Le chef du Parti national libéral (PNL), Camille Dory Chamoun. Photo tirée de sa page Facebook
Camille Dory Chamoun dit désormais tout haut ce qu’une bonne proportion de chrétiens pense tout bas. « Si quelqu’un trouve une solution autre que le fédéralisme, qu’il nous la donne », a déclaré sans ambages le chef du Parti national libéral (PNL), lors d’un congrès organisé par son parti il y a quelques jours, afin de proposer une vision axée sur la mise en place d’un fédéralisme qui viendrait remplacer le système politique actuellement en vigueur, principalement axé sur la parité islamo-chrétienne.
La proposition de M. Chamoun touche à un sujet longtemps considéré comme un tabou et perçu par certains comme un premier pas sur la voie de la partition d’un pays aux équilibres politico-confessionnels précaires. Sa démarche est donc à analyser sous l’angle du contexte dans lequel elle intervient. Celui-ci est marqué par une polarisation aiguë mais surtout par un malaise chrétien profond (qui s’est manifesté à plusieurs reprises) face à un Hezbollah accusé de vouloir imposer sa volonté tant au niveau diplomatico-militaire que politique, à commencer par la présidence de la République. Sauf que tout le monde en convient : aucun changement (de système) majeur ne peut être mis sur les rails sans le feu vert de tous les acteurs locaux.
« Contrairement à ce que l’on serait tenté de croire, le fédéralisme n’est pas un danger . Il est la solution », insiste M. Chamoun dans des propos accordés à L’Orient-Le Jour, rappelant que plusieurs pays du monde adoptent ce système. « Tous les États dont les sociétés sont pluralistes adoptent le fédéralisme, et c’est un modèle qui fonctionne à merveille », affirme-t-il. Et de poursuivre : « Au Liban, le rabibochage ne suffit plus. Il faut passer aux choses sérieuses afin de permettre à chacun de vivre comme bon lui semble, quoiqu’au sein d’une nation unie. »
C’est dans cet esprit que le PNL a formulé une proposition écrite et détaillée de sa vision de la « République fédérale du Liban ». Dans ses grandes lignes, le texte prévoit la répartition du Liban actuel en cantons sur base d’appartenance confessionnelle. « Ainsi, si un village est chrétien à plus de 66 %, il ferait partie du canton chrétien, et ainsi de suite », explique Camille Chamoun. Chaque canton est dirigé par « un gouverneur » (sorte de Premier ministre) élu par les habitants pour une durée de quatre ans. Les citoyens auront droit aussi à élire un Parlement de canton dont le mandat s’étend sur quatre ans aussi. Quant au pouvoir central, il est détenu par « le Conseil fédéral » regroupant les gouverneurs des cantons. « C’est là que se joue la rotation dans la mesure où chaque gouverneur assurera la présidence du Conseil pour une durée d’un an », précise le président du PNL. C’est à ce Conseil que reviendra la mission de mettre en place les politiques étrangère et monétaire ainsi que la stratégie de défense.
Mais tous les autres partis chrétiens ne partagent pas cette vision, à commencer par les deux plus grandes formations, les Forces libanaises et le Courant patriotique libre. Si ce dernier fait de la « préservation des droits des chrétiens » son cheval de bataille depuis plusieurs années, il émet des réserves quant à la proposition du PNL, lui préférant la décentralisation administrative et financière élargie, une notion que le chef du CPL, Gebran Bassil, a, à un moment donné, posée comme condition pour appuyer le candidat du tandem chiite Amal-Hezbollah, Sleiman Frangié, à la présidence de la République. « Nous nous en tenons à la décentralisation. D’autant plus que le fédéralisme ne règle pas les problèmes fondamentaux sur lesquels nous divergeons », souligne César Abi Khalil, député CPL, rappelant que les divergences résident dans la stratégie de défense et les politiques monétaire et étrangère. Même son de cloche chez les Kataëb qui plaident pour la décentralisation administrative. « Mais nous sommes pour tout débat autour du système politique, la formule actuelle ne fonctionnant plus comme il se doit », précise le secrétaire général du parti, Serge Dagher.
Quant aux FL, elles ont longtemps, notamment durant la guerre (1975-1990), été perçues comme favorables au fédéralisme. Mais à la fin de la guerre, la formation de Samir Geagea s’est considérée, aux côtés de l’ancien patriarche maronite Nasrallah Sfeir, de l’ex-président de la Chambre Hussein Husseini, de l’ancien chef du gouvernement Rafic Hariri et du leader druze Walid Joumblatt, comme les piliers de Taëf ayant consacré le système de la parité islamo-chrétienne. Depuis lors, ce parti a clairement mis une sourdine à ses revendications fédéralistes. « Le fédéralisme ne devrait plus être un tabou et pourrait être une des solutions pour sortir de la paralysie », affirme Charles Jabbour, porte-parole du parti, présent lors du congrès du PNL, dont le chef fait partie du groupe parlementaire FL. Cependant, M. Jabbour a estimé qu’une telle solution exige un consensus large dans le pays, actuellement non disponible.
« 20 000 combattants » ?
Le plaidoyer en faveur du fédéralisme n’est pas le seul sujet qui a permis au PNL de faire parler de lui. Il y a aussi les propos polémiques de son chef tenus dans une déclaration à la chaîne panarabe al-Machhad. « Nous avons 20 000 combattants armés prêts à être déployés dans la rue au moment de la confrontation (…) et le Hezbollah le sait », a-t-il tonné, faisant valoir que si ce scénario venait à se produire, « les sunnites, les druzes et même l’armée libanaise seront aux côtés des chrétiens ». Des propos qui n’ont pas manqué de susciter de vives critiques, notamment parmi les internautes sympathisants du Hezbollah. « Nous ne sommes pas un parti armé, précise M. Chamoun à L’OLJ. Tout ce que j’ai voulu dire, c’est que les chrétiens sont prêts à se défendre quand ils se trouvent en danger. Ils l’ont déjà fait en 1975 (dans la foulée de la guerre civile). Que personne ne les mette à l’épreuve. »



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Il faut commencer par accepter la réalité des faits: le Liban politique est un pays communautariste car l'islam est incompatible avec la démocratie. Pas un seul exemple de pays a connotation islamique est démocratique. A revoir leurs positions politiques, depuis 1948, ils ont été les instigateurs des interventions étrangères sur notre sol jusqu’à nous conduire a la guerre civile et a trois occupations sans oublier les maintes guerres dans lesquelles ils nous ont mené. Erreur de croire qu'avec une décentralisation nous nous en sortirons, il faut au moins une Confédération sinon partager.
09 h 09, le 18 juin 2024