Rechercher
Rechercher

Culture - Art contemporain

Malgré tout, le Liban reste présent à la foire d'art de Bâle

Huguette Caland, représentée par la galerie Mennour, Samia Halaby et Ali Cherri dans la section « Unlimited » de la foire,  la galerie Sfeir-Semler devenue un pilier d’Art Basel et Marfa’ qui y présente un solo show de Tamara Al Samerraei. « L’Orient-Le Jour » revient sur quatre moments forts libanais à la foire d’art la plus importante, qui se tient à Bâle jusqu’au 16 juin.

Malgré tout, le Liban reste présent à la foire d'art de Bâle

Une vue de l'espace dédié à la galerie Sfeir Semler à la foire Art Basel. Avec l'aimable autorisation de la galerie Sfeir Semler

 C’est sans aucun doute la plus importante et prestigieuse foire d’art contemporain. En 1970, les galeristes bâlois Ernst Beyeler, Trudl Bruckner et Balz Hilt cofondent Art Basel, une foire qui s’avère être un succès dès sa première édition, à laquelle plus de 16 000 visiteurs assistent et où 90 galeries participent. Aujourd’hui, ce sont plus de 240 galeries qui exposent leurs artistes à l’édition de Bâle, ainsi qu’aux éditions de Art Basel Miami, Art Basel Hong Kong et Art Basel Paris, introduites au cours des vingt dernières années.

En plus de la présence d’une pléthore de galeries internationales, des plus prometteuses aux plus établies, ce sont les plus grands collectionneurs, les curateurs les plus importants et les conseillers artistiques les plus influents qui confèrent à la foire Art Basel sa renommée et, pour tout dire, son caractère quasi mythique. Alors forcément, quand on assiste au lent naufrage du Liban, et qu’on nous menace tous les jours, de tous bords, de son risque de «disparition», et qu’en même temps on voit des galeries et des artistes de notre pays présents à cette grand-messe de l’art, comme les dernières lumières d’un pays (qui) sombre, on ne peut pas s’empêcher d’être à la fois immensément fiers et émus. Cette année, plus que jamais auparavant. Nous étions sur place, à Bâle, et nous revenons sur trois moments phares libanais de cette foire.

Huguette Caland chez Mennour

Baise main » (1978), une œuvre de Huguette Caland, se distingue par sa forte stylisation et son approche quasi surréaliste. Avec l’aimable autorisation de la galerie Mennour

Fondée par Kamel Mennour en 1999, la galerie Mennour est devenue au fil des ans l’une des plus grosses pointures de l’art, représentant une quarantaine d’artistes vivants et d’estates (successions) parmi les plus importants de la scène moderne et contemporaine, dont Daniel Buren, Alicja Kwade, Ugo Rondinone, Camille Henrot, Lee Ufan, Anish Kapoor, Ann Veronica Janssens, Bertrand Lavier, Zineb Sedira, Douglas Gordon, Mohamed Bourouissa, Huang Yong Ping, Jean Degottex, Judit Reigl et François Morellet. Une annonce, de taille, a eu lieu quelques jours avant la foire Art Basel : à cette liste, vient désormais s’ajouter le nom d’Huguette Caland (1931-2019), à travers une collaboration inédite de la galerie avec l’estate de l’artiste.

« La galerie est heureuse de représenter une artiste de cette envergure. De par sa patte artistique, ses inspirations puisant de ses origines et voyages, elle a su conquérir le monde de l’art. À travers ses peintures et sculptures elle offre une perspective unique que nous admirons et souhaitons donc accompagner ses ayants droits dans la suite de leur démarche », commentait Rola Wazni, directrice de ventes à la galerie Mennour, depuis le stand d’Art Basel où la galerie présentait deux œuvres historiques de Caland.

D’une part, Baise main (1978), une œuvre qui se distingue par sa forte stylisation et son approche quasi surréaliste. S’inscrivant dans la continuité de ses explorations sur le corps féminin, cette toile propose une scène de genre où un homme, miniaturisé et attiré vers une bouche rouge éclatante, rend hommage à une femme dans un moment de séduction et de contact éphémère. Autobiographique et empreinte d’une dimension narrative énigmatique, l’œuvre reflète l’expression unique de l’érotisme par Caland, à la croisée de la fantaisie et de la subversion des codes esthétique traditionnels. D’autre part, la galerie proposait à Bâle Limousin (1986) de Huguette Caland à 230 000 dollars. Cette huile sur toile, réalisée après son séjour en Corrèze avec le sculpteur George Apostu, confronte l’assurance de son trait à la libre tempête de ses couleurs. « En novembre 2024, la galerie Mennour présentera la première exposition dédiée aux années parisiennes de Huguette Caland et publiera un catalogue inédit sur une période féconde et novatrice. En 2025, le Museo Reina Sofía de Madrid organisera une rétrospective d’envergure explorant les multiples facettes de l’art de Caland. Son travail sera montré en même temps à The Arts Club of Chicago dès avril 2025 », révélait Mennour en exclusivité pour L’Orient-Le Jour. Une annonce de taille, on vous l’aura dit.

Lire aussi

Samia A. Halaby « espère réussir à placer la Palestine sur la scène culturelle internationale »

La galerie Sfeir-Semler, une habituée d’Art Basel

Il suffit de passer quelques minutes sur le stand de la galerie Sfeir-Semler à Art Basel pour se rendre compte à quel point l’institution fondée par Andrée Sfeir-Semler en 1985 est devenue une incontournable des foires internationales d’art, dont celle de Bâle. Les curateurs, conseillers d’art, galeristes et autres spécialistes en la matière, passant tour à tour, s’accordaient à confirmer que la galerie qui opère entre Hambourg et Beyrouth incarne « le meilleur de l’art moderne moyen-oriental », soutenant simultanément une jeune génération d’artistes de la région, dont Lawrence Abu Hamdan, Mounira al-Solh et Rayyane Tabet, et représentant certains des piliers de la période moderne arabe tels que Marwan, Youssef Abdelké et Aref El Rayess, ainsi que Taysir Batniji, Khalil Rabah, Rabih Mroué et Marwan Rechmaoui.

Pour l’édition 2024 d’Art Basel, la galerie Sfeir-Semler montrait sur son booth des œuvres de Lawrence Abu Hamdan, Etel Adnan, Mounira al-Solh, Yto Barrada, Dineo Seshee Bopape, Samia Halaby, Tarik Kiswanson, Marwan, Khalil Rabah, Aref El Rayess, Marwan Rechmaoui, et Wael Shawky. 

Une vue de l'aire consacrée aux artistes de la galerie Sfeir Semler à la foire Art Basle 2024. Avec l'aimable autorisation de la galerie Sfeir Semler.

Le solo de Tamara Al Samerraei au booth de Marfa’

Depuis qu’elle a fondé la galerie Marfa’ en 2015, et en moins de dix ans donc, Joumana Asseily aura amplement accompli, année après année, la mission première de ce projet qu’elle décrit comme une manière « d’interroger et de mettre en lumière la diverse scène artistique libanaise contemporaine. » D’exposition en exposition, mais aussi, surtout, d’une foire internationale à l’autre, Marfa' aura ainsi réussi à construire des ponts entre la scène artistique locale et celle, internationale.

C’est dans cette perspective que, pour Art Basel 2024, la galerie présente le saisissant solo show de l’artiste Tamara Al Samerraei, née au Koweït en 1977 et résidant à Beyrouth. Diplômée en beaux-arts de la Lebanese American University (LAU) en 2002 et ayant complété la première année du Home Workspace Program à Ashkal Alwan en 2011-2012, on se souvient notamment de ses expositions individuelles telles que « Promise You Made » à Marfa’, Beyrouth (2023) et « Outland » au Centre Intermondes, La Rochelle (2022). Le corpus d’œuvres de Tamara Al Samerraei à Bâle, des acryliques sur toile, interroge la manière dont les souvenirs se superposent comme des quasi strates géologiques. Dans ces œuvres-là, elle revisite ses anciennes peintures en les photographiant puis en créant de nouvelles œuvres basées sur ces images. « L’artiste devient une observatrice de ses propres souvenirs, maintenant transformés en ruines et ouverts à d’autres visiteurs qu’elle-même », explique en ce sens Joumana Asseily.

Les toiles de Tamara Al Samerraei sont hantées par des lieux d’intimités passées. Avec l'aimable autorisation de la galerie Marfa' et de l'artiste.

Dans cette (recon)quête du passé qui n’a pourtant rien de nostalgique, les toiles de Al Samerraei sont hantées par des lieux d’intimités passées, son lit et son atelier qui semblent à la fois abandonnés mais habités par leur souvenir. Alors qu’elle recrée cette archéologie d’une mémoire personnelle, elle est suivie par des figures ambivalentes, des animaux étranges, des brides de corps qui se déploient le long des murs qui sous-tendent les toiles, et des formes d’enfants. « C’est un retour à une intériorité », conclut Joumana Asseily, également très émue d’annoncer que la galerie représente désormais l’immense artiste Seta Manoukian à qui elle consacre, d’ailleurs, le 25 juin, un solo show dans son espace de Beyrouth.

Samia Halaby et Ali Cherri dans la section « Unlimited »

"Wake up Soldiers, Open Your Eyes" (Réveille-toi soldat, ouvre les yeux) 2024, de l'artiste libanais ali cherri exposée au secteur Unlimited de la foire d'art moderne et contemporain Art Basel, à Bâle, dans le nord de la Suisse, le 11 juin 2024. Photo AFP

Du côté d’Unlimited, la plateforme d’exposition novatrice d’Art Basel pour des projets d’installations plus larges qui transcendent le stand classique de la foire d’art, Sfeir-Semler consacre une installation des œuvres de Samia Halaby.

Sous le titre de « Time, Motion, Space, Light », cette installation nous permet de prendre la mesure de l’ampleur de Halaby en tant que peintre abstraite. Comme transcendant, justement, les frontières de notre espace-temps, une monumentale peinture de 2019 intitulée Simultaneous Depth, dialogue avec les œuvres numériques créées par l’artiste sur un ordinateur Amiga 1000 entre 1986 et 1989. Rassemblé pour la première fois rétrospectivement comme un corpus uni, cet ensemble d’œuvres fait écho à l’aboutissement de plusieurs années de recherche sur l’expansion du langage des images statiques dans l’espace et le temps, à tel point qu’une véritable confusion entre le digital et l’humain s’opère ici.

 Également à Unlimited, la galerie Almine Rech propose une installation de l’artiste libanais Ali Cherri, dont l’art explore comment la violence politique se répercute sur les corps, les visages et les paysages. Une partie de cette installation, la vidéo The Watchman  (2023), nous plonge dans le regard du Sergent Bulut, qui maintient une surveillance solitaire depuis une tour de guet isolée. Chaque nuit, il scrute l’horizon à la recherche d’un ennemi qui ne vient jamais, jusqu’à ce que des lumières étranges viennent perturber sa routine. Une narration à la fois simple et puissante qui interroge et déconstruit ce que l’artiste appelle le « mythe du devoir », largement présent dans le langage de la guerre. En dialogue avec The Watchman, l'installation Wake up Soldiers, Open Your Eyes  (Réveille-toi soldat, ouvre les yeux) 2024, où des gardiens monumentaux sculptés dans la boue semblent être des corps tombés dans des guerres invisibles et inutiles.

 C’est sans aucun doute la plus importante et prestigieuse foire d’art contemporain. En 1970, les galeristes bâlois Ernst Beyeler, Trudl Bruckner et Balz Hilt cofondent Art Basel, une foire qui s’avère être un succès dès sa première édition, à laquelle plus de 16 000 visiteurs assistent et où 90 galeries participent. Aujourd’hui, ce sont plus de 240 galeries qui exposent...
commentaires (1)

Le nectar de l'esprit du Liban emane des mains de nos artistes. On leur doit un Grand Merci

Wlek Sanferlou

15 h 02, le 16 juin 2024

Tous les commentaires

Commentaires (1)

  • Le nectar de l'esprit du Liban emane des mains de nos artistes. On leur doit un Grand Merci

    Wlek Sanferlou

    15 h 02, le 16 juin 2024

Retour en haut