De la fumée s'élève après une frappe aérienne israélienne visant la périphérie du village d'Ibl al-Saqi dans le sud du Liban, le 30 septembre 2024. Photo Rabih DAHER / AFP
Israël menait lundi soir des opérations terrestres « limitées » visant le Hezbollah au Liban-Sud, près de la frontière, a indiqué lundi le département d'Etat.
« Ils nous ont informés du fait qu'ils mènent actuellement ce qu'ils disent être des opérations limitées ciblant des infrastructures du Hezbollah près de la frontière », a déclaré le porte-parole du département d'Etat, Matthew Miller, faisant part de conversations entre Israël et les Etats-Unis à ce sujet.
L'armée libanaise a dans ce cadre repositionné ses troupes au Liban-Sud après les menaces israéliennes d'incursion, rapporte l’AFP ainsi qu’une source de l’institution militaire à L’Orient-Le Jour. Selon une source sécuritaire libanaise citée par Reuters, les troupes se sont repliées à 5 kilomètres au nord de la frontière. Des témoins ont également indiqué à notre correspondant dans la région Mountasser Abdallah que l'armée libanaise a évacué ses positions à Majidiyé et Abbassiyé, à la frontière, dans le caza de Hasbaya, et à Wazzani dans le caza de Marjeyoun. Les troupes se sont ensuite positionnées sur la colline d'al-Mari, dans le caza de Hasbaya.
« Zone militaire fermée »
En Israël, l'armée a annoncé l'établissement d'une « zone militaire fermée » autour des localités de Metula, Misgav Am et Kfar Giladi « déclarées zones militaires fermées. L'entrée dans cette zone est interdite ».
En début de soirée, le département d'État américain a affirmé qu'Israël a fait part à Washington « d'un certain nombre d'opérations » militaires, notant toutefois qu'il s'agit « d'opérations limitées visant l'infrastructure du Hezbollah près de la frontière avec le Liban ». « Les États-Unis soutiennent toujours un cessez-le-feu au Liban, mais la pression militaire peut parfois activer la diplomatie », a-t-il ajouté.
Plus tôt dans la journée, CBS, le partenaire américain de la BBC, citant un responsable américain, rapportait qu'Israël a informé les Etats-Unis de son intention de lancer une incursion terrestre limitée au Liban qui pouvait commencer « dès aujourd'hui ».
De son côté, le Washington Post a indiqué que la campagne prévue par Israël serait moins importante que lors de sa dernière guerre contre le Hezbollah en 2006 et se concentrerait sur « l'élimination de l'infrastructure militante le long de la frontière afin de supprimer la menace pour les communautés frontalières israéliennes », selon un responsable américain s'exprimant sous couvert d'anonymat pour aborder les discussions privées entre les deux gouvernements. Lundi, l'armée israélienne a mené des raids limités au Liban, selon un Israélien au courant de l'opération qui s'est exprimé auprès du Washington Post sous couvert d'anonymat pour discuter d'un sujet sensible.
Plusieurs sources ont également confié au Wall Street Journal que les forces spéciales de l'armée israélienne ont mené des raids ciblés dans le sud du Liban « en prévision d'une éventuelle offensive terrestre qui pourrait commencer dès cette semaine ». Ces raids auraient inclus « des incursions dans les tunnels du Hezbollah situés le long de la frontière et ont eu lieu récemment ainsi qu'au cours des derniers mois, dans le cadre d'un effort plus large d'Israël pour diminuer les capacités militaires du parti chiite le long de la frontière libano-israélienne », ont indiqué ces sources. « Le calendrier de toute action terrestre pourrait changer », selon le WSJ. « Israël subit de fortes pressions de la part des États-Unis pour ne pas mener une invasion majeure. On ne sait pas encore combien de temps Israël chercherait à tenir le territoire ou si l'incursion ressemblerait plutôt à une série de raids plus importants ».
L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) a de son côté signalé des mouvements militaires des forces israéliennes près de la frontière entre Quneitra et les hauteurs du Golan. Selon l'OSDH, un grand nombre de chars et de véhicules militaires israéliens a stationné sur les hauteurs du Golan.
Le Hezbollah est « prêt »
Réagissant à ces développements, le secrétaire général adjoint du Hezbollah, Naïm Kassem, a affirmé, dans sa première prise de parole depuis l'assassinat de Hassan Nasrallah, que le Hezbollah savait que « le combat risque d'être long ». « Nous sommes prêts et préparés si Israël veut lancer une incursion terrestre. Israël n'atteindra pas ses objectifs et nous gagnerons ce combat », a-t-il souligné.
Une frappe israélienne a visé, pour la première fois depuis le début de la guerre, le village de Aïnata el-Arz, situé entre les caza de Bcharré, au Liban-Nord, et de Baalbeck. Cette frappe, qui intervient sur fond de menaces d'incursion terrestre, pourrait viser à couper l'une des routes liant la Békaa au reste du Liban.
Dans ce contexte tendu, le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot, premier diplomate occidental de haut rang à se rendre au Liban depuis l'intensification des frappes israéliennes visant le Hezbollah, a appelé Israël à « s'abstenir de toute incursion terrestre » au Liban et à « cesser le feu », demandant également au Hezbollah de faire de même.




Kassem est prêt et gagnera le combat. Prêt comment et quel combat? Pour qui et pourquoi?
11 h 18, le 01 octobre 2024