Alors que les craintes d’un glissement de la région vers une confrontation généralisée sont sérieuses, toutes les cartes internes semblent mélangées et des questions se posent sur l’avenir des relations du Hezbollah avec les autres composantes politiques du pays et en particulier avec le CPL.
Pourtant, les relations entre le CPL, alors dirigé par le général Michel Aoun, et le Hezbollah se sont réellement consolidées dans le cadre de la guerre israélienne de juillet 2006 contre le Liban. S’il est vrai que l’entente de Mar Mikhaël – qui a consacré les relations entre les deux formations – avait été officiellement annoncée le 6 février 2006 dans le cadre d’une rencontre entre Michel Aoun et Hassan Nasrallah à l’église de Mar Mikhaël, cette entente a connu son « baptême du feu » lors de la guerre de 2006, lorsque dès les premiers bombardements israéliens sur le Liban, Aoun avait misé sur l’échec du plan israélien d’« éliminer le Hezbollah ». Mais surtout, et c’est une position que le secrétaire général de la formation a à plusieurs reprises déclaré qu’il n’oubliera jamais, Michel Aoun avait donné des instructions précises à tous ses partisans et à tous ceux qui seraient susceptibles de l’écouter d’ouvrir les portes des régions chrétiennes aux déplacés en majorité chiites fuyant leurs localités au Sud et dans la Békaa-Ouest sauvagement bombardées par les avions israéliens. Il s’agissait alors d’un chiffre considérable, près d’un million de personnes s’étaient en effet réfugiées dans les régions considérées relativement plus sûres du pays.
Selon les analystes de l’époque, un des volets du plan israélien dans la guerre de 2006 consistait à provoquer un exode massif des chiites du Sud et de la Békaa-Ouest vers les régions du Mont-Liban et à susciter ainsi des frictions internes entre les différentes composantes confessionnelles du pays pour affaiblir le Hezbollah et l’empêcher de se consacrer à la guerre contre eux. Dans plusieurs discours qu’il a prononcés par la suite, le secrétaire général du Hezbollah a déclaré que cette position de Michel Aoun a permis de déjouer le plan israélien.
Aujourd’hui, avec les risques d’éclatement d’une nouvelle guerre dans la foulée des affrontements de Gaza, ce sujet revient sur le tapis. Il est d’autant plus d’actualité que, selon plusieurs médias, certains habitants du Sud ont commencé à fuir leurs localités et à chercher refuge dans d’autres régions. Mais dans le contexte actuel, et en raison du froid dans les relations du Hezbollah avec les composantes chrétiennes, dont le CPL, suite au conflit sur le dossier présidentiel, des questions se posent sur ce qui pourrait se passer s’il y a de nouveau un exode massif des localités du Sud vers le centre et le Nord, comme c’était le cas en 2006.
Des sources proches du CPL précisent à cet égard que ce sujet est évoqué dans les réunions du parti, dans le cadre des différents scénarios possibles au Liban au cours des prochaines semaines. Ces mêmes sources reconnaissent qu’il y a une divergence profonde entre le CPL et le Hezbollah et elle porte sur les priorités. Pour le Hezbollah, la résistance et « son axe » passent avant les considérations internes, alors que pour le CPL le Liban reste la priorité absolue. C’est dans cet esprit que le CPL se prépare à tous les scénarios possibles. Même si la tendance générale est de croire que le Liban ne sera pas entraîné dans une guerre dans le cadre de la confrontation actuellement en cours, cette éventualité n’est pas totalement écartée. Les Israéliens pourraient la provoquer pour ouvrir un autre front et frapper ainsi un coup à un des principaux acteurs de « l’axe de la résistance », le Hezbollah. Si cela devait se produire, le CPL aura la même attitude qu’en 2006, selon ses milieux, même si cette fois l’humeur chrétienne pourrait être plus réticente. Tout en ayant des réserves sur l’attitude du Hezbollah qui établit un lien direct entre les différentes scènes de confrontation avec les Israéliens, le CPL estime que la priorité, quels que soient les développements, doit rester à l’intérêt du Liban, qui se résume à l’unité de ses fils face au danger de guerre. Le chef de ce parti Gebran Bassil a d’ailleurs annulé un voyage qu’il comptait effectuer pour exposer devant le Parlement européen le problème de la présence au Liban des « déplacés syriens », préférant, selon ses proches, rester dans le pays dans ces circonstances particulièrement sensibles. Il envisage même d’effectuer des tournées dans les régions pour prôner l’unité et la solidarité. Plus tard, lorsque le paysage interne et régional deviendra plus clair, il sera temps, précisent les sources proches du CPL, d’ouvrir les sujets conflictuels avec le Hezbollah. D’ailleurs, selon les sources précitées, le dossier présidentiel est actuellement relégué au second plan, sachant que même les médiateurs annoncés, notamment la France et le Qatar, ont eux aussi actuellement d’autres priorités.
Aujourd’hui, rien n’est plus important que les développements à Gaza et leurs répercussions sur la région, dont le Liban, concluent les milieux du CPL. De nouveaux rapports de force pourraient naître de ces événements et, dans un contexte aussi instable, il faut préserver l’unité interne.


Selon l’OLJ, les manifestants de ce jour sont tous prêts à aller mourir au Sud. Donc pas de risque d’exode de la population du Sud en cas de conflit. Mais entre dire et faire, il y a un grand pas et les habitants du sud se préparent à un exode massif au cas où … le courage s’arrête aux micros des journalistes et caméras de télé
13 h 46, le 13 octobre 2023