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Moyen-Orient - Dans La Presse

Une affaire d’espionnage de grande ampleur fragilise le pouvoir à Bagdad

Les révélations pourraient coûter cher au Premier ministre irakien, dont certains proches sont impliqués dans le réseau de surveillance, croit savoir Middle East Eye.

Une affaire d’espionnage de grande ampleur fragilise le pouvoir à Bagdad

Une photo non datée de Mohammad Chia al-Soudani, choisi par la coalition chiite pro-Iran pour le poste de Premier ministre en Irak. Photo AFP

Des scandales de piratages, d’écoutes téléphoniques et de surveillance politique éclaboussent le cercle du Premier ministre irakien, Mohammad Chia al-Soudani, et pourraient lui coûter cher et provoquer des remous dans les relations entre Bagdad et Washington, avance le site d’actualité panarabe Middle East Eye (MEE). L’affaire en question a commencé à la fin du mois de juillet, lorsque plusieurs représentants du Parlement irakien ont reçu des messages anonymes sur WhatsApp suggérant que quatre membres de la commission parlementaire des Finances avaient falsifié le budget sur lequel ils avaient voté quelques jours plus tôt. Trois semaines après, le même numéro cible cette fois de nombreuses personnalités politiques de haut rang, parmi lesquelles le président du Conseil supérieur de la magistrature ainsi que diverses personnalités du cabinet du président irakien.

« Le dépositaire, le dirigeant et le faussaire se préparent à désigner un député connu pour son faux certificat comme candidat à la présidence du Parlement », peut-on lire dans le message. Ces titres énigmatiques désigneraient Qaïs al-Khazali, le commandant d’Asaïb Ahl al-Haq, faction armée pro-iranienne parmi les plus puissantes d’Irak et un dirigeant-clé de l’alliance au pouvoir du Cadre de coordination des partis chiites (« le dépositaire »), Ahmad Abdallah al-Joubouri, gouverneur de la province de Saladin et chef du parti Jamahir (« le dirigeant ») ainsi que l’ancien président du Parlement irakien Mohammad al-Halbousi (« le faussaire »).

Le député en question serait Ziad al-Janabi, leader chiite du groupe parlementaire Initiative, dont la candidature au poste de président du Parlement avait recueilli mi-août le soutien d’une cinquantaine de députés sunnites, alors même que la fonction est habituellement occupée par une personnalité sunnite. Remontant la piste vers le « visiteur de nuit », un terme utilisé en Irak pour désigner une personne qui s’immisce dans la vie privée, les enquêteurs arrivent jusqu’au service de sécurité nationale ainsi qu’à l’agence de renseignement irakienne INIS, dirigée par Ahmad Ibrahim al-Soudani, un cousin issu de la même tribu que le Premier ministre. De quoi suggérer que la cellule d’écoutes était basée au centre du pouvoir à Bagdad, au sein même du cabinet du Premier ministre, et que l’opération d’espionnage a été autorisée directement par son parent, visé fin août par un mandat d’arrêt avant d’être interrogé et libéré sous caution. La cellule d’écoute aurait ainsi tenté de piéger et de rassembler des informations compromettantes sur diverses personnalités politiques, notamment des parlementaires, des fonctionnaires du système judiciaire, des agents des services de renseignements et des femmes membres de la famille de personnalités importantes.

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Des appareils de fabrication américaine

« Jusqu’à présent, tout indique que le réseau a été formé à des fins internes et non externes, a déclaré au MEE un haut responsable de la sécurité. Le réseau avait pour objectif de renforcer l’emprise de Soudani sur la scène politique et sécuritaire afin de s’assurer d’obtenir davantage de mandats de Premier ministre. » Mohammad Juhi, une figure influente du bureau de Soudani, est accusé d’avoir dirigé l’opération. Avec ses complices, il aurait acquis du matériel de surveillance utilisé par l’unité d’écoute et de ciblage de l’INIS, selon des responsables au courant de l’enquête, dont l’appareil de fabrication américaine Kingfish, rapporte MEE, qui explique que ce dernier « est utilisé par les forces de l’ordre et les services de renseignements pour suivre et intercepter les signaux téléphoniques en simulant un relais de téléphonie mobile ». Les États-Unis ont fourni un certain nombre d’appareils de cet ordre aux agences de sécurité irakiennes, inclus dans l’équipement militaire envoyé depuis 2015 pour soutenir la lutte contre les combattants du groupe État islamique (EI), avant de les retirer en 2018 et 2019, « après qu’il a été prouvé qu’ils étaient utilisés à des fins personnelles », à l’exception de ceux destinés à l’INIS.

Pour le Washington Institute – qui rappelle que c’est la CIA qui a contrôlé et formé le personnel de l’INIS pendant vingt ans –, au vu de cette affaire, « les États-Unis devraient restreindre considérablement la coopération en matière de renseignements avec l’INIS ». « Alors que les nombreuses autres agences de renseignements du pays ont été profondément infiltrées par des militants soutenus par l’Iran, l’INIS est restée un bastion de fiabilité relative pour les États-Unis et d’autres gouvernements occidentaux. (...) Pourtant, tout cela a changé lorsque Soudani est devenu Premier ministre », affirme le think tank américain, à l’heure où les deux pays sont parvenus à une entente concernant un calendrier de retrait progressif des troupes américaines stationnées dans le pays. Depuis son arrivée à la tête du gouvernement en 2022, Mohammad Chia al-Soudani a éliminé de nombreux officiers-clés de l’INIS, auxquels les États-Unis accordaient leur confiance, pour les remplacer par des agents des milices soutenues par l’Iran.

Selon le MEE, le travail du juge Ali Jafat qui suit cette affaire est « presque terminé » en Irak, après que des dizaines de poursuites ont déjà été engagées contre les personnes accusées d’avoir participé aux écoutes téléphoniques, à des opérations de chantage et des menaces. Et un certain nombre de ces poursuites visent le Premier ministre irakien lui-même. « Alors que des élections législatives sont prévues en octobre 2025, certains pensent que le sort politique de Soudani est déjà scellé », soutient le média. 

Des scandales de piratages, d’écoutes téléphoniques et de surveillance politique éclaboussent le cercle du Premier ministre irakien, Mohammad Chia al-Soudani, et pourraient lui coûter cher et provoquer des remous dans les relations entre Bagdad et Washington, avance le site d’actualité panarabe Middle East Eye (MEE). L’affaire en question a commencé à la fin du mois de juillet, lorsque plusieurs représentants du Parlement irakien ont reçu des messages anonymes sur WhatsApp suggérant que quatre membres de la commission parlementaire des Finances avaient falsifié le budget sur lequel ils avaient voté quelques jours plus tôt. Trois semaines après, le même numéro cible cette fois de nombreuses personnalités politiques de haut rang, parmi lesquelles le président du Conseil supérieur de la magistrature ainsi que...
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