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Culture - Entretien

Antoine Boustany : Nous sommes tous des « addicts »

Le psychiatre et addictologue raconte l’histoire de l’une de ses patientes, ancienne toxicomane, dans son dernier ouvrage « Blanche, pour le malheur et le bonheur » (éd. Complicités), qu’il signe aujourd'hui jeudi 19 octobre de 17h à 18h30 sur le stand de la Librairie Antoine au Salon du livre international de Beyrouth au Forum de Beyrouth.

Antoine Boustany : Nous sommes tous des « addicts »

Le professeur Antoine Boustany signe jeudi son nouveau roman « Blanche » (Complicités). Photo DR

C’est une histoire vraie. Une histoire tristement commune aussi. Celle d’une jeune femme, Leila, ayant sombré dans l’alcool et la drogue après la perte de son fiancé durant la guerre civile libanaise. Combattants, civils, hommes, femmes, pour tous ceux ayant vécu les horreurs du conflit d’un peu trop près, ces substances dites « déréalisantes » étaient monnaie courante. Dans les années 1980, pour tenter de sortir Leila des griffes de « la blanche », la poudre d’héroïne, sa famille la met en relation avec le Pr Antoine Boustany, psychiatre et addictologue. Trente ans plus tard, le médecin couche sur papier l’histoire de cette patiente qui l’a tant marqué dans son dernier livre Blanche, pour le malheur et le bonheur. Rencontre.

Pourquoi vous semblait-il intéressant de partager l’histoire de Leila ?

Ma motivation était double. D’abord, l’histoire de Leila et de sa famille permet de peindre un tableau représentatif de la société de guerre : la perte de sens, de valeurs, le délitement des familles. Ce n’est pas une simple histoire individuelle ou une biographie ; c'est une réflexion globale sur ces conflits armés qui durent, ici et ailleurs, et sur leurs conséquences les plus perverses. Ensuite, je voulais également montrer comment on tombe progressivement dans la drogue. Cela n’arrive pas par hasard, par malchance ou à cause de mauvaises fréquentations comme on l’entend souvent. N’importe qui peut être concerné. C’est ce que montre le personnage de Leila qui ne correspond pas à l’image que nous nous faisons généralement de la toxicomanie : c’est une femme, elle est bien entourée et vient d’un milieu social relativement aisé.

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Pensez-vous que le fléau de l’addiction menace encore autant la société libanaise actuelle ?

Absolument. C’est une calamité qui traverse les âges et qui ne touche pas que les populations en guerre. En témoigne la part bien plus importante d’addicts en Europe que dans notre région. L’usage des drogues n’a en fait jamais vraiment diminué au Liban. Elles sont, certes, particulièrement prégnantes en temps de guerre, car elles servent de moyens d’échange, elles émoussent la souffrance et anesthésient l’angoisse ; c’est d’ailleurs pourquoi on distribuait du vin aux poilus dans les tranchées lors de la Première Guerre mondiale. Mais elles restent jusqu’à aujourd’hui un fléau qu’il est très difficile d’éradiquer et dont on parle assez peu.

Pourquoi, selon vous, n’en parlons-nous pas assez ?

D’une part,parce que la situation ne change pas vraiment, avec les mêmes réseaux de trafiquants, les mêmes rapports de force, le même taux d'addiction depuis des décennies. Il n’y a pas de nouvelles avancées qui méritent de faire les gros titres. D’autant plus que l’actualité nationale ne manque généralement pas de péripéties. Elles trustent l’attention des médias et du public et c’est bien normal. D’autre part, je pense que la réticence à aborder ce sujet découle également de la nature particulièrement complexe de cette pathologie. Les proches des patients addicts se trouvent souvent découragés face à la répétition des échecs des traitements proposés, ce qui les conduit progressivement à l'impuissance et à l'évitement du sujet.

Dans votre livre, les soins hospitaliers et les multiples cures de désintoxication ne suffisent effectivement pas à sevrer Leila de « la blanche ». Mais elle finit par s’en sortir grâce à l’amour. Souhaitez-vous, à travers cette histoire, apporter des enseignements à ceux confrontés de près ou de loin à l’addiction ?

Effectivement, je souhaite transmettre un message d’espoir. L’addiction ne disparaît pas toujours, mais elle se transforme. Le travail de sevrage n’est pas la priorité. En réalité, il s’agit plutôt de modifier l'objet de l'addiction, en substituant des substances dangereuses par des sources de plaisir plus saines. C’est ce que l’on appelle les addictions salvatrices. En pratique, elles se traduisent souvent par des rencontres amoureuses, la fondation d’une famille, un recours à la foi ou à la spiritualité. D’aucuns disent que nous sommes finalement tous addicts. Tout dépend vers quoi nous nous orientons.

C’est une histoire vraie. Une histoire tristement commune aussi. Celle d’une jeune femme, Leila, ayant sombré dans l’alcool et la drogue après la perte de son fiancé durant la guerre civile libanaise. Combattants, civils, hommes, femmes, pour tous ceux ayant vécu les horreurs du conflit d’un peu trop près, ces substances dites « déréalisantes » étaient monnaie courante. Dans les années 1980, pour tenter de sortir Leila des griffes de « la blanche », la poudre d’héroïne, sa famille la met en relation avec le Pr Antoine Boustany, psychiatre et addictologue. Trente ans plus tard, le médecin couche sur papier l’histoire de cette patiente qui l’a tant marqué dans son dernier livre Blanche, pour le malheur et le bonheur. Rencontre. Pourquoi vous semblait-il intéressant de partager l’histoire de Leila ? Ma...
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