L'émir du Qatar, Cheikh Tamim bin Hamad el-Thani (à gauche), est accueilli par le président intérimaire de la Syrie, Ahmad el-Chareh, à son arrivée à Damas, sur une photo diffusée par l'Agence de presse arabe syrienne (SANA) le 30 janvier 2025. AFP PHOTO / HO / SANA
L'émir du Qatar, Tamim ben Hamad Al-Thani, a appelé à la formation d'urgence d'un gouvernement inclusif en Syrie lors d'un entretien jeudi à Damas avec le président par intérim Ahmad el-Chareh.
Il s'agit de la première visite d'un chef d'Etat en Syrie depuis le renversement de Bachar el-Assad le 8 décembre par une coalition de factions rebelles islamistes dirigée par celle de M. Chareh, connu alors sous son nom de guerre Abou Mohammad al-Jolani.
Elle intervient au lendemain d'une série de décisions qui ont concentré le pouvoir entre les mains de M. Chareh, nommé président intérimaire de la Syrie, ravagée par plus de 13 ans de guerre civile.
Cheikh Tamim a « insisté sur la nécessité pressante de mettre en place un gouvernement représentant toutes les composantes » de la société syrienne afin de « consolider la stabilité et avancer dans les projets de reconstruction, de développement et de prospérité », selon un communiqué officiel qatari.
Les nouvelles autorités syriennes s'efforcent de rassurer sur leur capacité à pacifier et réunifier le pays, morcelé par la guerre.
Elles tablent sur les riches pays du Golfe pour financer la reconstruction et aider au redressement de l'économie en Syrie, asphyxiée par les sanctions internationales.
« Nous avons discuté d'un cadre global pour l'engagement bilatéral en matière de reconstruction », a indiqué le chef de la diplomatie syrienne, Assaad al-Chaibani, lors d'un point presse avec le ministre d'Etat qatari, Mohammed Al-Khulaifi.
Les discussions ont notamment porté sur « des secteurs vitaux tels que les infrastructures, les investissements, les services bancaires » et sur les premiers jalons d'une « reprise économique », selon lui.
« Soutien nécessaire »
Le ministre d'Etat qatari a assuré que son pays « continuerait à fournir le soutien nécessaire à tous les niveaux » à la Syrie, dont « les infrastructures et l'électricité ». « Nos projets sont nombreux. »
Le Premier ministre du Qatar Mohammed ben Abdelrahmane Al-Thani s'est rendu à Damas mi-janvier et a annoncé que son pays fournirait à la Syrie 200 mégawatts d'électricité et en augmenterait progressivement la production.
Selon une source diplomatique, Doha pourrait également financer une hausse des salaires du secteur public décidée par la nouvelle administration syrienne.
Contrairement à d'autres pays arabes ces dernières années, le Qatar, qui soutenait l'opposition pendant la guerre en Syrie, n'a jamais rétabli de relations diplomatiques avec le pouvoir déchu.
Le Qatar a été le deuxième pays, après la Turquie, à rouvrir son ambassade à Damas, au lendemain de la fuite de Bachar al-Assad à Moscou, et a plaidé pour une levée des sanctions internationales imposées à la Syrie.
Des ministres syriens parmi lesquels Assaad al-Chaibani s'étaient rendus début janvier à Doha.
« Fondation de l'Etat »
Nommé mercredi président intérimaire pour une durée non précisée, M. Chareh a été chargé de former un « conseil législatif intérimaire » après la dissolution du Parlement et le gel de la Constitution.
Le nouveau pouvoir a aussi annoncé la dissolution de l'armée de M. Assad et de son parti Baas, ainsi que celle de toutes les factions armées, dont celle dirigée par M. Chareh, Hay'at Tahrir el-Cham (HTC)..
Le ministre d'Etat qatari a salué ces mesures, y voyant « la fin de la période de la révolution et le passage à l'étape de la fondation de l'Etat ».
Poids lourd du monde arabe, l'Arabie saoudite a félicité jeudi Ahmad el-Chareh pour sa nomination comme président par intérim de la Syrie.
Le roi Salmane et son fils, le prince héritier et dirigeant de facto de l'Arabie saoudite, Mohammad ben Salmane, ont souhaité « succès et réussite » au dirigeant syrien dans la conduite de son pays vers « un avenir prospère ».
Depuis décembre, des responsables arabes et occidentaux se succèdent pour rencontrer le nouvel homme fort de Syrie.
Une délégation de la Russie, proche alliée du pouvoir déchu syrien, s'est rendue à Damas cette semaine. Des chefs de la diplomatie et hauts représentants de pays comme la France, l'Allemagne ou la Turquie ont également fait le déplacement.
Le ministère syrien de la Défense a affirmé jeudi qu'une délégation militaire turque de haut niveau s'était également rendue à Damas.