Des déchets de démolition hétéroclites qui devraient être triés. Ici, dans la banlieue-sud de Beyrouth. Photo Mohammad Yassine
Le Conseil du Sud a annoncé, vendredi dans un communiqué, avoir lancé son appel d’offres pour « la démolition et le transport des décombres des bâtiments détruits, complètement ou partiellement, par les bombardements israéliens après le 8 octobre 2023, sur base d’un pourcentage des prix adoptés par le Premier ministre », l’ouverture des plis devant avoir lieu le 13 janvier 2025.
Des millions de tonnes de déchets de démolition résultent des destructions à grande échelle causées par l’armée israélienne dans sa guerre contre le Hezbollah, du 8 octobre 2023 au 27 novembre 2024, date d’entrée en vigueur du cessez-le-feu entre les deux parties, bien que celui-ci ne soit pas respecté par la partie israélienne.
L’affaire avait été soulevée lors du Conseil des ministres exceptionnel tenu à Tyr (Liban-Sud) le 7 décembre dernier. Pour le traitement des déchets de démolition, le gouvernement a alloué 4000 milliards de livres libanaises (environ 44 millions de dollars). Le recensement des dégâts et le déblaiement des décombres au Liban-Sud, l’une des régions les plus touchées, a été confié au Conseil du sud, et dans les autres régions du pays au Haut comité de secours, par contrat avec le bureau Khatib et Alami. Mais le communiqué du gouvernement est resté flou sur la manière dont seront traités ces déchets.
Ces déchets sont susceptibles, selon les experts, de contenir des pollutions multiples comme celles provenant des produits chimiques du bombardement, des risques inhérents au bâtiment lui-même ou encore des risques biologiques. Ils devraient être triés et recyclés avant qu’on puisse en disposer, mais la crainte de nombreux écologistes est que cette étape essentielle ne sera pas respectée.
Terre-Liban dénonce des mesures qui aggravent la pollution
Cette crainte est au cœur d’un communiqué publié vendredi par l’association écologique Terre-Liban, qui s’attaque à la décision gouvernementale susmentionnée (prise le 7 décembre) avalisant les directives du ministère de l’Environnement, publiées le 5 décembre. Dans ce document, le ministère préconise effectivement de déplacer les tonnes de débris dans des carrières désaffectées, joignant une liste de 1800 sites dégradés, sur des terrains publics ou privés.
« Ces sites sont par excellence vulnérables écologiquement, y disposer des déchets de démolition contenant un mélange d’inertes et de composants pollués, durant la saison d’hiver, revient à risquer une infiltration d’eau polluée dans le sol, et une pollution des nappes phréatiques par voie de conséquence », souligne le communiqué. Le texte rappelle que cette eau est celle utilisée principalement comme eau potable et pour l’irrigation.
L’association dénonce également le fait que le document du ministère mentionne des « espaces publics » où disposer ces déchets, au cas où il ne serait pas possible d’utiliser toutes les carrières publiques et privées. «De quels espaces publics parle le ministère ? S'agirait-il, une fois de plus, les espaces publics maritimes ? N’avons-nous pas assez remblayé la mer ? N’avons-nous pas assez de pollution dans l’air due à la guerre pour ajouter une pollution de l’eau ?», demande le texte.


