Un Israélien évalue les dommages subis par un immeuble résidentiel après avoir été directement touché par un projectile, suite au lancement par le Hezbollah de centaines de roquettes et de drones vers Israël, en réponse à l’assassinat de Fouad Chokor, le 25 août 2024. Ammar Awad/Reuters
Dimanche à l’aube, le Hezbollah a finalement riposté à l’assassinat de son chef militaire Fouad Chokor, directement après des frappes israéliennes « préventives » qui ont visé de nombreux villages du sud du Liban, près d’une heure auparavant. Selon le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, qui a prononcé un discours dimanche soir, la principale cible de l’opération de dimanche était la base israélienne de Glilot, où se trouve l’unité 8200 de l’armée israélienne, à « 110 kilomètres de la frontière libanaise et à 1 500 mètres de Tel-Aviv ». L’unité 8200 est la plus grande et la plus importante unité de collecte d’informations de la direction du renseignement militaire israélien, selon le site officiel de l’armée israélienne. Elle opère dans toutes les zones et en temps de guerre, explique le site, les membres de l’unité rejoignent les quartiers généraux de combat « afin de permettre un flux d’informations plus rapide ». L’armée israélienne a, elle, démenti que cette base a été touchée.
Hassan Nasrallah a également affirmé que la deuxième cible était une base aérienne et un site de défense antimissile situés à 75 kilomètres du Liban et à 40 kilomètres de Tel-Aviv. Dans son discours, il s’est félicité d’un exploit. Cependant, on ne sait pas encore si le parti a vraiment réussi à toucher ces bases ou si le système de défense antimissile israélien Dôme de fer a intercepté les projectiles, comme l’assure le narratif israélien. En effet, l’armée israélienne dit avoir « identifié le plan » du Hezbollah avant son lancement et ensuite mené des frappes « d’autodéfense » pour le stopper. Le porte-parole arabophone de l’armée israélienne, Avichay Adraee, va plus loin : aucun blessé n’est à déplorer et « aucun camp militaire n’a été touché que ce soit dans le nord ou le centre » d’Israël. « Que des mensonges », a rétorqué Hassan Nasrallah dans sa prise de parole. Difficile de discerner le vrai du faux dans les allégations des deux camps. Mais qu’en pensent les experts militaires ?
Aucune preuve
Le parti chiite a commencé l’attaque en lançant 320 roquettes Katioucha sur onze positions israéliennes différentes dans le Nord israélien et le Golan syrien occupé. Ces roquettes ont servi à « inonder le système de missiles d’interception et à ouvrir un espace pour que les drones puissent passer et atteindre les cibles souhaitées », selon l’expert militaire et ancien correspondant de guerre Elijah Magnier. Avant l’attaque, certains analystes ont déclaré que le Hezbollah pourrait utiliser des missiles de précision pour cibler les villes israéliennes de Haïfa ou de Tel-Aviv, ce que le parti a finalement décidé de ne pas faire. Selon M. Magnier, si le Hezbollah a utilisé des drones plutôt que des missiles de précision, c’est parce qu’il souhaite encore éviter une guerre totale. L’utilisation de ces missiles pourrait entraîner de lourdes représailles de la part d’Israël, ce qui augmenterait le risque de guerre. « Le fait que le Hezbollah n’ait pas utilisé ces missiles de précision est une décision intelligente, a estimé M. Magnier. Le Hezbollah dit à Israël qu’il ne veut pas montrer toutes les armes dont il dispose, à moins qu’Israël ne décide d’entrer dans une guerre totale et, dans ce cas, le parti n’aurait pas de lignes rouges. »
Selon l’expert militaire Riad Kahwaji, « il n’y a aucune preuve jusqu’à présent que le Hezbollah a ciblé une base près de Tel-Aviv », ajoutant que « le parti s’en est tenu à ses règles d’engagement en gardant les cibles dans la profondeur habituelle – ne dépassant pas 20 kilomètres ».
« Cela ne colle pas »
Quid des raids intensifs sur des villages du Liban-Sud, que l’État hébreu a qualifiés de « préventifs » ? M. Magnier met en doute la version israélienne. « Cette soi-disant frappe israélienne préventive contre le Liban-Sud est douteuse car l’attaque du Hezbollah est intervenue après, ce qui signifie que l’attaque était programmée et a eu lieu de toute façon », a noté l’expert, ajoutant que la « frappe préventive » est également douteuse étant donné qu’elle n’a pas « atteint son objectif » ou qu’elle n’a pas empêché la riposte prévue par le Hezbollah. « Comment est-il possible de détruire autant de bombes, qui étaient prêtes à être lancées, et de ne tuer personne ? C’est impossible. Où est l’unité responsable du lancement de ces missiles ? Cela ne colle pas », a ajouté M. Magnier.
Une lecture que ne partage pas l’ex-général de l’armée libanaise, Wehbé Katicha. « Bien sûr que c’est crédible. Les services de renseignements israéliens sont très forts et surveillent en permanence le front. Cela fait plus de dix mois qu’ils maintiennent ce front, et on voit bien la précision de leurs informations : le moindre combattant du Hezbollah qui circule en moto, ils arrivent à le pister pour l’éliminer », a-t-il déclaré.
Pour sa part, M. Kahwaji souligne l’absence de preuve dans un sens ou dans l’autre : « Nous ne savons pas ce qu’Israël a visé ni quels dégâts il a causés, car il n’y a pas de preuves visuelles. » L’armée israélienne a déclaré dimanche qu’elle avait attaqué des milliers de lanceurs de roquettes au Liban avec plus d’une centaine d’avions de chasse. « Ce chiffre est exagéré, il s’agit plutôt de dizaines de tirs de roquettes, ce qui est tout de même significatif si c’est vrai », a estimé l’expert.
Communication verrouillée
Hassan Nasrallah a également démenti des allégations israéliennes selon lesquelles le Hezbollah avait prévu de lancer 6 000 roquettes. Le parti chiite a-t-il la capacité d’envoyer une telle quantité de projectiles ? » Lancer 6 000 roquettes, ça demanderait des heures de préparation. Personne ne peut faire ça de la sorte, en deux minutes. Les Israéliens savaient sûrement que le Hezbollah préparait une attaque de grande ampleur, mais ils ont aussi grossi leur récit de l’attaque pour pouvoir dire ensuite : « Vous voyez, c’était une offensive énorme et on a réussi à la contrer », estime M. Katicha. De toute façon, quand bien même ça serait 6 000 roquettes, si les dégâts ne sont pas importants et qu’on reste dans une zone de frappe à 10, 15 km de la frontière, c’est juste beaucoup de bruit pour rien ». Selon lui, « dans toute organisation militaire, le discours produit n’est jamais totalement vrai. Il faut toujours tordre la réalité pour qu’elle convienne au récit qu’on veut en faire. Toute cette communication est verrouillée. Les Israéliens ne pourront pas trop mentir, il y a des réalités de terrain. Mais le plus grand indice, c’est qu’aucun militaire israélien n’a été touché jusqu’à présent, ça n’a pas été rapporté », a-t-il souligné. Selon le Haaretz, l’armée israélienne a annoncé dimanche la mort d’un soldat de la marine israélienne lors de l’attaque du Hezbollah contre le nord d’Israël et dit enquêter sur les causes exactes de sa mort. D’après Reuters, deux autres marins ont également été blessés dans cette frappe.



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16 h 50, le 28 août 2024