Un avion israélien retourne en Israël dimanche matin après avoir mené une "frappe préventive" au Liban. Jalaa MAREY / AFP
La riposte a commencé. Plus de trois semaines après l'assassinat, en pleine banlieue sud de Beyrouth, de Fouad Chokor, chef militaire du Hezbollah, le parti chiite a annoncé dimanche matin la première phase de sa réponse. Dans un communiqué, la formation pro-iranienne a indiqué avoir « lancé une attaque à l'aide d'un grand nombre de drones » et de missiles sur le territoire israélien. Peu avant, l'armée israélienne disait mener des frappes préventives au Liban après avoir détecté des préparatifs du Hezbollah pour déclencher « des attaques de grande envergure » contre Israël, où l'état d'urgence a été instauré.
Ce qui s'est passé
Dimanche matin, le Hezbollah a annoncé dans un communiqué avoir tiré « plus de 320 missiles Katioucha sur des sites ennemis ». Il recense ensuite 11 positions et bases israéliennes visées par ces attaques. Si elles se trouvent toutes non-loin de la frontière, elles se situent plus en profondeur que les sites normalement frappés par le parti. Selon ce dernier, l'objectif de cette salve d'attaques est de paver la voie à une attaque de drones contre des « positions stratégiques » d'Israël. Selon le communiqué, les drones ont effectivement atteint leur cible, sans plus de détails.

Peu avant, Tel-Aviv a annoncé avoir mené une frappe préventive, ce qui laisse penser que l'attaque du Hezb aurait pu être plus importante. Selon l'armée israélienne, plus de 100 avions de chasse ont participé à cette opération. Dans une déclaration à la presse, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé que « des milliers de roquettes » ont été détruites dans cette série de bombardements. De son côté, le journaliste d'Axios Barak Ravid a rapporté, citant une source militaire israélienne, que plus de 40 plateformes de lancement ont été touchées et que certaines visaient des positions au centre d'Israël. N'empêche que le Hezbollah a annoncé que son opération est un « succès » et que la première phase de la riposte est complétée. Dans un communiqué séparé, il a nié les « allégations israéliennes » concernant une action préventive. Côté israélien, on ignore encore l'ampleur des dégâts. Le média Haaretz affirme simplement qu'une maison a été endommagée dans la localité de Marot, au nord d'Israël. Aucune victime n'a été recensée jusque-là.
Dans quel contexte
L'attaque du Hezbollah est survenue plus de trois semaines après l'assassinat de Fouad Chokor. Alors que le secrétaire général du parti, Hassan Nasrallah, avait tout de suite annoncé que la riposte à cette provocation était « inéluctable », le retard que prenait cette vengeance - notamment motivé par une volonté de ne pas faire capoter les négociations au Caire pour un cessez-le-feu à Gaza - a mis en doute la crédibilité de la formation. S'il n'est pas clair si les Américains ont été informés de cette frappe préventive, le secrétaire à la Défense Lloyd Austin s'est entretenu avec Benjamin Netanyahu ce matin, lui affirmant son soutien. Fait notoire, cette dernière semaine, Israël a fortement intensifié ses opérations au Liban, attaquant des cibles en profondeur et tuant une vingtaine de combattants et cadres du parti-milice.
La riposte intervient à l'heure où les pourparlers au Caire semblent se heurter à une impasse, Israël ayant présenté des demandes maximalistes, réclamant notamment une présence militaire au Sud et au Centre de l'enclave. Mais l'Iran semble toujours vouloir donner une chance à la diplomatie et retarde donc sa riposte à l'assassinat de Ismaïl Haniyé, le numéro 1 du Hamas, dans une zone ultrasécurisée à Téhéran. Le Hezbollah est donc passé à l'acte dans ce qui semble être un partage de rôle avec son parrain iranien.
Les conséquences potentielles
À l’heure qu’il est, et malgré son caractère impressionnant, rien n'indique que la première phase de la riposte - qui n'a pas visé de cible civile ou des infrastructures publiques - a provoqué des dégâts importants en Israël. D'autant que le Hezbollah n'a pas sorti l'artillerie lourde pour venger l'assassinat de son chef militaire, se contentant de tirs à l'aide de missiles katioucha, peu précis et provoquant des dégâts minimes. Des dégâts qui auraient pu être plus importants - assez pour instaurer une sorte de dissuasion avec Israël mais pas pour déclencher une guerre à grande échelle - si l'État hébreu n'avait pas mené sa frappe préventive. Dans ce contexte, les Israéliens pourraient se contenter « de l'échec militaire » infligé au Hezbollah plutôt que de mener une riposte violente qui pourrait faire déraper le conflit au Liban en guerre totale.
Des signaux en ce sens ont d'ailleurs été émis des deux côtés : le Hezbollah, a, dans un communiqué, annoncé « la fin pour aujourd'hui » de cette opération militaire spéciale, tandis que Netanyahu a affirmé dans sa déclaration qu'Israël « attaquera ceux qui l'attaquent », se placant dans une posture défensive.
Concernant les négociations au Caire, il n'est pas clair quel impact cette attaque pourrait avoir. D'un côté, l'axe pro-Téhéran a montré qu'il ne comptait pas rester indéfiniment les bras croisés. De l'autre, l'attaque en elle-même semble loin d'avoir modifié les équilibres de force sur le terrain, soit parce que l'État hébreu a mis en échec les plans du Hezbollah via une frappe préventive, soit parce qu'aux yeux du parti chiite, la priorité est à la désescalade.




La fameuse "riposte dévastatrice" annoncée, a accouché d'une souris... Le Hezbollah ne peut plus se lancer dans une guerre comme en 2006, car d'une part il se mettra à dos le reste de la population libanaise et d'autre part, Israël riposterait de manière encore plus énergique qu'en 2006. Depuis le pogrom du 7 octobre, Israël doit re-instaurer sa puissance militaire dans la région et le Liban en serait - malheureusement - la première victime, si cela devait être le cas.
14 h 11, le 28 août 2024