Les rappeurs américains de Cypress Hill sur le Walk of Fame, le 18 avril 2019 à Hollywood. Frederic J. Brown/Archives AFP
Ces quinquagénaires sont les ambassadeurs et pionniers de l’ouverture du rap anglophone à la langue espagnole. Sen Dog a des racines cubaines, tout comme B-Real du côté de sa mère, tandis que la famille de son père vient du Mexique.
Vendu à trois millions d’unités, Black Sunday, sorti le 20 juillet 1993, est le disque qui les a fait changer de dimension. « L’album s’est hissé en tête des charts américains et a marqué un crossover important, puisque le groupe s’est ouvert à un public rock », résume Olivier Cachin, journaliste spécialiste du rap, pour l’AFP. « Black Sunday, c’est l’album qu’ils vont jouer sur scène. C’est effectivement un groupe de hip-hop qui plaît au public rock, notre ADN. On y va en toute confiance avec eux, c’est la 3e fois qu’on les programme, on s’est parfois un peu trompés sur des groupes de rap par le passé, pas avec eux », se félicite Matthieu Ducos, directeur de Rock en Seine.
« Premiers à s’en vanter »
Les clés du succès de Cypress Hill ? Un débit lourd, des voix nasillardes, des sons et des textes sombres. Et cet opus s’ouvre par un autre titre devenu un grand moment sur scène, I Wanna Get High (« Je veux planer »), ode à une drogue douce, le cannabis.
Sen Dog, Bobo et B-Real en concert en 2006. Photo tirée de Wikipédia
Le groupe, qui tire son nom d’une rue du sud-est de Los Angeles, fut le premier dans le rap à chanter ouvertement sa consommation d’herbe. Et à en réclamer la légalisation (« Legalize It » figure aussi sur Black Sunday), à une époque où cette revendication n’était pas encore tendance dans le hip-hop. « Ils ne sont pas les premiers à fumer des pétards, mais les premiers à s’en vanter dans le rap. Le nom de l’album The Chronic de Dr. Dre vient du nom d’une herbe californienne, mais cet album sort en 1992, alors que le premier album éponyme de Cypress Hill sort en 1991, honneur aux premiers », dit Olivier Cachin.
À l’opposé, en 1988, N.W.A., un autre groupe de Los Angeles rattaché comme Cypress Hill au gangsta rap, chante sur Express Yourself : « I don’t smoke weed or sess / ’Cause it’s known to give a brother brain damage » (« Je ne fume pas d’herbe ou de sensemilla / Car c’est connu pour bousiller le cerveau »).
Excalibur
Cypress Hill, lui, enfonce le clou sur Black Sunday : « Hits from the Bong » clame de nouveau leur amour pour « Mary Jane », prénom décliné dans toutes les langues pour évoquer l’herbe. Les shows restent percutants, malgré l’ambiance embrumée : il arrive aux membres de Cypress Hill de fumer sur scène à l’aide d’un bong, pipe à eau baptisée « Excalibur » pour sa taille monumentale. Ce péché mignon et leur notoriété leur valent d’apparaître dans un épisode du dessin animé à succès The Simpsons en 1996 avec un gag devenu réalité. Dans un festival rock et rap, le régisseur arrive dans les loges avec l’orchestre symphonique de Londres « commandé par un groupe sans doute défoncé : Cypress Hill, c’est à vous que je m’adresse ! » Cet été, pour les 30 ans de Black Sunday, sur scène aux États-Unis, l’orchestre symphonique du Colorado a accompagné les rappeurs, vêtus de costume-cravate ou nœud papillon pour l’occasion. À Rock en Seine, c’est dans une formule plus classique – deux chanteurs, un DJ et des percussions – qu’ils vont tenter de faire halluciner le public.

