Les députés Salim Sayegh (à la tribune), Georges Okaïs (à droite), Achraf Rifi et Mark Daou (à gauche) lors de leur conférence de presse au Parlement. Photo ANI
Comme on pouvait s’y attendre, le camp de l’opposition a exprimé sa très vive désapprobation à la suite du développement dangereux qui s’est produit samedi dans la ville de Majdel Chams, dans le Golan syrien occupé et annexé par Israël. La frappe meurtrière – imputée au Hezbollah par Israël – qui a fait douze victimes parmi des civils druzes est d’autant plus mal perçue que le risque d’une riposte israélienne très musclée, voire même d’un enlisement vers une guerre plus globale, n’a jamais été aussi élevé.
Le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, a lancé ses foudres contre le camp de la moumanaa mené par l’Iran et le Hezbollah. « C’est un cancer, dans la mesure où l’émergence de l’État est phagocytée par le rôle transnational que s’est octroyé le Hezbollah. L’unité des fronts est en train de ronger la souveraineté du Liban », a commenté Charles Jabbour, le porte-parole des FL.
Selon la formation chrétienne, les récents développements au Golan et les risques d’une déflagration seraient l’une des conséquences auxquelles est parvenu le Liban qui « paie le prix d’une décision prise unilatéralement par le parti chiite d’ouvrir un front de soutien à Gaza. Les Libanais attendent aujourd’hui avec beaucoup d’anxiété la riposte israélienne ». « Sans l’ouverture (le 8 octobre 2023) d’un front de soutien à Gaza (au Liban-Sud), une attaque comme celle de Majdel Chams n’aurait pas eu lieu », dit M. Jabbour, décidant ainsi d’attribuer directement la frappe à la milice chiite.
Le 22 juillet, les FL et plusieurs députés de l’opposition avaient soumis une pétition au Parlement dans laquelle ils demandent au président de la Chambre Nabih Berry de tenir une séance de questions au gouvernement autour de la guerre en cours au Liban-Sud, dans l’espoir que soit mis un terme « aux opérations militaires qui ne s’inscrivent pas dans le cadre officiel de l’État libanais ». Une démarche que le maître du perchoir a complètement ignorée.
« Si j’avais su »
Même son de cloche du côté des Kataëb. « Nous vivons les conséquences d’une décision unilatérale provenant de Téhéran. Pour des calculs qui n’ont rien à voir avec les intérêts stratégiques du Liban, le Hezbollah est prêt à détruire notre pays pour sauvegarder ses intérêts régionaux et verrouiller sa place parmi les grands décideurs de la région », indique le porte-parole de ce parti chrétien, Patrick Richa. Rappelant les mises en garde en amont contre « une aventure périlleuse qui risque à tout moment de dégénérer », il conclut : « Il reste à voir si dans quelques semaines on aura droit pour la deuxième fois à la célèbre expression “si j’avais su”. » Une référence aux propos de Hassan Nasrallah qui, à la fin de la guerre destructrice de 2006, avait admis que s’il « avait su » que l’enlèvement de deux soldats israéliens, le 12 juillet de la même année, allait provoquer un conflit de cette ampleur, il ne l’aurait pas fait.
Membre du bloc du Renouveau, le député Achraf Rifi, connu pour son hostilité au parti chiite, s’est exprimé de manière plus sobre cette fois-ci. L’ancien ministre s’est dit désolé « pour les victimes innocentes », avant de réclamer une « enquête internationale pour faire la lumière sur les circonstances (de l’opération) et en désigner les responsables ». Il a appelé les parties à la retenue, à mettre un terme « à l’effusion du sang des innocents » et à respecter les résolutions internationales. Pour sa part, Paula Yacoubian, députée de la contestation, a déploré le fait que le Liban soit « pris en otage par le Hezbollah, tout comme l’ensemble de l’establishment politique en place, qui est sans foi ni loi ». « Nous savons pertinemment qu’Israël est un monstre sanguinaire avide de destruction. D’où un risque encore plus grand que fait peser le Hezbollah en mettant en péril le pays (…) et ce, indépendamment du fait de savoir si c’est le Hezb qui est responsable de cette opération ou pas », a-t-elle dit.
À son tour, Mark Daou, membre du bloc de l’Alliance pour le changement, a rappelé les nombreux avertissements adressés par l’opposition. « Ce qui s’est passé à Majdel Chams est la preuve par mille des dangers encourus depuis le départ du fait de l’ouverture d’un front de soutien à Gaza qui d’ailleurs n’a guère aidé les Palestiniens », a-t-il commenté, en rappelant le point de vue de l’opposition dans son ensemble, à savoir que les forces politiques libanaises doivent accorder la priorité au Liban, de sorte à lui épargner une nouvelle guerre. « Cela dit, je n’irai pas aussi loin que qualifier une composante libanaise – quelles que soient les divergences politiques avec elle – de “cancer”. Je désapprouve tout discours accusant l’autre de traîtrise », a déclaré M. Daou.




Merci de m’avoir lu et publié.
14 h 27, le 30 juillet 2024