L'ex-président français Nicolas Sarkozy à son arrivée au tribunal de Paris dans le cadre de son procès dans l'affaire dite du financement libyen, le 20 janvier 2025. Photo AFP / BERTRAND GUAY
Le procès a débuté il y a un mois et l'ex-président français Nicolas Sarkozy ne se remet toujours pas d'être là, alors qu'il n'y a « aucune preuve », « rien », « pas le début d'un commencement de financement » de sa campagne électorale par la Libye. Alors le tribunal a fini par lui rappeler le principe du « faisceau d'indices ».
Ce mercredi, la présidente Nathalie Gavarino veut l'entendre sur la discrète « exfiltration » de France en 2012 de Bechir Saleh, ex-directeur de cabinet de Mouammar Kadhafi, organisée selon l'accusation par le pouvoir Sarkozy pour le faire taire. Sa première question est précise, la réponse de Nicolas Sarkozy beaucoup moins: « si vous le permettez Mme la présidente », la prie, un brin obséquieux, l'ex-chef de l'État, avant de dérouler sa démonstration. Pendant 15 minutes, à peine interrompu, il assume avoir donné son « accord politique » à l'accueil de Bechir Saleh en France, soutient qu'à cause d'un « imbroglio juridique » il n'a appris que tardivement qu'il faisait l'objet d'une notice rouge d'Interpol - révélée par la presse -, et que « sans l'ombre d'un doute » il ne s'y serait « jamais opposé ».
Une avocate de partie civile se lève, exaspérée : « Vous êtes en train de lire, ça va pas, vous êtes en train de lire en intégralité ! »
« C'est vrai que ça manque de spontanéité », rebondit la présidente de son ton habituellement neutre et posé. « Je comprends que vous prépariez votre défense, mais lorsque que vous répondez aux questions vous commencez toujours par un long exposé ».
« Les faits remontent à 13 ans ! J'ai le droit de regarder le dossier quand même, je regarde le dossier ! », s'étrangle l'ex-président, avant de jurer qu'il n'a « jamais » organisé le discret départ de Bechir Saleh, auquel il n'avait aucun « intérêt ». « Et là Madame la présidente, je ne lis pas, c'est spontané », grince-t-il, théâtral. « Et spontanément je vous le dis : je ne suis pas un imbécile ! »
« Sous le nez »
Dans son exposé, et pour le plus grand plaisir du public de la salle d'audience qui ne désemplit pas, Nicolas Sarkozy rejoue son accueil en Libye « en héros par des dizaines de milliers de personnes avec David Cameron » après la chute de Kadhafi. Quant au cas Béchir Saleh, le sujet était loin d'être « prioritaire », en plein entre-deux-tours de l'élection présidentielle 2012. « J'ai 120.000 personnes au Trocadéro avec la préoccupation de savoir est-ce qu'il va pleuvoir... », lance-t-il, amusant encore la salle - sans trop s'attarder sur la bombe médiatique que représente à l'époque les premières révélations de Mediapart sur le « pseudo-financement libyen ».
La présidente poursuit, lit les différents témoignages libyens et autres « confidences » évoquant un tel financement.
« Je dois dire que je suis un peu lassé de me défendre d'un financement sans que personne ne me mette une preuve sous le nez », finit par lâcher Nicolas Sarkozy - comme au moins une fois par interrogatoire depuis le début du procès.
Cette fois la présidente le coupe. « Il n'y a pas que la preuve documentaire », indique-t-elle. « Je rappelle que la preuve peut résulter d'un faisceau d'indices, d'un ensemble d'éléments, parmi lesquels des témoignages ».
« Bien sûr qu'il y a faisceau, mais quand on parle d'un financement de dizaines de millions ce serait bien d'en trouver la trace ! », rétorque-t-il. Avant de répéter que ses accusateurs libyens avaient « six mois » entre le début de la guerre en Libye et la disparition de Khadafi pour « publier contre moi des numéros de compte, des virements, des documents, des enregistrements ». « J'en ai assez de me justifier sur des preuves qui n'existent pas ! », lance-t-il encore au procureur financier, éludant ses questions. « Vous m'aviez dit avec un sourire que peut-être que j'arriverais à vous convaincre. Quitte à vous paraitre naïf, c'est vraiment ce que je veux faire ».



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