Des réfugiés syriens alaouites dans la cour de la municipalité de Tall Biré au Liban-Nord, à la frontière syrienne, le 10 mars 2025. Photo Matthieu KARAM/L'Orient-Le Jour
Plus de 7 000 personnes ayant fui le littoral syrien, où des violences et des massacres entre partisans du président déchu Bachar el-Assad et les nouvelles forces de sécurité ont fait des centaines de morts, se sont installées dans le mohafazat du Akkar, selon les chiffres officiels publiés lundi.
Selon un rapport de la Chambre de gestion des catastrophes et des crises, présidée par le gouverneur du Akkar, Imad Labaki, 7 616 personnes, soit 1 777 familles, dont la majorité appartient à la communauté alaouite, sont arrivées au Akkar. Elles sont réparties sur quinze villages du mohafazat. Ces réfugiés, dont certains sont des Libanais précédemment installés en Syrie, ont traversé à pied le Nahr al-Kabir, qui sert de démarcation à la frontière entre le Liban et la Syrie dans certaines régions, comme l'ont rapporté nos journalistes sur place, Lyana Alameddine et Matthieu Karam.
Plus tôt dans la journée, le président du Conseil municipal de Tal el-Biré, Abdelhamid Sakr, a rapporté à notre correspondant au Liban-Nord, Michel Hallak, que 10 000 personnes s'étaient réfugiées dans le Akkar au Liban-Nord, dont 2 000 dans sa localité. Il évoque une « tragédie ». Selon les chiffres officiels, 1 555 personnes se sont réfugiées à Tal el-Biré, la localité qui en accueille le plus, suivie de près par Massoudiyé, qui en reçoit 1 500.
A Tal el-Biré, Amira, 23 ans, est arrivée vers 10 heures avec son époux et son bébé de quatre mois, mais aussi son beau-père, sa belle-mère et sa cousine et une quinzaine de membres de la même famille. Originaires de Hama, ils viennent de la banlieue de Tartous, ville du littoral syrien, à une soixantaine kilomètres au nord de Tripoli, où ils ont élu domicile depuis la chute du régime de Bachar el-Assad, le 8 décembre dernier. « Je suis fatiguée, lance Amira. Nous avons traversé la rivière. D’autres personnes tentaient aussi la traversée. Une fois arrivés sur la rive (libanaise), un homme est venu nous chercher ».
« Ils nous ont ordonnés de partir »
« Nous pensions être en sécurité à Tartous. Tout le monde disait que le littoral était sûr. Mais les hommes d’Ahmad el-Chareh sont venus dans l’immeuble où nous vivions, celui de mon employeur », explique Amira, qui se présente comme une travailleuse agricole. La jeune femme raconte à notre journaliste, Lyana Alameddine, comment les individus armés sont entrés dans l’immeuble. « Ils ont fouillé chaque appartement, le nôtre aussi. Ils cherchaient des armes. Mais ils n’ont en trouvé aucune. Ils ont tout volé. Ils ont mis le couteau sous la gorge des deux fils du propriétaire qui ne sont affiliés à personne, souligne-t-elle. Ils n’ont tué personne et nous ont ordonnés de partir ».
Selon le maire de Tall Biré, ce sont principalement les localités dont la population est alaouite, la confession de la majorité des habitants des villes du littoral syrien ayant connu des massacres depuis jeudi, qui ont accueilli les milliers de réfugiés comme Amira et sa famille. Treize villages et localités ont ainsi ouvert leurs portes aux Syriens, hommes, femmes et enfants, fuyant les violences. Ils sont logés dans des salles attenantes à des mosquées ou dans les bâtiments municipaux.
Distributions d'aides aux réfugiés à partir de mardi
Le mohafez du Akkar, Imad Labaki, et la Croix-rouge libanaise sont mobilisés pour assurer des soins essentiels aux réfugiés selon cet élu de Tall Biré. M. Labaki a réactivé à cet effet la cellule de gestion des catastrophes de son mohafazat. Des distributions d'aides commenceront à partir de mardi, notamment des matelas, couvertures, produits d'hygiène et nourriture, selon M. Sakr, qui évoque aussi le soutien d'organisations internationales.
Concernant les craintes de tensions sécuritaires dans la région, M. Labaki a affirmé à l'Agence nationale d'Information (Ani, officielle) que « la situation est stable jusqu'à nouvel ordre ». « Il n'y a pas de danger car comme nous l'avons appris des maires, la majorité des personnes déplacées ont fui par crainte pour leur vie », a-t-il ajouté.



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