

    Moi

    12 h 34, le 04 avril 2025

  • On attendait ce front commun ailleurs. Les voilà comme des bleus en train de refaire les mêmes erreurs que leurs prédécesseurs qui ont toujours privilégié la sensibilité des fossoyeurs de notre pays à la sécurité et la prospérité de leur pays. Rien à ajouter.

    Sissi zayyat

    11 h 10, le 04 avril 2025

  • Qu'une choise quoi claire: soit on se soumets à la raison du plus fort et on capitule, soit on se met du côté du droit. Le Liban et la Palestine sont dans leurs droits. Israël ne l'est pas. Baisser son pantalon face aux monstres n'est pas une option. Voyons ce que Aoun-Salam entendent faire face à la déchaînée Morgan, qui se permet d'humilier nos dirigeants. En politique, il faut prendre des risques. C'est le moment de le faire. On a assez perdu en jouant aux subordonnés de tous bords.

    Raed Habib

    09 h 57, le 04 avril 2025

  • Très bizarre : le Yémen empêche le transport maritime de l’Est à l’Ouest pendant des mois et hurle d’être une victime quand il est bombardé De même lance ses roquettes sur Israël et redouble de hurlement quand Israël réplique et fait des dégâts au Yémen LA VÉRITÉ : la seule question à poser: Qui a raison ? Celui qui attaque ou celui qui réplique ?

    LA VERITE

    09 h 41, le 04 avril 2025

  • Que le liban ne veuille PAS normaliser ses relations avec Israël … A ce stade? Ça ce comprend… il faut que les tensions baissent. Puis normaliser ne signifie PAS s’aimer et s’embrasser… En revanche, rien n’empêche de négocier DIRECTEMENT sous la supervision US et FR aussi. Les libanais, lorsqu’ils le veulent, ils sont forts en négociations. Utilisons ce trait de caractère pour négocier directement et pourquoi pas? REACTIVER l’armistice de 1949 comme un début sur le chemin de la paix… Souhaitée

    LE FRANCOPHONE

    07 h 53, le 04 avril 2025

  • Qu’ils commencent déjà à se comporter normalement pour que l’on réfléchisse à comment gérer des gens aussi anormaux. Pour être franc, on les a déjà suffisamment vus comme ça.

    Mago1

    04 h 20, le 04 avril 2025

  • Le Liban a été trop longtemps obsédé par ‘ni vainqueur ni vaincu”c’est pourquoi le hab a du mal à accepter son statut de grand vaincu. Plus il s acharne à renier cette vérité, plus il sera décimé par Israël et rejette par les libanais.

    Zampano

    03 h 56, le 04 avril 2025

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