Rechercher
Rechercher

Politique - Décryptage

Aïn el-Héloué, entre éléments nouveaux et enjeux cachés

Ce qui était prévu est arrivé, les combats ont repris à Aïn el-Héloué après un peu plus d’un mois de trêve fragile. Au bout de six jours, aucune des deux parties en conflit, le Fateh d’un côté et les groupes islamistes de l’autre, ne peut se prévaloir d’avoir remporté une victoire sur l’autre et les habitants du camp, qui vivent déjà dans la précarité, n’en finissent plus de payer le prix de ces confrontations désespérées.

Officiellement, la cause de la reprise des combats serait le refus des groupes islamistes, concentrés dans certains quartiers comme Tawarek et Taamir, à la limite du camp, de livrer à la justice les auteurs de l’assassinat de Abou Achraf el-Armouchi, chef militaire du Fateh à Aïn el-Héloué, comme cela avait été convenu lors de la trêve conclue sous l’égide de l’ambassade de Palestine à Beyrouth et des représentants des autorités libanaises. Considérant ainsi que le délai accordé aux groupes islamistes pour livrer les assassins a été largement dépassé, les combattants du Fateh ont lancé une vaste offensive qui, jusqu’à présent, n’a pas encore atteint son objectif.

Ce qui est étonnant dans ces combats, c’est qu’en principe, le Fateh devrait être plus fort à Aïn el-Héloué, comme dans tous les camps palestiniens du Liban, y ayant imposé son autorité depuis des années. Il y possède donc déjà l’infrastructure, les moyens et les combattants. Alors qu’en face, les groupes islamistes restent divisés et ne se sont pas rassemblés au sein d’un commandement unifié. Il y a ainsi Jund el-Cham, Esbat el-Ansar et d’autres qui sont essentiellement venus de Syrie, du camp palestinien de Yarmouk près de Damas et d’autres régions, sous la bannière du Front al-Nosra et du groupe État islamique. Selon des informations sécuritaires, ils auraient ainsi profité de la dernière vague d’exode à partir de Syrie vers le Liban pour venir se réfugier dans ce camp et dans ces quartiers en particulier qui restent en dehors du contrôle des autorités libanaises.

La bataille, dont le second épisode se joue aujourd’hui, tourne donc autour du contrôle du camp de Aïn el-Héloué qui est la plus grosse agglomération palestinienne hors de Palestine. D’ailleurs, une grande partie des habitants du camp sont originaires de Cisjordanie et les ennemis du Fateh considèrent ainsi que l’objectif de cette organisation, en voulant contrôler le camp, serait de couper les liens entre les groupes armés dans le camp et les résistants en Cisjordanie pour les isoler et détruire leur capacité militaire au moment où les attaques contre les Israéliens se multiplient en Cisjordanie. De leur côté, les combattants du Fateh accusent les groupes islamistes de vouloir prendre le contrôle du camp pour en faire un foyer islamiste voire terroriste qui pourrait lancer des attaques à partir de Aïn el-Héloué dans tout le Liban et même ailleurs.

Face à l’équilibre actuel des forces sur le terrain, les combats peuvent se prolonger encore longtemps. Mais, dans les affrontements des six derniers jours, des éléments nouveaux sont apparus et permettent de croire qu’il pourrait y avoir des enjeux cachés. D’abord, la soudaine construction d’un camp de secours pour abriter les déplacés de Aïn el-Héloué, près du stade municipal à l’entrée nord de la ville de Saïda. En quelques heures, 35 tentes ont été dressées, équipées d’installations sanitaires. Mais la rapidité avec laquelle la décision a été prise et l’exécution réalisée a retenu l’attention des autorités libanaises qui y ont immédiatement vu un piège tendu au Liban. D’abord, l’emplacement du nouveau camp, à quelques mètres de l’autoroute reliant Saïda à Beyrouth, a soulevé de nombreuses questions, sachant que la route du Sud est considérée comme vitale à la fois pour les habitants de la région, mais aussi pour le Hezbollah. Si un camp, même temporaire, est installé à proximité de cette autoroute, cela signifie que les habitants du camp ont la possibilité de fermer celle-ci quand ils le souhaitent. Déjà, il y a quelques années, en 2013 plus précisément, le cheikh salafiste Ahmad el-Assir avait essayé de le faire et cela s’est terminé par des combats avec l’armée et sa condamnation. Il est d’ailleurs toujours en train de purger sa peine.

L’autre élément nouveau, ce sont les obus tombés sur un barrage de l’armée libanaise. Il ne s’agit pas de balles perdues, mais bien d’un ciblage voulu. Il semblerait donc qu’au moins une des deux parties souhaite entraîner l’armée dans la bataille. Plusieurs interprétations sont données à cette tentative. D’abord, il peut s’agir de la partie qui se sent en train de perdre et qui peut souhaiter une intervention de l’armée afin de limiter sa défaite. Ensuite, il peut aussi s’agir d’un plan pour entraîner l’armée dans la bataille, pour resserrer les rangs palestiniens contre elle, comme cela s’est passé dans le camp de Nahr el-Bared (Liban-Nord) en 2007, où la bataille a duré plus de trois mois et a fait plus de cent morts dans les rangs de la troupe. Le camp avait été alors totalement détruit et ses habitants avaient fui le lieu.

C’est justement pour cette raison que certaines parties libanaises considèrent qu’au-delà de l’identité des parties en conflit et du fait que chacune se bat pour gagner sur l’autre, il y aurait un plan caché qui vise à détruire le camp de Aïn el-Héloué en vue de pousser ses habitants à se fondre dans le tissu social libanais, éliminant ainsi la fameuse idée du retour en Palestine. Selon les partisans de cette thèse, la caractéristique principale d’un camp, c’est le fait qu’il est provisoire et que les habitants devraient finir par revenir dans leurs localités initiales. Détruire les camps, c’est donc porter un coup fatal à cette idée du retour et faire indirectement un cadeau aux Israéliens. En ce moment précis d’affaiblissement de toutes les institutions étatiques libanaises, il peut être question de faire passer un tel projet. Mais, cette fois, les autorités ont rapidement réagi : d’abord elles ont demandé la destruction du camp provisoire, ensuite l’armée refuse jusqu’à présent d’intervenir. Et, enfin, il n’est pas question de fermer le camp de Aïn el-Héloué. La tentative semble donc avoir échoué, mais il y en aura peut-être d’autres.

Ce qui était prévu est arrivé, les combats ont repris à Aïn el-Héloué après un peu plus d’un mois de trêve fragile. Au bout de six jours, aucune des deux parties en conflit, le Fateh d’un côté et les groupes islamistes de l’autre, ne peut se prévaloir d’avoir remporté une victoire sur l’autre et les habitants du camp, qui vivent déjà dans la précarité, n’en finissent plus de payer le prix de ces confrontations désespérées.Officiellement, la cause de la reprise des combats serait le refus des groupes islamistes, concentrés dans certains quartiers comme Tawarek et Taamir, à la limite du camp, de livrer à la justice les auteurs de l’assassinat de Abou Achraf el-Armouchi, chef militaire du Fateh à Aïn el-Héloué, comme cela avait été convenu lors de la trêve conclue sous l’égide de l’ambassade...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut