Un pas en avant, deux pas en arrière. C’est un peu ce qui se passe entre le Hezbollah et les États du Golfe, depuis la visite en mars du chef de l’unité de coordination du parti, Wafic Safa, à Abou Dhabi. La polémique au sujet des déclarations du secrétaire général adjoint de la Ligue arabe, Houssam Zaki, illustre cette hésitation. Derrière cette démarche hésitante, qui peut paraître inexplicable, il faut chercher... Riyad.
De fait, lorsque Wafic Safa s’est rendu à Abou Dhabi à bord d’un avion privé en principe pour ramener les sept détenus libanais aux Émirats, considérés par les autorités de ce pays comme étant proches du Hezbollah, les médias avaient immédiatement parlé de l’ouverture d’une nouvelle page dans les relations entre cet État du Golfe et la formation chiite. Certains analystes avaient même affirmé que cette visite n’aurait pas pu être possible sans un feu vert saoudien, même discret. Il a été même question à un moment donné d’une possible visite de Safa en Arabie, dans le cadre d’un changement global dans la position saoudienne à l’égard du Hezbollah. Mais rien de tout cela ne s’est concrétisé et Wafic Safa est revenu à Beyrouth les mains vides. Il a alors été dit que les détenus seront libérés plus tard. Mais là aussi, rien ne s’est passé et le dossier a été refermé. Dans les médias, des raisons diverses ont été avancées pour justifier « les espoirs déçus », dont notamment la médiatisation de la visite de Wafic Safa à Abou Dhabi qui aurait dérangé les autorités des Émirats. Mais aucune explication officielle n’a été donnée et le dossier des détenus libanais est retombé dans l’oubli. C’est comme si un coup de frein occulte est venu stopper le processus de rapprochement en cours.
La semaine dernière, le secrétaire adjoint de la Ligue arabe, Houssam Zaki, est arrivé à Beyrouth dans une visite surprise qui est intervenue après des années d’absence de l’organisation de la scène libanaise, que ce soit sur le plan politique interne et au niveau de la vacance présidentielle ou au sujet de la crise provoquée par la présence massive des réfugiés et migrants syriens au Liban, sans parler des développements au Liban-Sud depuis le 8 octobre 2023. Officiellement, M. Zaki a rencontré la plupart des acteurs pour pousser vers un règlement des dossiers en suspens. Mais, selon ceux qui l’ont rencontré, l’objectif caché de cette visite était d’annoncer aux Libanais, et en particulier au Hezbollah, qu’il n’est plus considéré comme une formation « qui encourage le terrorisme et intervient dans les affaires internes des autres pays » (selon les termes de la déclaration finale du sommet arabe qui s’était tenu en juillet 2016). De plus, il a précisé que le secrétariat de la Ligue arabe ne possède pas vraiment de listes d’organisations terroristes, et l’accusation formulée contre le Hezbollah a été retirée.
Comme c’est souvent le cas, la classe politique libanaise s’est divisée sur cette question. Les responsables officiels et les parties proches du Hezbollah ont exprimé leur satisfaction alors que d’autres, hostiles à cette formation, ont critiqué cette décision qui, selon elles, donne une légitimité au Hezbollah et à ses interventions dans les guerres des autres dans la région. Mais cette division a été rapidement dépassée par les événements. À peine revenu au siège de la Ligue arabe au Caire, Houssam Zaki s’est rétracté et a affirmé que ses propos ont été mal interprétés au Liban. Les parties hostiles au Hezbollah estiment que M. Zaki a entendu leurs critiques. Les autres sont convaincues que des parties influentes seraient intervenues pour pousser le diplomate à se rétracter. Les milieux proches du Hezbollah affirment ainsi que lors de sa rencontre avec le chef du bloc parlementaire du Hezbollah, Mohammad Raad, Houssam Zaki a été très clair, racontant que lors du sommet arabe de Djeddah en mai 2023, qui avait été marqué par la participation du président syrien Bachar el-Assad comme signe concret du retour de la Syrie au sein de la Ligue arabe, le représentant saoudien avait réclamé le retrait de la partie du communiqué de 2016 dans laquelle les activités du Hezbollah sont dénoncées. Il est vrai que ce sommet arabe s’était tenu quelques mois après la « normalisation » des relations entre Téhéran et Riyad, officialisée à Pékin en mars 2023. La démarche saoudienne était donc venue confirmer le rapprochement avec l’Iran et avait été perçue comme un geste de bonne volonté de la part de Riyad à l’égard de Téhéran et du Hezbollah.
Ce serait donc dans cette optique que Houssam Zaki aurait fait cette annonce et il aurait aussi, toujours selon les sources du Hezbollah, fait l’éloge de la position de ce parti au sujet de la guerre à Gaza. Les explications nuancées faites après son retour au Caire ont donc eu l’effet d’une surprise. Pour certains, il aurait fait cette annonce, ainsi que les éloges du Hezbollah, en se basant sur la position de l’Égypte au sujet de la guerre à Gaza, notamment le refus de cautionner les violences israéliennes contre les Palestiniens, avant d’être rapidement rappelé à l’ordre. Mais, pour d’autres, les autorités saoudiennes seraient intervenues pour donner un coup de frein à la « légitimation » du Hezbollah. Indépendamment de la guerre qui se déroule à Gaza et des positions fermes des autorités saoudiennes refusant toute normalisation avec les Israéliens avant « la concrétisation de la solution des deux États », Riyad a un contentieux ouvert avec le Hezbollah qui porte essentiellement sur la guerre du Yémen et l’appui déclaré de cette formation aux houthis. Ce dossier est certes passé au second plan depuis le 7 octobre, mais il reste primordial pour les Saoudiens. De plus, en dépit de la pacification avec l’Iran et de la reprise des relations avec la Syrie, les Saoudiens refusent jusqu’à maintenant de s’impliquer plus dans les dossiers « chauds ». Ils préfèrent rassembler le maximum de cartes entre leurs mains, et attendre le bon moment pour les jouer. Or ce moment ne semble pas encore venu.


Tout dépend donc des "normalisations". Les ""positions fermes des autorités saoudiennes refusant toute normalisation avec les Israéliens avant « la concrétisation de la solution des deux États »"" ça voudrait dire, que pas de normalisation avec IsraËl tant que l’actuel Premier ministre est au pouvoir, mais concrétisation de la solution à deux Etats, ça on verra. Si l’Arabie Saoudite a "normalisé" ses relations avec l’Iran, pourquoi ce pays ne le fera avec le Hezb ? Et improbable donc qu’il soit derrière le salto arrière des diplomates égyptiens sans les clignotants américains… C'est mon avis !
01 h 50, le 03 juillet 2024