
L'émissaire français pour le Liban, Jean-Yves Le Drian, (G), le mufti de la République, le cheikh Abdellatif Deriane et l'ambassadeur d'Arabie saoudite à Beyrouth, Walid Boukhari (D), à la résidence de ce dernier à Yarzé, le 14 septembre 2023. Photo Ani.
L'émissaire français pour le Liban, Jean-Yves Le Drian, s'est entretenu jeudi avec le patriarche maronite Béchara Raï, puis avec le mufti de la République, le cheikh Abdellatif Deriane, ainsi qu'avec une majorité de députés sunnites.
Arrivé lundi soir à Beyrouth, M. Le Drian tente de trouver un consensus permettant d'élire un chef de l'État, le Liban étant sans président depuis le 31 octobre 2022, date de la fin du mandat de Michel Aoun.
Sur invitation jeudi de l'ambassadeur d'Arabie saoudite à Beyrouth, Walid Boukhari, à sa résidence à Yarzé, M. Le Drian a rencontré des députés sunnites (exception faite de Halimé Kaakour, Ibrahim Mneimné, Ousama Saad, Jihad al-Samad, Yanal el-Solh et Melhem el-Hojaïri), en présence du cheikh Abdellatif Deriane. M. Boukhari a noté que cette réunion « renforce l'unité et la solidarité entre tous » et a souhaité que M. Le Drian réussisse dans sa mission. « La France et l'Arabie saoudite travaillent ensemble pour le Liban et son redressement, et nous espérons que leurs efforts et ceux des Cinq aboutiront à un résultat », a déclaré M. Le Drian.
En juillet, lors d'une réunion à Doha, le groupe des cinq (l'Arabie saoudite, la France, les États-Unis, l'Égypte et le Qatar) a exhorté le Parlement à élire un président et les responsables politiques à « prendre immédiatement des mesures pour sortir de l'impasse » le pays en plein effondrement économique.
Devant les députés sunnites, M. Le Drian a affirmé qu'il était important « de mener à bien les réformes au Liban » et que « les vacances dans les institutions étatiques paralysent le pays ». Pour sa part, le cheikh Deriane a salué « l'importance du rôle de l'Arabie saoudite qui veille sur le Liban et les Libanais ». Il a aussi assuré que « les députés musulmans sunnites sont déterminés à aboutir à l'élection d'un président ». « Il n'y a pas de République sans président de la République, et nous sommes attachés à la Constitution et à l'accord de Taëf », a-t-il ajouté.
Plus tôt dans la journée, Jean-Yves Le Drian a rencontré le patriarche maronite Béchara Raï à Bkerké. Après la réunion, M. Le Drian a quitté le siège du patriarcat maronite sans faire de déclaration. Selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle), « M. Le Drian a présenté les résultats de ses contacts et réunions au cours de sa visite au Liban, et le patriarche a partagé son point de vue sur les mécanismes visant à dynamiser le dossier présidentiel ». « L'élection d'un président de la République demeure la seule voie pour normaliser le fonctionnement des institutions constitutionnelles et ramener la vie politique à un état de normalité », a déclaré Mgr Raï devant M. Le Drian.
Le prélat maronite a ensuite rencontré l'ambassadrice américaine Dorothy Shea, qui a confirmé que son pays « ne ménagera aucun effort pour soutenir le Liban et contribuer à accélérer l'élection d'un président de la République, car le maintien de la situation telle qu'elle est aggravera les problèmes à tous les niveaux ».
Dans la journée de jeudi également, M. Boukhari a lui rencontré le nouvel ambassadeur du Qatar au Liban, Cheikh Saoud Ben Abdel Rahman al-Thani, à la résidence de ce dernier. Selon l'ambassade saoudienne au Liban, la réunion a porté sur l'élection présidentielle libanaise et la nécessité de mettre fin à la vacance présidentielle afin que le Liban puisse redevenir un pays « efficace » dans la région.
Fin août, le président du Parlement Nabih Berry avait appelé à la reprise du dialogue national entre les différents groupes politiques, lors d'une rencontre des chefs des file politiques au Parlement, afin de parvenir à un consensus sur la personne à élire comme prochain président du Liban. Bien que saluée par le Hezbollah et le Courant patriotique libre (CPL), l'initiative de dialogue de M. Berry a fait l'objet de critiques de la part de l'opposition. Face à cette impasse, l'émissaire français aurait proposé une nouvelle médiation, consistant en une séance électorale ouverte au Parlement, après le retrait des deux candidats en lice, Sleiman Frangié, soutenu par le Hezbollah et le mouvement Amal, et Jihad Azour, cadre du Fonds monétaire international, qui bénéficie du soutien de l'opposition et du CPL.
La visite de M. Le Drian intervient quelques jours avant une nouvelle réunion des représentants du groupe des Cinq à New York (en marge de l’Assemblée générale des Nations unies) pour discuter du dossier libanais. Elle intervient aussi peu de temps avant que l’ancien ministre français des Affaires étrangères ne prenne ses nouvelles fonctions en Arabie saoudite, ce qui pourrait réduire son intérêt pour le dossier libanais. Certains au Liban considèrent que sa troisième visite, qui s’étend jusqu’à vendredi, pourrait être la dernière, surtout si elle ne mène à aucun résultat concret.