Yocheved Lifshitz, une grand-mère Israélienne de 85 ans qui avait été prise en otage par le Hamas le 7 octobre à Gaza, parle à la presse le 24 octobre à Tel Aviv après sa libération. Photo REUTERS/Janis Laizans
Lors de l’opération Déluge d'al-Aqsa, menée par le Hamas en Israël, environ 200 Israéliens, étrangers, et binationaux, parmi lesquels des militaires, des civils (enfants, jeunes femmes et vieillards) auraient été enlevés et séquestrés à Gaza. Seuls quatre otages ont été libérés à ce jour. Quels objectifs recherche le Hamas à travers ce coup de grande ampleur, inédit et spectaculaire ? Dissuader Israël de riposter par une invasion terrestre de Gaza ? Exercer une pression pour mener des négociations en vue de gains politiques ? Échanger les otages contre des milliers de détenus en Israël ? Des questions que nous avons posées à Mohanad Hage Ali, chercheur et directeur de la communication du Carnegie Middle East Center.
Pourquoi, selon vous, le Hamas a-t-il pris des otages en si grand nombre, lors de son incursion surprise en Israël ?
La prise d'otages massive, sans distinction de statut ni d’âge, a certes été planifiée par le Hamas. Il a eu recours à cette tactique pour l’utiliser comme une carte servant à pousser Israël à la négociation. Désigné comme une organisation terroriste aux États-Unis, en Europe et même dans une grande partie du monde arabe, le Hamas veut montrer à Israël qu’il n’est pas, comme Daech (État islamique, NDLR), fermé à toute négociation visant à libérer les captifs. C’est dans cet esprit qu’il a relâché récemment quatre femmes, suscitant l'empressement de pays occidentaux à réclamer la remise en liberté de leurs ressortissants par l’intermédiaire de pays du Golfe, notamment Qatar et Oman. À l’heure actuelle, la prise d’otages constitue ainsi la seule fenêtre ouverte susceptible de paver la voie à un processus politique permettant l’obtention de concessions exigées par le Hamas.
Quels gains le Hamas a-t-il récoltés à ce jour?
Un des objectifs du Hamas est de contraindre Israël à réduire ses représailles et maîtriser sa réaction contre le Déluge d'al- Aqsa. Il y réussit : l’invasion terrestre d’envergure dont Gaza est constamment menacée depuis le lendemain de l’opération n’a toujours pas eu lieu, la question des otages compliquant la manière dont le gouvernement israélien peut tenir son engagement de riposter de la sorte.
Un autre avantage gagné par le Hamas est la levée du siège imposé à Gaza par l’armée israélienne durant une quinzaine de jours. Les aides internationales humanitaires sont désormais effectives, avec l’entrée de trois convois de camions dans l’enclave.
Le Hamas a l’option de relâcher peu à peu ses nombreux otages, ce qui lui permettrait de continuer pendant plusieurs mois à utiliser sa monnaie d'échange pour reporter l'invasion et maintenir le flux des aides.
Avec ce marché, Israël ne sera-t-il pas toutefois le grand vainqueur, puisqu’il aura réussi à ramener tous les otages ?
Pour l’instant, le Hamas a des revendications qu’on peut juger modestes, alors que pour sa part, Israël tient la barre haute. Cependant, après la libération des étrangers, des binationaux et des civils, viendra le moment où l’État hébreu devra négocier la remise en liberté de ses soldats. On pourra s’attendre alors à des tractations visant à libérer des milliers de Palestiniens détenus dans les geôles israéliennes.
La fin de la guerre semble donc encore loin...
Le Hamas n’a rien à perdre dans ce marché, parce que le temps s’écoule à son profit. Si des Palestiniens meurent tous les jours sous les bombes israéliennes, le mouvement pourrait les considérer comme des « dommages collatéraux ». L’important pour lui est d’empêcher sa destruction par Israël.
Par contre, Israël ne peut se permettre un gaspillage de temps. Son PIB (produit intérieur brut) s’élevait à 500 milliards de dollars avant le 7 octobre. Or à l’heure actuelle, les affaires de nombreux israéliens vont mal, ce qui leur cause un grand mécontentement. Par ailleurs, avec l’appel de dizaines de milliers de réservistes, l’économie israélienne est privée d’autant de professionnels, à qui le gouvernement verse en contrepartie des allocations puisées dans l’argent public.
Au plan politique, Benjamin Netanyahu étant en proie à des conflits intérieurs avec ses opposants, il risque d'être contraint à la démission s'il fait perdurer la guerre.
Quoi qu'il en soit, les parents des otages pourraient continuer à faire prévaloir leur cause sur toute autre priorité. Il ne serait pas étonnant qu’un mouvement de protestation se crée, semblable à celui des « 4 mères » fondé en 1997 par quatre mamans de soldats israéliens, qui avaient fait pression sur l’État hébreu pour retirer son armée du Liban-Sud qu'elle occupait depuis 15 ans. Une mobilisation qui, entre autres facteurs, avait favorisé son retrait en l'an 2000.



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