Des passants viennent constater les dégâts après la frappe israélienne nocturne qui a visé les derniers étages d'un immeuble dans la banlieue sud de Beyrouth, le 1er avril 2025. Ibrahim Amro / AFP.
La frappe israélienne effectuée sans avertissement dans la nuit de lundi à mardi sur un immeuble résidentiel de la banlieue-sud de Beyrouth a été rapidement condamnée par la présidence de la République et le Grand Sérail, aussitôt rejoints par d'autres réactions au sein de la classe politique libanaise.
La frappe a fait au moins quatre morts selon le ministère de la Santé, dont Hassan Bdeir, un responsable du Hezbollah en charge du dossier palestinien, et sept autres blessés. Le département d'État américain a légitimé la frappe dans un courrier cité par l'agence Reuters, la liant aux tirs de roquettes de vendredi dernier depuis le Liban. Le secrétaire général du Hezbollah Naïm Kassem avait averti samedi que si l’État libanais échouait à obtenir par la diplomatie des résultats face aux violations israéliennes, « d’autres options » seraient envisagées. Dans le sillage de la frappe mardi, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a appelé l’État libanais à prendre « des mesures pour déraciner les organisations terroristes opérant depuis son territoire contre Israël ».
Aoun, Salam et Berry
Le président Joseph Aoun a été le premier à condamner le raid israélien, qualifiant l'acte de « dangereux avertissement dévoilant les intentions » israéliennes contre le Liban. « L'agression israélienne nous oblige à redoubler d'efforts pour nous adresser aux amis du Liban dans le monde et les mobiliser en faveur de notre droit à la pleine souveraineté sur notre territoire », a souligné le chef de l'État libanais sur le compte X de la présidence. Il a insisté sur la nécessité « d'empêcher toute violation de la souveraineté de la part de certains qui fournissent un prétexte supplémentaire à l'agression ». « Nous travaillerons avec le gouvernement et le Premier ministre pour contrecarrer toute tentative de gâcher une occasion exceptionnelle de sauver le Liban », a-t-il ajouté.
Le Premier ministre Nawaf Salam lui a emboîté le pas. Dans un communiqué publié en milieu de matinée, il a également condamné « l'agression israélienne contre la banlieue-sud de Beyrouth », la qualifiant de « violation flagrante de la résolution 1701 des Nations unies qui affirme la souveraineté et l'intégrité du Liban ». Il a estimé que l'attaque constituait une « violation claire de la trêve conclue en novembre dernier ».
Dans l'après-midi, la présidence libanaise a annoncé sur X que M. Aoun a reçu M. Salam à Baabda pour discuter « des mesures à adopter face aux conséquences de l'agression israélienne sur la banlieue sud ».
Le président du Parlement Nabih Berry a, pour sa part, jugé qu'à travers son attaque, Israël tentait « par le feu, le sang et la destruction, d'assassiner la résolution 1701 de l'ONU et de faire sauter son mécanisme d'application », dans une déclaration reprise dans plusieurs médias locaux. « Il s'agit d'une attaque directe contre les efforts des forces militaires, sécuritaires et judiciaires libanaises, qui ont fait de grands progrès dans la découverte des circonstances des récents incidents suspects dans le Sud, qui portent les empreintes d'Israël dans leur calendrier, leurs objectifs et leurs méthodes », a encore écrit le chef du Parlement. Nabih Berry a fait ici référence aux arrestations annoncées par l'armée et la Sûreté générale ces derniers jours de suspects dans le cadre des enquêtes menées par le Liban pour découvrir les auteurs des tirs de roquettes de vendredi.
Au niveau international, la coordinatrice spéciale de l'ONU pour le Liban, Jeanine Hennis-Plasschaert a réagi en déclarant : « Une nouvelle escalade est la dernière chose dont quiconque ait besoin ». Elle a aussi estimé que « le seul chemin viable » était l'application de la résolution 1701.
Forces libanaises, Hezbollah et Amal
L'ancien des Affaires sociales, Richard Kouyoumjian, membre des Forces libanaises, parti chrétien opposé au Hezbollah, a également condamné la frappe sur X avant de critiquer le parti chiite, sans le nommer. Il a fustigé ceux qui affirment qu’ils « n’ont plus rien à perdre » et considère que les armes de la résistance sont « sacrées » et plus importantes que « le Liban et la région », estimant qu'ils privilégient « une milice » au lieu de soutenir l’État.
Plusieurs élus du Hezbollah ont aussi réagi, dont Ibrahim Moussaoui, qui s'est rendu sur les lieux de la frappe. « Si ce qui est dit sur la présence d'un résistant dans les appartements visés est vrai, les lois internationales et la Convention de Genève interdisent de tuer des personnes hors du front », a déclaré l'élu du parti chiite selon des propos relayés dans un communiqué.
« Ce qui s'est passé nous a fait passer à un stade complètement différent et nous tenons la communauté internationale, les États-Unis et l'Occident pour responsables de ce crime », a-t-il déclaré en inspectant le bâtiment touché. Il a aussi critiqué les déclarations « irresponsables » de certains députés et estimé que des ministres « encouragent l'ennemi à persister dans son agression ». Il a en outre comptabilisé 1500 violations israéliennes qui ont fait « des dizaines de morts et des centaines de blessés depuis le début de la trêve. »
Également sur place, le député du Hezbollah Ali Ammar, a considéré que les frappes israéliennes « portent atteinte à la réputation des soi-disant institutions de la communauté internationale ». « Le Hezbollah ne veut pas de guerre, mais si elle lui est imposée, il est prêt à dissuader toute agression » a ajouté le parlementaire, assurant que le parti était « prêt » et avait « retrouvé toute sa force et sa santé sur les plans politique, matériel, sécuritaire et sur le terrain ». « (Notre) patience a des limites et il appartient à la résistance et aux résistants de choisir le bon moment » pour répondre, a-t-il conclu.
Une autre figure du Hezbollah, le député Hussein Hajj Hassan, a qualifié l'attaque israélienne de « dangereuse et barbare » et considérée qu'elle était « couverte par les États-Unis » lors d'un entretien à la radio russe Sputnik. Il a également jugé que le comité technique de surveillance du cessez-le-feu présidé par les États-Unis, incluant l’armée libanaise, l’armée israélienne, la Force intérimaire de l’ONU au Liban et la France, « ne veut pas remplir sa mission consistant à mettre fin à l'agression israélienne ».
Le député Kassem Hachem, du mouvement Amal allié du Hezbollah », a évoqué une attaque qui confirme que le Liban est « dans le collimateur du projet expansionniste sioniste » et s'est demandé si le silence était « le meilleur moyen de faire face à ces défis ».
Le Parti syrien national social (PSNS) a considéré pour sa part que la frappe était « une preuve de l’échec du cessez-le-feu à protéger le Liban de la barbarie de l'ennemi » israélien. « Tout ce qui s'est passé depuis la signature de l'accord jusqu'à aujourd'hui confirme un fait clair et flagrant : la résistance reste le seul moyen de dissuader l'ennemi », appelant les Libanais à faire bloc.
Le Jihad islamique a dénoncé dans un communiqué une « agression » visant à exploiter la montée des tensions sécuritaires pour « rebattre les cartes » au profit de l’agenda israélien et « imposer ses conditions au peuple libanais ».
Le mufti jaafarite Ahmad Kabalan, proche du Hezbollah, a qualifié l’attaque de mardi de « terroriste ». Il a appelé les Libanais à faire preuve « d’unité nationale autour de la souveraineté », estimant que « Tel Aviv traite avec le Liban en tant que front déchiré et nation sans identité, et c’est là le secret de cette crise qui affecte le pays en profondeur ».
Siniora, Wakim et Khazen
L’ancien Premier ministre Fouad Siniora a dénoncé l’attaque israélienne sur la banlieue-sud mardi à l’aube, estimant que « les deux pays parrains du cessez-le-feu (les Etats-unis et la France, ndlr) et la communauté internationale devraient exercer des pressions sur Israël pour l’obliger à arrêter ses agressions et se retirer du territoire libanais ». « Le plus dangereux dans cette dernière attaque, c’est qu’elle se fonde sur des intentions supposées et inventées, et non sur des actes, d’où le fait qu’il faut mettre un terme à cette arrogance inacceptable », a-t-il lancé.
L’ancien député de Beyrouth Najah Wakim, qui dirigeait un mouvement nassérien et qui est proche du Hezbollah, a invité l’Etat à mobiliser toute sa force e dissuasion face à l’agression israélienne plutôt que de tenter d’affaiblir le Hezbollah. « La politique de la faiblesse et de la vulnérabilité ne réussira pas à décourager l'ennemi, ni à attirer la sympathie de l'Amérique », a-t-il souligné dans une déclaration.
L'ancien ministre et doyen du Conseil central maronite, Wadih el-Khazen, a aussi condamné « dans les termes les plus forts cette agression brutale, qui menace la sécurité et la stabilité du Liban et met en danger la vie des civils », et appelé la communauté internationale à adopter une position « ferme » face à Israël.




A quoi sert toutes ces condamnations si personne n'a le courage et la volonté de désarmer les milices qui ont détruit notre beau Liban. Même Affaiblit, le HB fait toujours peur. Messieurs Aoun et Salam, nous avions eu trop d'espoir lors de votre arrivée au pouvoir, notre déception s'agrandit de jour en jour.
23 h 40, le 01 avril 2025