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Moyen-Orient - Reportage

A Jénine, des habitants racontent des « jours noirs » après le retrait des blindés israéliens

« L'eau est coupée, l'électricité est coupée, le système d'égoût ne fonctionne plus, toutes les infrastructures sont détruites », témoigne un Palestinien.

Des Palestiniennes et leurs enfants se reposent sur le bord de la route, après d'avoir été forcés à évacuer leurs domiciles lors d'un raid israélien à Jénine, en Cisjordanie occupée, le 31 août 2024. REUTERS/Ammar Awad

"Plus d'eau, plus d'électricité, plus de pain ni de lait pour les enfants": à Jénine, des habitants racontent des "jours noirs" après le retrait des blindés et bulldozers israéliens de la ville de Cisjordanie occupée.

"C'est dur, c'est très dur, pour les enfants et pour tout le monde, on a peur, on est terrorisés, regardez tous les dégâts", lance Faïza Abou Jaafar, robe bleue et voile beige. "On vit des jours noirs", lâche cette mère de famille palestinienne. Autour d'elle, des portes métalliques pendent au-dessus de morceaux de bitume arrachés.

Non loin de là, vendredi soir, un octogénaire a été tué par une balle d'un tireur embusqué israélien, racontent des habitants, portant à 20 le nombre de morts au cours de l'"opération antiterroriste" lancée par l'armée israélienne mercredi dans trois villes du nord de la Cisjordanie.

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L'armée assure que tous les hommes tués par des soldats depuis mercredi dans le territoire palestinien sont des "terroristes". Les mouvements armés palestiniens ont annoncé qu'au moins 13 d'entre eux appartenaient à leurs branches armées. Mais l'octogénaire n'avait rien à voir avec les combats, assurent les habitants, unanimes.

"La guerre"

Ici, des murs sont écroulés, là, gît un toit de tuile. Plus loin, les escaliers extérieurs d'une maison ne tiennent plus que sur un pilier bancal. Majdi al-Mehdi, tee-shirt noir et barbe taillée courte, contemple les deux voitures et la moto écrasées contre le mur de sa maison sous un tas de gravats et de tôle froissée. "Ca s'est passé pendant la guerre, il y a trois jours", dit-il.

Dans cette "guerre" urbaine, les bulldozers ont ouvert la voie aux fantassins israéliens. "En face, ils avaient transformé une maison en caserne et y interrogeaient les jeunes" arrêtés lors de descentes dans des maisons ou au cours d'affrontements, raconte-t-il encore à l'AFP. 

En dégageant les routes, les bulldozers ont retourné le sol. Le bitume a disparu et, sous lui, les tuyaux enfouis. L'armée israélienne assure qu'elle a percé des conduites d'eau par erreur, mais pour les habitants, les soldats ont agi à dessein. 

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Avec ces dégâts, "on est coupés du monde", dit Taher al-Saadi, le visage marqué sous sa barbe blanche de quelques jours et son épaisse moustache poivre et sel. "L'eau est coupée, l'électricité est coupée, le système d'égoût ne fonctionne plus, toutes les infrastructures sont détruites. Les boulangeries sont à l'arrêt. On ne trouve plus de lait pour les enfants", ajoute-t-il.

Une situation inédite dans le quartier oriental de Jénine, où, d'habitude, on entend au loin les affrontements entre soldats israéliens et combattants palestiniens dans le camp réfugiés à l'autre bout de la ville.

Entrées ici mercredi, les colonnes de blindés et de bulldozers israéliens sont reparties samedi matin, pour prendre la route du camp de réfugiés, bastion des groupes armés palestiniens en lutte contre Israël.

"Jénine en 2002"

Là, les combats sont féroces si l'on en croit les communiqués réguliers des groupes armés et les tirs et les explosions qui résonnent au-delà des murs du camp. Mais, même le gouverneur de Jénine, Kamal Abou al-Rob, avoue ne "pas savoir ce qui se passe vraiment à l'intérieur du camp".

"Les Israéliens assiègent les hôpitaux et coupent la ville du camp qui est devenu une zone militaire verrouillée", affirme-t-il à l'AFP. "Ni la Défense civile ni les ambulances ni les journalistes ne peuvent aller voir ce qui s'y passe", dit-il. Un black-out qui inquiète à Jénine où l'opération "Rempart" israélienne est sur toutes les lèvres.

C'était en 2002 au camp de réfugiés de Jénine. La deuxième Intifada, le soulèvement palestinien lancé en 2000, battait alors son plein, entre attentats suicides palestiniens et descentes militaires israéliennes meurtrières sur les villes, villages et camps des Territoires palestiniens.

Le long siège de l'armée israélienne s'était soldé par des dizaines de morts côtés palestinien et israélien. Une partie du camp avait été rasée et il avait gagné pour longtemps la réputation de bastion de la "résistance" palestinienne.

Samedi matin, le gouverneur Abou al-Rob ose la comparaison: "Cela me rappelle le camp de Jénine en 2002, au vu du nombre important de soldats, de l'étendue des destructions d'infrastructures, des tirs sur des innocents", dit-il.

"Plus d'eau, plus d'électricité, plus de pain ni de lait pour les enfants": à Jénine, des habitants racontent des "jours noirs" après le retrait des blindés et bulldozers israéliens de la ville de Cisjordanie occupée.

"C'est dur, c'est très dur, pour les enfants et pour tout le monde, on a peur, on est terrorisés, regardez tous les dégâts", lance Faïza Abou Jaafar, robe bleue et voile beige. "On vit des jours noirs", lâche cette mère de famille palestinienne. Autour d'elle, des portes métalliques pendent au-dessus de morceaux de bitume arrachés.

Non loin de là, vendredi soir, un octogénaire a été tué par une balle d'un tireur embusqué israélien, racontent des habitants, portant à 20 le nombre de morts au cours de l'"opération antiterroriste"...
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