Des électeurs français font la queue pour voter aux Européennes, le 9 juin 2024 au consulat de France à Beyrouth. Photo Matthieu Karam
« C'est bon, nous avons fait notre devoir de citoyen », dit avec un soulagement une dame à la sortie du bureau de vote sur le campus de l’ambassade de France à Beyrouth. Jusqu'à la fermeture des quatre bureaux de vote - trois pour le Liban et un pour la Syrie - à 18h, 2 861 électeurs sur les 18 000 inscrits ont fait le déplacement dans la capitale libanaise pour élire les 81 eurodéputés de France parmi les 720 qui siégeront au Parlement européen pendant cinq ans, indique l'ambassade de France au Liban. Un taux de participation de 15,9 %, comme l'avait estimé Julien Bouchard, consul général de France, lors d'un point presse plus tôt dans la journée. « Les électeurs ont des difficultés à s'approprier les élections européennes. Ils sont plus présents pour celles qui sont d'ordre local, et pour la présidentielle », estime le consul.
« J’ai voté car j’ai peur que l’extrême droite passe », clame Léa*, une enseignante française qui vit au Liban depuis 4 ans, en sortant de l'ambassade. Son choix s’est tourné vers la liste de Raphaël Glucksman (gauche, liste Parti socialiste et Place publique). « J’hésitais avec la liste Renaissance (parti du président de la République, Emmanuel Macron, Ndlr), mais ses positions sur l'immigration m’ont fait voter pour la liste de gauche ». Lors de ces élections, les équilibres politiques pourraient être modifiés par la poussée annoncée de l'extrême droite, notamment en Italie et en France. Emmanuel Macron a, lui, appelé à faire barrage à l'extrême droite, estimant que le risque était que l'Europe se retrouve « bloquée ». Les derniers sondages placent en effet le Rassemblement national de Jordan Bardella en tête, avec plus de 30 % des voix, loin devant Renaissance et la gauche sociale-démocrate emmenée par Raphaël Glucksmann.
A l’intérieur de l'ambassade, les électeurs font la queue en attendant de glisser leur choix. Certains qui avaient voté pour Emmanuel Macron lors des élections présidentielles sont cette fois allés plus à gauche, ou plus à droite. « Il n’a pas fait grand chose pour la France », estime Albert*, 61 ans, qui a décidé de voter pour la liste de Jordan Bardella. « Il faut que les choses changent : il y a un problème d’immigration, de présence étrangère, de déficit économique et la guerre en Ukraine », dit-il. Huguette*, 54 ans, a fait de même. La raison : l'immigration en France. « Il y a trop de laisser-aller, on ne peut pas parler de politique d'immigration », dit-elle. « Je suis déçue de Macron. D'habitude, je ne vote pas autant à droite », déplore celle qui est mariée à un Franco-Libanais et vit ici depuis 25 ans.
Des électeurs français à l'ambassade de France à Beyrouth. Photo Lyana Alameddine
Charles* a, lui, décidé de voter pour la liste de Raphaël Glucksmann. « Son programme de gauche me correspond et il faut à tout prix faire barrage à l'extrême droite », dit celui qui est originaire de Beyrouth et se dit « déçu » du président. « Il a eu un côté autoritaire en faisant passer la réforme sur la retraite à l'encontre de l'avis des Français », dit-il faisant référence aux manifestations qui ont secoué l'hexagone en début d'année. Charles déplore aussi le traitement des étudiants lors des manifestations estudiantines qui ont eu lieu sur les campus universitaire en France en solidarité avec Gaza le mois dernier.
« Ce qui se passe à Gaza est abominable »
Matthieu*, originaire de Jbeil, est allé encore plus à gauche. Cette fois-ci, avec son amie Caroline*, tous les deux trentenaires, ils ont décidé de voter pour la liste de la France Insoumise (LFI, extrême-gauche). C’est la première fois qu’ils se déplacent pour les élections européennes. « Ce qui se passe à Gaza est abominable », dit-il. « Il y a une fissure en France… J’ai voté en fonction de ce qui se passe dans la région et pour les candidats de la liste qui sont plus accessibles comme Rima Hassan (activiste et juriste franco-palestinienne, candidate sur la liste de la LFI, Ndlr) », renchérit Caroline.
A la sortie du bureau de vote, le nom de François-Xavier Bellamy (droite, parti Les Républicains) est aussi évoqué. Hubert*, 82 ans, originaire de Safra (Kesrouan) a voté pour sa liste : « C’est ce que mes amis en France m’ont demandé, mais je suis convaincu par le candidat ». Sonia* a aussi voté pour lui. « C'est ce que ma famille m'a demandé. Je ne sais rien du candidat », admet-elle en riant.
Hélène*, 18 ans, vote pour la première fois. Elle a décidé de choisir la liste de Reconquête (parti d'extrême droite fondé par Eric Zemmour). « Je ne voulais pas voter utile et choisir Jordan Bardella. Je fais ça pour que la France ait sa place dans l’Union européenne, sans mépriser les Français... », estime-t-elle.
En sortant de l’ambassade, le pas rapide, Sophie* s'indigne : « Le monde est devenu fou… Plus personne n’est logique, c’est pour ça qu’il faut voter », avance cette Française qui vit au Liban depuis 25 ans. Sophie a voté pour la liste Renaissance car elle est convaincue par « ses idées économiques et industrielles ». « Ce n'est pas que pour faire barrage à l'extrême-droite. De toute façon, à chaque fois que les choses vont mal les extrêmes montent, on le voit partout. On pourrait croire qu'avec toute cette technologie, les gens seraient plus intelligent, mais non ! », conclut-elle.
*Les prénoms ont été modifiés à la demande des intéressés.




LFI est anarchiste et donc d’extrême gauche comme l’étaient leurs idoles Lénine, Staline et tous les autres. Ce n'est pas parce que l'on crie plus au plus haut que le RN ou Reconquête! sont fachos qu'ils le sont. Ce n'est nécessairement. Dans les pays démocratiques Européens, ce sont ceux qui contestent le résultat des élections avec violences qui sont les fachos. Quand aux Franco-Libanais, il me semble qu'ils n'ont rien appris de leurs douloureuses expériences et continue a voter Macron ou a gauche. Désolé, mais c'est du masochisme!
12 h 49, le 11 juin 2024