Rechercher
Rechercher

Culture - Livre à la p(l)age

Emmanuel, ce Villin qui rêvait d’être espion… à Beyrouth

Dans cette série, la rédaction de « L’Orient-Le Jour » partage ses lectures d’été à dévorer à la plage, en montagne, sur le balcon en début d’après-midi ou le soir au lit. Cette semaine, « Kim Philby et moi »* (Stock, 2024).

Emmanuel, ce Villin qui rêvait d’être espion… à Beyrouth

Emmanuel Villin à la recherche d’un « Beyrouth nid d’espions » dans « Kim Philby et moi ». Photo DR

Voilà un livre qui attire d’abord le regard par la photo sur son bandeau de couverture représentant un célèbre immeuble de la corniche de Beyrouth, l’immeuble Shams aux balcons colorés, construit en 1957 par le grand architecte moderniste Joseph Ph. Karam. Avant de vous harponner dès les premières lignes, que voici : « Si l’on exclut un goût prononcé pour le whisky et les vestes en tweed, j’ai au moins ceci de commun avec Kim Philby, que nous avons l’un et l’autre été, à un demi-siècle d’écart, correspondants de presse à Beyrouth ».

D’entrée de jeu, le ton de Kim Philby et moi d’Emmanuel Villin (Stock 2024) est donné. Un certaine (auto-) dérision élégante. Et pour cause, le narrateur, aspirant espion, est obsédé par la figure du célèbre agent double Kim Philby, qui fut à l’origine de l’un des plus grands scandales politiques du XXe siècle au Royaume-Uni. Ce très distingué sujet de Sa Majesté s’étant révélé être, après 30 ans de (pas si) bons et loyaux services au MI6, une taupe pour le KGB. Démasqué en 1963, il rejoindra Moscou en embarquant à bord d’un cargo au port de Beyrouth, où il était installé depuis 1956, sous la couverture de correspondant de presse pour deux journaux britanniques. 

Avec Gérard de Villiers chez Hassan Nasrallah

Des décennies plus tard, au tout début des années 2000, le narrateur – qui a le même patronyme que l’auteur – part faire son service militaire au Liban sur les traces de ce personnage sulfureux qui le fascine. Dans cette ville en pleine reconstruction d’après-guerre, où il débarque, le jeune Français espère retrouver l’atmosphère de ce « Beyrouth nid d’espions », qui fut le théâtre de la plus grande traîtrise de l’histoire du renseignement.

Dans nos archives

Lucien Georges, un journaliste si romanesque

Il hante les adresses qu’avait fréquentées son idole, notamment le St-Georges et d’autres hôtels de luxe au lustre décati aux bars desquels Philby avait ses habitudes. Persuadé qu’en mettant ses pas dans ceux de l’espion anglais, il pourra lui aussi entrer dans le « game » de la diplomatie secrète.  Son année de coopérant achevée, il décide de prolonger son séjour au Liban en s’engageant, comme l’agent Philby, dans la voie du journalisme. Profession temporaire qui le mènera, en tant que correspondant étranger, à croiser Gérard de Villiers, le fameux auteur des SAS, dans un gigantesque rassemblement organisé par le Hezbollah pour célébrer la « victoire divine » contre Israël en 2006. Pour quelqu’un qui fait une fixette sur l’espionnage, on ne pouvait pas mieux tomber !

Sauf que le narrateur est tout aussi obsédé par une grand-mère levantine qu’il n’a pas connue, mais dont il partage certaines caractéristiques génétiques. Il est également intrigué par les raisons qui ont amené ses ancêtres à servir, dans l’armée française, à l’époque du mandat dans cette région du monde. Depuis Beyrouth, où il réalise que son désir d’être un espion n’est que « la métaphore d’une angoisse qui nous étreint tous : la recherche désespérée d’une identité », il ira faire le tour, à bord de pullmans cahoteux, des cités anciennement mythiques d’Antioche, Alep et Alexandrette (Iskenderoun) à la poursuite des spectres de son histoire familiale.

Le dernier roman de Jabbour Douaihy pour commencer l’été

Le dernier roman de Jabbour Douaihy pour commencer l’été

Mixant entre roman et récit de voyage, entre ton drôle et distancié et considérations plus personnelles mais toujours enrobées d’humour, Kim Philby et moi déroule ainsi, sur une vingtaine de courts chapitres aux titres facétieux (Où l’on apprend que réfléchir c’est désobéir ; Comment la pêche à la dynamite et la boisson font mauvais ménage ; Où la mort d’un renardeau précipite la chute du maître espion) les tribulations de cet espion à la vocation contrariée… Qui présente d’étranges similitudes avec le parcours de l’écrivain lui-même. Emmanuel Villin, né en 1976, ayant vécu plusieurs années au Liban au début du millénaire, où il a été correspondant de presse. 

C’est d’ailleurs dans le cadre du Sporting Club, établissement balnéaire bien connu de Beyrouth, qu’Emmanuel Villin avait placé l’intrigue de son tout premier roman au titre éponyme (Sporting Club ; éditions Asphalte 2016), sans toutefois évoquer dans ses pages de manière directe la capitale libanaise. Contrairement à ce quatrième opus, où c’est dans un Beyrouth nommément désigné, et dépeint en tant que ville majeure d’un certain Proche-Orient aussi charismatique que chaotique, qu’il balade ses lecteurs au fil d’époques passées et de parcours entremêlés. Racontés d’une plume influencée par un certaine atmosphère modianesque, relevée d’un humour piquant et décalé. Voilà une lecture qui vous fera assurément voyager.

*Disponible à Beyrouth à la Librairie Antoine.

Voilà un livre qui attire d’abord le regard par la photo sur son bandeau de couverture représentant un célèbre immeuble de la corniche de Beyrouth, l’immeuble Shams aux balcons colorés, construit en 1957 par le grand architecte moderniste Joseph Ph. Karam. Avant de vous harponner dès les premières lignes, que voici : « Si l’on exclut un goût prononcé pour le whisky et les vestes...
commentaires (0)

Commentaires (0)

Retour en haut