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Politique - Focus

L’opposition fulmine : Berry, c’est le Hezbollah, pas le Liban officiel

Les protagonistes hostiles au parti de Dieu pressent pour que la Chambre soit impliquée dans les tractations en vue d’un cessez-le-feu, pendant que Hochstein rencontre Geagea et Walid Joumblatt.

L’opposition fulmine : Berry, c’est le Hezbollah, pas le Liban officiel

L’émissaire américain Amos Hochstein et le chef des Forces libanaises Samir Geagea, à Meerab, le 19 novembre 2024. Photo tirée du compte X du leader chrétien

Les protagonistes de l’opposition ne cachent pas leur indignation de voir le président de la Chambre, Nabih Berry, négocier presque seul au nom du Liban officiel (en réalité du Hezbollah) un cessez-le-feu entre le parti de Dieu et Israël, sans y impliquer ni le Parlement ni le Conseil des ministres, qui exerce les prérogatives du président de la République en cas de vide à la tête de l’État. Et si Nabih Berry fait la sourde oreille aux appels de l’opposition à rectifier le tir, ses détracteurs ne se contentent plus de paroles. Ils sont déjà passés à l’acte en s’entretenant avec l’émissaire américain Amos Hochstein, et en tentant de fédérer les efforts en vue d’augmenter la pression sur le tandem chiite, ne serait-ce que sur ce plan.

L’article 52 de la Constitution accorde au président de la République la compétence de « négocier les traités internationaux en concertation avec le Premier ministre », précisant que ces accords « n’entrent en vigueur qu’après approbation du Conseil des ministres ». Mais en l’absence du chef de l’État, c’est le Conseil des ministres qui exerce ses prérogatives. Cela fait dire à plusieurs experts que c’est le chef du gouvernement sortant qui devrait mener les négociations. Mais Aïn el-Tiné ne l’entend pas de cette oreille. Cela ne fait plus de doute : le président de la Chambre profite à fond de son positionnement singulier sur la scène politique. Il est le négociateur en chef avec la communauté internationale dans un Liban sans président. En même temps, il est le « grand frère » à qui le Hezbollah a confié l’épineuse tâche de négocier la fin des hostilités. 

Le seul négociateur

Cela pousse les composantes de l’opposition à accuser ouvertement M. Berry de bloquer délibérément, en concertation avec le Hezbollah, l’élection d’un président de la République, censé, lui, mener les négociations internationales. « C’est dans le contexte actuel de la guerre que nous comprenons plus que jamais les véritables raisons derrière la paralysie totale de l’élection présidentielle », déclare à L’Orient-Le Jour Élias Hankache, député Kataëb. « Le président de la Chambre, et derrière lui le Hezbollah, veut continuer à exercer son hégémonie sur le pays et en monopoliser les décisions stratégiques, tout en marginalisant les institutions et le président qui devrait négocier au nom de tous les Libanais », martèle le parlementaire du Metn. De quoi rappeler que, quelques jours après le début des affrontements entre Israël et le Hezbollah au Liban-Sud, le 8 octobre 2023, le maître du perchoir avait tué dans l’œuf une initiative de l’opposition d’émettre une recommandation parlementaire résumant la position officielle libanaise à l’égard du conflit. « Il faut que ces grands dossiers soient discutés au sein des institutions. Et Nabih Berry est loin de pouvoir résumer celles-ci en sa personne », lance Mark Daou, député de la contestation. Il rejoint par cette prise de position les Kataëb. Dans un communiqué publié mardi à l’issue de sa réunion hebdomadaire, le bureau politique du parti a dénoncé le fait que « le Hezbollah soit le seul négociateur (avec la communauté internationale), indépendamment de l’identité du médiateur ». Une pique évidente à Nabih Berry. « Quelle est la source du pouvoir des négociateurs leur permettant d’accepter ou de rejeter des décisions qui engageraient le pays pour des années à venir ? » se sont interrogés les Kataëb, rappelant que les tractations devraient être conformes aux dispositions de la Constitution, notamment en période de vide présidentiel. Et le parti d’insister sur la nécessité de tenir l’opinion publique au courant des pourparlers en cours. 

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L’armée libanaise peut-elle désarmer le Hezbollah au Sud ?

Quelques heures auparavant, les Forces libanaises étaient allées dans le même sens, taclant une fois de plus le Hezbollah et le président de la Chambre. « Les négociations en cours se déroulent entre le Hezbollah et Israël, et non pas entre ce dernier et l’État libanais », peut-on lire dans un communiqué publié à l’issue d’une réunion du bloc parlementaire du parti. Ces négociations « ne reflètent pas la volonté des Libanais ni leurs aspirations à la souveraineté », ont encore dit les députés FL, rappelant que c’est l’État qui devrait être le seul à pouvoir mener des négociations au niveau international.

Même Jamil Sayed 

Mais dans ce qui a semblé être un geste visant à inclure tous les protagonistes (ou presque) dans le processus, l’émissaire américain, reçu mercredi à Clemenceau par le leader druze Walid Joumblatt, s’était entretenu mardi soir à Meerab avec le chef des FL, Samir Geagea. « Nous avons insisté sur le fait que seule une solution à même de garantir le monopole du port des armes et l’application des résolutions internationales, dont la 1559 (2004, appelant notamment au « désarmement des milices »), la 1680 (2006, portant sur le tracé de la frontière avec la Syrie) et la 1701 (2006) sera acceptée », déclare Richard Kouyoumjian, responsable des relations extérieures au sein de la formation, qui était présent lors de l’entretien, à L’Orient-Le Jour

M. Kouyoumjian souligne que son parti est en coordination avec le reste de l’opposition au sujet de la guerre en cours. C’est dans ce cadre que s’inscrit la réunion, mercredi, entre M. Geagea et les députés de l’Alliance du changement (Mark Daou, Michel Doueihy et Waddah Sadek). « Nous avons discuté du bilan de la rencontre avec M. Hochstein et surtout affirmé l’importance de redynamiser les institutions et les impliquer dans le processus de négociations comme cela se doit », dit Mark Daou. « Ce qui nous importe le plus, c’est de faire comprendre à Nabih Berry et son camp qu’ils ne sont pas seuls dans le pays », ajoute-t-il.

Fait notable : ce n’est pas uniquement l’opposition qui a Nabih Berry dans le collimateur. Jamil Sayed, député indépendant réputé proche du Hezbollah (mais hostile à M. Berry), a plaidé sur son compte X pour « des négociations officielles tenues en présence du ministre des Affaires étrangères, et dont la version finale serait communiquée au Parlement ».   

Les protagonistes de l’opposition ne cachent pas leur indignation de voir le président de la Chambre, Nabih Berry, négocier presque seul au nom du Liban officiel (en réalité du Hezbollah) un cessez-le-feu entre le parti de Dieu et Israël, sans y impliquer ni le Parlement ni le Conseil des ministres, qui exerce les prérogatives du président de la République en cas de vide à la tête de l’État. Et si Nabih Berry fait la sourde oreille aux appels de l’opposition à rectifier le tir, ses détracteurs ne se contentent plus de paroles. Ils sont déjà passés à l’acte en s’entretenant avec l’émissaire américain Amos Hochstein, et en tentant de fédérer les efforts en vue d’augmenter la pression sur le tandem chiite, ne serait-ce que sur ce plan.L’article 52 de la Constitution accorde au président de la...
commentaires (12)

Est-ce qu’il y un gouvernement au Liban ?

Eleni Caridopoulou

22 h 11, le 21 novembre 2024

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Commentaires (12)

  • Est-ce qu’il y un gouvernement au Liban ?

    Eleni Caridopoulou

    22 h 11, le 21 novembre 2024

  • Un accord made by berri garantit à israel l'opportunité de re-détruire le pays du cèdre fois après fois pour l'empêcher de se relever ad eternum... l'octogénaire s'en tape royalement... et il agit façon royale... Allah yisséiidak ya watan

    Wlek Sanferlou

    14 h 11, le 21 novembre 2024

  • Parce qu’Israël connait tout les rouages de la politique Libanaise et surtout la langue fourchue de Berry et du Hezbollah, la guerre ne s’arrêtera que si ce dernier capitule sans conditions aucunes. Cela impliquera un arrêt immédiat de ses bombardements, le retraits immédiat de ses miliciens du Sud avec la remise et la remise immédiate de ses armes a l’armée lors de son retraits. Le reste suivra dans les semaines a venir avec un retrait de Tsahal coordonné avec le déploiement de L'ONU et de l’armée Libanaise. Le Hezbollah, et les autres, ne pourront que s’exécuter pour éviter plus de dommages

    Pierre Christo Hadjigeorgiou

    13 h 49, le 21 novembre 2024

  • -OU EST NOTRE CHER PATRIARCHE ? -AU LIEU D,ETRE ASSIS SUR SON ARCHE, -QU,IL LISE ENFIN LA VERITE, -ET MODELE LE COMITE, -FORME DE TOUS LES OPPOSANTS, -POUR ADHERER AUX DISCUSSIONS. - CE N,EST PAS FAIT COMMUNAUTAIRE. -LES TURBANS ONT LEUR SECRETAIRE. -ILS ONT EN CHARGE LE PERCHE. -ENVOYEZ UN VOTRE AU MARCHE.

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    12 h 06, le 21 novembre 2024

  • -JE VOUS CONSEILLAIS DES L,ETE, -DE VOUS FORMER EN COMITE, -DE VOUS IMPOSER AU DIALOGUE, -CONTRE DES HEZBS LE MONOLOGUE, -QUE LE PERCHE MENE EN SULTAN, -MEME NON COIFFE D,UN TURBAN. -ALLEZ, BOUGEZ, IL EST GRAND TEMPS. -C,EST L,APPEL FORMEL DU LIBAN.

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    10 h 54, le 21 novembre 2024

  • Que Berry negocie pour le Hezbollah et non pour le Liban est un fait etabli. Que Berry fasse passer les interets de sa communauté avant ceux du Liban est -malheuresement- prouvé. Qu'on le dise haut et fort est salutaire...pour le Liban et les Libanais.

    Lebinlon

    10 h 39, le 21 novembre 2024

  • Et c’est maintenànt que vous le ditent ! Berri a toujours été le Hezbollah ! Et Mikati aujourd’hui a aussi plié l’échine , et se trouve être le suppôt du hezb !

    LeRougeEtLeNoir

    08 h 29, le 21 novembre 2024

  • "Berry, c’est le Hezbollah, pas le Liban officiel" … et encore moins le Liban tout court! J’ai dit dans d’autres commentaires que, pour Berry, la Constitution était le paillasson sur lequel il s'essuie les pieds en entrant au Parlement. En fait, il l’a collée à la semelle es ses souliers afin de la fouler à chaque pas. Accessoirement, il l’utilise aussi pour un usage que la bienséance m’interdit d’expliciter ici.

    Yves Prevost

    07 h 37, le 21 novembre 2024

  • Berry comme seul négociateur pour le Liban est une hérésie. Comme le hezb, Berry a une milice armée et doit donc lui aussi livrer ses armes si l’on se réfère à la 1559. Bien sûr qu’ils ne veulent pas d’un Président chrétien qui viendrait perturber leur mainmise criminelle sur l’Etat. Le danger grandissant de l’afflux des déplacés chiites dans toutes les régions libanaises va changer la donne. Même si certains zaïm hésitent encore à s’y opposer ouvertement, le peuple Libanais est maintenant dans sa grande majorité, contre l’armement des milices sectaires illégales. Rien de bon pour l’avenir.

    Goraieb Nada

    07 h 18, le 21 novembre 2024

  • l'opposition a raison sur toute la ligne, berry ne saurait etre impliqué en tant que partie prenant part au conflit et négocier sa propre cause... En outre sa légitimité, en tant que "simple" chef du parlement ne lui confère pas les droits auquels il prétend, surtout des droits biaisés. Quand au discours de "son chef" réferant en dépit de ces admonestations solennelles qu'il diffuse régulièrement, ses discours qui rappelent une polycopie, héritée de ses prédecesseurs, n'ont plus aucune résonnance et devra lui aussi assumer sa responsabilité face à la destruction du pays.

    C…

    07 h 06, le 21 novembre 2024

  • L‘opposition / la contestation devrait signifier à Israël (par l‘entremise de M. Hochstein) que tout accord négocié par M. Berry sera illégitime et caduc, vu que cet individu n‘a ni les prérogatives, ni n‘a été mandaté par le gouvernement de négocier quoi que ce soit avec qui que ce soit. A la limite, même le Hezbollah pourrait ultérieurement sortir cet argument pour renier un accord qui lui aura évité d‘être annihilé et rétablir ses positions au Sud à la barbe de l‘armée et du peuple libanais

    Alain

    00 h 46, le 21 novembre 2024

  • Tout a faut vrai , Berry est un agent du parti de Dieu et ne représente plus les libanais nationalistes et patriotes

    Robert Moumdjian

    00 h 43, le 21 novembre 2024

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