Des partisans du Hezbollah tiennent un portait du chef du parti chiite, Hassan Nasrallah, le 17 juillet 2024 dans la banlieue sud de Beyrouth, lors des commémorations de Achoura. Photo Mohammad Yassine
Comme chaque année, des milliers de chiites se sont rassemblés dans la banlieue sud de Beyrouth pour commémorer Achoura. Mais cette fois, ils ont défilé sous des portraits de « martyrs » du Hezbollah, parmi les plus de 300 combattants du parti chiite tués depuis octobre dernier, dans le cadre de la guerre livrée par le parti de Hassan Nasrallah à Israël, dans le sillage du conflit à Gaza.
Des femmes tenant les portraits de combattants du Hezbollah tués dans les combats contre Israël, le 17 juillet 2024 dans la banlieue sud de Beyrouth, lors des commémorations de Achoura. Photo Mohammad Yassine
Achoura, qui tombe le dixième jour du mois de mouharram dans le calendrier musulman, est un événement incontournable de l’islam chiite. Il commémore le martyre de l’imam Hussein, petit-fils du prophète Mahomet, lors de la bataille de Kerbala en 680 après J.-C. Sa mort, aux mains de l’armée du calife omeyyade Yazid, est considérée comme un symbole de la lutte contre l’oppression et l’injustice.
Les cérémonies au Liban-Sud ont été annulées ou réduites cette année pour des raisons de sécurité, alors que les bombardements israéliens contre cette région se poursuivent sans relâche.
De Kerbala à la Palestine
Tout de noir vêtu, lunettes de soleil et foulard sur la tête, un homme de la famille Hamiyé attend le début de la procession dans la banlieue sud de la capitale. « Je crois qu’à chaque jour et à chaque époque, il y a un imam Hussein et un Yazid, affirme-t-il. Yazid est représenté par Israël aujourd’hui, et l’imam Hussein par le leader Hassan Nasrallah. La guerre (en cours) est la continuation de la révolution de l’imam Hussein jusqu’à ce que nous atteignions l’âge du retour de l’imam Mahdi ».
Pour certains, la guerre de Gaza fait partie d’un récit divin plus large qui établit un lien entre la Palestine, Achoura, et le retour du Mahdi. Dans la foi chiite, le retour du Mahdi est une continuation de la bataille de Achoura et le retour de l’imam est censé venger la mort de l’imam Hussein. Les croyants sont tenus de lutter contre l’oppression pour hâter le retour du Mahdi.
Comme chaque année, Hassan Nasrallah a marqué Achoura par un discours. « Nous menons une bataille dont l’horizon est clair et nous avons la promesse coranique que cette entité (Israël, NDLR) disparaîtra », a affirmé le leader chiite. « Tant que la corruption israélienne se poursuivra, la promesse d’un châtiment divin se concrétisera. Dieu enverra le châtiment contre le régime d’occupation par les mains de ceux qui croient qu’Israël est une tumeur cancéreuse qui doit être éradiquée », a-t-il prévenu.
Depuis le 8 octobre, 378 membres du Hezbollah ont été tués au Liban et en Syrie dans le cadre de la guerre du Hezbollah contre Israël, en soutien au Hamas à Gaza, selon le parti.
Une guerre religieuse contre Israël ?
Mariam Badredine est assise sur le trottoir, chapelet à la main, son petit-enfant dans une poussette à côté d’elle. « Malgré la destruction des maisons et les pertes en vies humaines (au Liban-Sud), nous continuerons jusqu’à ce qu’Israël soit éliminé, promet-elle. La Palestine sera libérée si Dieu le veut. Nous avons confiance dans les paroles de sayyed Hassan. Tout cela est un prélude au retour de l’imam Mahdi. »
Même son de cloche du côté de Jawad Mokdad, la vingtaine, également présent à la procession. Pour lui, le conflit en cours prépare le retour du Mahdi ainsi que « l’élimination d’Israël et la victoire de l’islam sous notre chef Hassan Nasrallah ».
Une foule de partisans du Hezbollah, le 17 juillet 2024 dans la banlieue sud de Beyrouth, lors des commémorations de Achoura. Photo Mohammad Yassine
La libération de la Palestine et de Jérusalem est souvent mentionnée par le Hezbollah comme l’un de ses principaux objectifs. Lorsqu’il annonce la mort de ses combattants dans le cadre de cette guerre, le parti chiite les qualifie de « martyrs sur la route de Jérusalem ».
Le cheikh Sadek Naboulsi, dignitaire chiite proche du Hezbollah, affirme à L’Orient Today que le parti estime que ses actions s’inscrivent dans les efforts pour la libération de la Palestine et constituent une étape vers le retour de l’imam Mahdi. Mais il insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une cause entièrement motivée par des considérations religieuses. Il s’agit d’une « question de principe, morale, de droits de l’homme et de souveraineté liée aux droits d’un peuple et d’une nation, indépendamment des dimensions religieuses ». Selon lui, le lien entre le retour du Mahdi et la libération de la Palestine « renforce » cet objectif et lui donne « la force fondée sur la foi dont les combattants ont besoin ». « L’imam Hussein n’accepte pas l’insulte des oppresseurs et ne se soumet pas à leurs politiques », explique-t-il.
Cependant, la lutte pour la Palestine n’est pas entièrement une cause religieuse, selon le cheikh Naboulsi. « La résistance travaille pour atteindre l’objectif de la libération, qu’il s’agisse ou non d’un prélude à l’émergence du Mahdi. »
Le Mahdi « priera à al-Aqsa »
Le cheikh Ghaleb Hassani, affilié au bureau de Mohammad Hussein Fadlallah, une autre autorité religieuse chiite, explique à L’Orient Today que pour le cheikh Fadlallah, le moment et les circonstances du retour de l’imam Mahdi « sont inconnus » et que, par conséquent, la libération de la Palestine, qu’il soutient, devrait être « une question de principe ».
Le cheikh Hassani affirme que, bien que tous les courants chiites croient que le Mahdi priera dans la mosquée al-Aqsa à son retour, on ne sait pas s’il priera dans une Palestine libérée ou occupée, alors que cette mosquée se trouve actuellement à Jérusalem-Est, annexée par Israël. « J’ai des critiques à formuler sur l’exactitude des récits religieux qui indiquent que le Mahdi viendra après la libération de la Palestine », souligne le cheikh Hassani.
Mohamad Ghaddar, la cinquantaine, s’écarte du cortège dans la banlieue sud. « Si vous voulez parler des droits de l’homme, Achoura est un symbole contre l’injustice et contre ceux qui veulent vous imposer des choses », dit-il. « Dans chaque religion, il y a un messie, mais laissons de côté l’imam Mahdi, qui est une question purement religieuse, et concentrons-nous plutôt sur le rejet de l’injustice, lance-t-il. Ce qui se passe dans le Sud, ce sont des gens qui défendent leur terre. La résistance défend des terres occupées par des entités étrangères venues de régions lointaines et qui veulent vivre ici. »



unfortunately a majority of Chiites believe in this hocus pocus drivel.
13 h 29, le 19 juillet 2024