Le chef de la diplomatie iranienne, Hossein Amir-Abdollahian, lors d'une conférence de presse à Beyrouth, le 1er septembre 2023. Photo Mohammad Yassine
Lors d’une rencontre informelle avec des représentants de la presse libanaise, en présence de l’ambassadeur Moujtaba Amani, le ministre iranien des Affaires étrangères Hussein Amir Abdollahian, en visite officielle de deux jours à Beyrouth, a passé plusieurs dossiers en revue. Arrivé jeudi en provenance de Damas, le chef de la diplomatie iranienne s’est entretenu avec le président du Parlement, Nabih Berry, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, son homologue libanais Abdallah Bou Habib et des factions palestiniennes. Abordant la crise libanaise, M. Abdollahian a souligné que « si le Liban avait accepté l’offre iranienne de construire des centrales électriques il y a dix ans, il serait aujourd’hui en train d’exporter du courant ». Il a aussi estimé que les Américains font des promesses fallacieuses parlant tantôt d’amener du gaz d’Égypte et tantôt du courant électrique de Jordanie, en vain. Il a d’ailleurs affirmé avoir évoqué ce dossier avec les responsables libanais, ajoutant que « c’est au gouvernement de prendre une décision à ce sujet. Dès que celle-ci sera prise, l’Iran est prêt à prendre les mesures nécessaires pour construire des centrales capables de produire 2 000 mégawatts ».
Le ministre a nié tout lien entre sa visite à Beyrouth venant de Syrie et celle de l’émissaire américain Amos Hochstein, assurant que son voyage au Liban avait été planifié il y a quelque temps déjà. Il a toutefois précisé que les compagnies iraniennes sont prêtes à aider le Liban dans tous les domaines qui concernent l’exploitation des ressources énergétiques du pays, en guise d’appui. « Les sanctions, a-t-il dit, ne seront pas un obstacle face au développement des relations entre le Liban et la République islamique. L’expérience concrète a montré qu’en définitive, les États font l’intérêt de leurs pays respectifs. » En réponse à une question sur la position du président français qui a récemment critiqué ce qu’il a appelé l’intervention de l’Iran dans les affaires libanaises, Abdollahian a conseillé au président français « de se concentrer sur les affaires internes de la France, au lieu de se préoccuper des questions d’ingérence dans d’autres pays ». S’il a ajouté que « l’Iran a toujours appuyé le Liban et restera à ses côtés », il a toutefois nié toute intervention dans les affaires internes du pays du Cèdre, déclarant que tant que le Liban le souhaite, la République islamique se tiendra à ses côtés, « aux côtés de l’État, du peuple et de la résistance ». Lundi, Emmanuel Macron, qui s’exprimait devant les ambassadeurs de France réunis à l’Élysée, avait évoqué « les activités de déstabilisation régionale que l’Iran a menées ces dernières années ». Il avait estimé qu’un des « éléments clés » d’une solution politique au Liban passera par une clarification des interférences régionales dont celle de l’Iran ».
L’accord de Pékin
Évoquant l’entente de normalisation signée il y a quelques mois à Pékin avec l’Arabie saoudite, le ministre iranien a estimé que depuis le début, la politique étrangère du président Ibrahim Raïssi est axée sur la coopération avec tous les pays de la région. « L’Iran évalue donc positivement le retour à la normale de ses relations avec l’Arabie, qui a eu un impact positif sur toute la région et qui a poussé d’autres pays, arabes notamment, à vouloir suivre cet exemple, publiquement ou non », a-t-il dit, ajoutant que les relations entre les deux puissances vont dans le bon sens. Estimant qu’une nouvelle atmosphère s’ouvre pour la région, il a affirmé que de plus en plus de parties sont désormais convaincues que les interventions étrangères ne servent pas les intérêts de la région. Par contre, selon lui, les ententes régionales peuvent le faire. Il a invité, dans ce contexte, « la Maison-Blanche à lire correctement les changements dans la région ». Abdollahian a confié avoir entendu des responsables saoudiens qu’il a récemment rencontrés des propos positifs sur les développements dans la région, y compris au sujet du Liban. Est-il question de favoriser l’ouverture d’un dialogue entre le Hezbollah et les Saoudiens ? Le ministre a répondu que cette question concerne le Hezbollah. Il a par la suite tenu à saluer le parti chiite : « Tout le monde sait que le Hezbollah a joué un rôle héroïque face à la menace sioniste et face à la menace terroriste. S’il n’avait pas rempli ce rôle central, la région serait dans une situation différente. » Il a précisé que lors de sa rencontre avec le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, il a entendu de celui-ci des propos pleins d’espoir sur l’avenir de la région. À la question de savoir si le climat positif entre l’Iran et l’Arabie peut se répercuter sur le dossier présidentiel, le ministre iranien a répondu qu’il s’agit là d’une « question interne libanaise », estimant que les responsables libanais disposent de « la compétence et de la sagesse nécessaires » pour parvenir à des solutions. « Les acteurs étrangers peuvent jouer uniquement un rôle pour dynamiser le dialogue entre les Libanais », a-t-il ajouté.
Les menaces à Israël
Au sujet de sa rencontre avec les organisations palestiniennes, notamment le Jihad islamique et le Hamas à Beyrouth, Abdollahian a affirmé : « La résistance est actuellement plus forte que jamais, alors qu’au sein de l’entité sioniste, les problèmes se multiplient. De toute façon si cette entité procède à un assassinat au Liban, la résistance pourra rapidement changer l’équation régionale. » Abordant le dialogue indirect entre l’Iran et les États-Unis qui a abouti récemment à la libération de prisonniers en contrepartie du déblocage d’une partie des fonds iraniens, Abdollahian a précisé que cet arrangement devrait avoir un impact sur l’accord sur le nucléaire iranien. « En tout cas, a-t-il dit, nous poursuivons le processus politique et diplomatique, ainsi que le dialogue indirect avec les États-Unis. » En réponse à une question sur la possibilité pour le dialogue indirect d’Oman d’aboutir à une levée des sanctions sur l’Iran, il a précisé qu’il espérait cela, d’autant que les sanctions sont, selon lui, injustes.
Pour ce qui est du dossier syrien et de ce qui se dit sur une volonté américaine de couper la route entre l’Irak et la Syrie, le chef de la diplomatie iranienne a indiqué qu’avec les autorités syriennes, il a parlé des relations bilatérales, en plus des dossiers internationaux et régionaux, ajoutant que « tout ce qui touche au transport des hommes et des biens à la frontière irako-syrienne concerne exclusivement ces deux pays ». « Aucune autre partie n’a le droit de fermer les frontières entre deux pays. Nos frontières doivent être celles de l’amitié, des échanges et du commerce », a-t-il ajouté, avant d’affirmer que les relations entre l’Irak et la Syrie ne devraient pas redevenir tendues.


ET. Go home!
04 h 50, le 05 septembre 2023