Le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem. Capture d'écran du discours tenu le 4 janvier 2025
Le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, a tenu un discours samedi à 18h30, heure de Beyrouth, à l'occasion de la commémoration de l'assassinat de Kassem Soleimani, tué le 3 janvier 2020 dans une frappe de drone américaine à Bagdad. Il y a également évoqué les derniers développements politiques au Liban et dans la région, alors que le cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah, prévu pour une durée de 60 jours, est toujours en cours depuis le 27 novembre et après plus de 13 mois de combats, dans le sillage de la guerre à Gaza.
Après avoir consacré la première partie de son discours à un hommage à l'ancien chef de la Force al-Qods (unité d'élite du Corps des Gardiens de la révolution islamique en Iran), qu’il a notamment décrit comme « un leader véritable, tant au niveau stratégique qu'intellectuel et politique », il a salué le rôle qu’il avait joué « pour connecter les différents fronts de la région afin qu'ils se soutiennent mutuellement ». La guerre de Gaza, trois ans plus tard, a démontré cette unité des fronts entre les différents groupes de « l'axe de la résistance », particulièrement le Hamas palestinien, le Hezbollah au Liban, les houthis du Yémen et les milices irakiennes pro-Téhéran.
Une guerre déclenchée le 7 octobre 2023 et qui, dès le lendemain, s’est étendue au Liban-Sud suite à l’ouverture d’un front « de soutien » au Hamas par le Hezbollah. Après l’escalade de la guerre en septembre dernier, qui aura entre autres vu l’assassinat de Hassan Nasrallah, prédécesseur de Naïm Kassem, et ce dernier a à nouveau vanté la « détermination » de son parti, qui a empêché l'armée israélienne d’avancer au-delà de « quelques centaines de mètres sur les lignes de front », alors qu’auparavant elle « atteignait Beyrouth en quelques jours », faisant par-là référence à l’invasion israélienne du Liban en 1982. Naïm Kassem a également déclaré que c’est grâce à la « résilience et aux sacrifices » du Hezbollah que « l’ennemi a été contraint d'accepter un accord de cessez-le-feu ».
De quoi permettre au nouveau leader du parti chiite d’affirmer que, désormais, « le Liban ne peut plus exister sans la Résistance » et que c’est la direction du Hezbollah « qui décide quand et comment combattre, ainsi que les armes utilisées ». « Il n’y a pas de calendrier fixe qui dicte les actions » du Hezbollah et la « patience » dont celui-ci fait preuve est liée au choix du « moment opportun pour affronter l’ennemi », a-t-il ainsi lancé. Et d’ajouter : « Notre patience peut s’épuiser avant les 60 jours ou après. Quand nous déciderons d’agir, vous le verrez immédiatement ».
Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, le Hezbollah n'a mené qu'une frappe sur des positions israéliennes, tandis que l'armée israélienne reste, elle, déployée dans certains villages du Liban-Sud et a mené des frappes ayant tué au moins 36 personnes. Le dignitaire chiite a aussi noté que l'accord de cessez-le-feu « concerne exclusivement la zone située au sud du fleuve Litani », réitérant la position exprimée à de nombreuses reprises ces dernières semaines par des responsables du parti selon laquelle l’État libanais est responsable, avec les médiateurs, de limiter les actions d’Israël et de faire appliquer l’accord.
Pour rappel, cet accord consiste en 13 points, dont le fait que les forces de sécurité et l'armée libanaise sont les seules entités autorisées à porter des armes ou à déployer des troupes dans le sud du Liban et qu’Israël et le Liban rapporteront toute violation à un comité, présidé par les Américains et composé des armées libanaise et israélienne, ainsi que des représentants de la Force intérimaire de l’ONU au Liban et de la France, afin de superviser et d’aider à la mise en œuvre des engagements des deux belligérants. Cependant, des « garanties » américaines à Israël assurent entre autres, dans un texte parallèle, le droit à Israël d'agir à tout moment en cas de violation des obligations dans la zone sud.
Pour un président le 9 janvier
Naïm Kassem a également évoqué la chute du régime de Bachar el-Assad, le 8 décembre, suite à l’offensive des rebelles syriens du groupe Hay’at Tahrir el-Cham (HTC) et estimé que « dans le futur, le peuple syrien jouera un rôle dans l’affrontement avec Israël ». Jusqu'à présent pourtant, les nouvelles autorités syriennes ont affirmé n'avoir aucune intention de s'en prendre à Israël, qui a mené une incursion depuis le renversement du régime sur la partie syrienne du Golan.
Enfin, en ce qui concerne l'élection présidentielle au Liban, à quelques jours d'une séance parlementaire électorale, le chef du Hezbollah a exprimé sa « détermination » à ce qu'un chef de l'État soit élu « en coopération avec toutes les parties ». Le Liban est sans président depuis la fin du mandat de Michel Aoun en octobre 2022, et la séance de vote du 9 janvier 2025 est la première fixée par le président de l’Assemblée nationale depuis plus d’un an. Au cours de la dizaine de séances tenues depuis la fin du mandat précédent, le tandem chiite et ses alliés se retiraient automatiquement de l'hémicycle après le premier tour, faisant échouer le vote. « Nous voulons que l'échéance du 9 janvier réussisse pour consacrer l'unité nationale et islamique », a-t-il ainsi déclaré.



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