Rechercher
Rechercher

Politique - Décryptage

Aïn el-Héloué : quel scénario après la trêve ?


La trêve annoncée il y a près de trois semaines a beau tenir, le feu couve sous la cendre à Aïn el-Héloué. Aucun des problèmes qui avaient provoqué les combats dans ce camp palestinien, le plus grand du Liban, n’a été réglé et chaque partie continue à camper sur ses positions. Les auteurs de l’assassinat du responsable du Fateh Abou Achraf al-Armouchi n’ont toujours pas été officiellement identifiés et les parties auxquelles ils appartiennent ne semblent pas prêtes à les livrer à la justice. De même, les tentatives d’attentat contre des figures des groupes islamistes n’ont pas été expliquées ou revendiquées. La commission mixte chargée de l’enquête fait du surplace et la vie au camp, situé à l’est de Saïda, n’est pas revenue à la normale. Le calme règne, certes, mais de l’avis des Palestiniens eux-mêmes, il reste très précaire. D’ailleurs, les habitants du camp qui l’ont quitté pendant les violents combats ne sont pas encore tous revenus chez eux, notamment en raison de l’ampleur des dégâts matériels. Selon la commission mixte palestinienne, les destructions s’évaluent à des millions de dollars et, jusqu’à présent, aucune partie n’a proposé de se charger des dépenses. Ce qui, pour les habitants, est en soi un signe que les combats pourraient reprendre à tout moment. Trois semaines après la fin des combats, l’évaluation de ce qui s’est passé reste donc sujette à diverses interprétations. La version la plus courante consiste à dire qu’il s’agit d’un affrontement entre le Fateh d’un côté, qui voudrait reprendre le contrôle du camp de Aïn el-Héloué et au-delà celui de tous les camps du Liban, et de l’autre, les organisations évoluant dans la mouvance islamique qui sont hostiles à cette démarche. Ces organisations ont pris de l’influence depuis la guerre en Syrie et avec l’émergence de nouvelles factions proches d’el-Qaëda et de l’ancien Front al-Nosra.

Mais il existe d’autres explications qui s’inscrivent dans un plan plus vaste. C’est ainsi que certains milieux politiques (que d’aucuns pourraient ranger dans la catégorie des « conspirationnistes ») voient dans le manque d’enthousiasme des parties concernées à reconstruire ce qui a été détruit l’existence d’un plan caché pour pousser les habitants du camp à sortir de leur enfermement pour se mélanger aux Libanais et exécuter ainsi la première étape d’un projet global qui viserait à implanter les réfugiés palestiniens au Liban. Selon ces milieux politiques, il s’agit certes d’un ancien projet, mais le moment serait peut-être venu de passer à l’exécution, avec l’affaiblissement de l’État libanais et l’absence d’entente interne. Selon les chiffres de la commission de dialogue libano-palestinienne, les réfugiés palestiniens au Liban ne seraient plus très nombreux, au maximum 150 000 personnes. Ce qui fait qu’ils ne constituent plus une menace pour les équilibres démographiques libanais. Il serait donc temps de songer à les intégrer à la société libanaise, dans un premier pas vers leur implantation. Pour ces mêmes milieux politiques, il s’agirait là d’une option sérieuse qui devrait ouvrir de nouvelles perspectives au Liban, dans la mesure où elle permettrait de résoudre un problème qui traîne depuis des décennies, celui de la présence palestinienne. Cela permettrait aussi de tourner une page qui a longtemps constitué une menace pour la sécurité au Liban. En gros, il s’agirait de fermer progressivement les camps palestiniens du Liban et d’intégrer les réfugiés qui y vivent encore au sein de la société libanaise, moyennant des facilités économiques. Indépendamment donc de qui a déclenché les combats il y a quelques semaines, ceux-ci visaient d’une façon ou d’une autre à poser la question de la fermeture des camps, en commençant par affirmer qu’il serait bon que l’armée en prenne le contrôle, selon cette interprétation. Toutefois, les organisations palestiniennes seraient divisées sur un tel projet. Certaines refusent totalement l’idée de la fermeture des camps du Liban, parce qu’elle porterait un coup à la résistance palestinienne même dans les territoires occupés, alors que d’autres y voient une façon détournée de remettre les camps du Liban sous la coupe de l’Autorité palestinienne, ce qui mettrait ainsi un terme à leur propre influence qui a grandi avec le déclin du Fateh.

Il existe encore une autre lecture, selon laquelle les derniers affrontements viseraient à régler une fois pour toutes le problème posé par le quartier dit al-Taamir, concomitant du camp de Aïn el-Héloué sans en faire officiellement partie. Ce quartier est devenu, depuis que la guerre en Syrie a évolué en faveur du régime de Damas, un refuge pour tous les groupes islamistes qui ont participé aux combats, qu’ils soient palestiniens, libanais ou syriens. À la faveur d’une sorte d’accord tacite, aucune autorité libanaise ou palestinienne ne contrôle ce quartier qui est pratiquement livré à différents groupes islamistes. C’est dans ce quartier que se sont réfugiés les islamistes de Bilal Badre, ainsi que des combattants qui évoluent dans la mouvance de Daech. Selon cette lecture, il y aurait désormais une décision d’en finir avec ce quartier. Le Fateh aurait commencé le travail, dans le souci toutefois de céder ensuite la place à l’armée libanaise, puisque, officiellement, ce quartier ne fait pas partie du camp de Aïn el-Héloué. Mais l’armée a déjoué le plan initial. Elle a refusé en effet d’intervenir dans les combats, se contentant d’empêcher leur extension dans les quartiers résidentiels et dans d’autres camps du pays et de couper court à toute tentative de bloquer la route côtière du Sud, considérée comme vitale pour le pays.

Ce qui est sûr, c’est que les combats de Aïn el-Héloué n’ont pas permis de dégager un vainqueur et un vaincu. Ce qui signifie qu’aucune des interprétations n’est sur le point de se concrétiser. De plus, les affrontements ont montré que les groupes islamistes disposent d’un arsenal considérable, avec des armes sophistiquées. Ce qui pose la question de savoir d’où viennent toutes ces armes et comment elles sont arrivées. Certains médias ont pointé du doigt le Hezbollah, mais aussi bien cette formation que des sources militaires démentent cette information. Selon les sources militaires, le Hezbollah n’aurait certainement pas envoyé d’armes aux groupes islamistes qu’il a combattus en Syrie et dans la « guerre des jurds » (de Ersal) au cours de l’été 2017. Ensuite, selon ses milieux, le parti a tout fait pour pousser vers la conclusion d’un cessez-le-feu, convaincu que les affrontements à Aïn el-Héloué ne servent pas sa politique. Quelles sont donc les parties qui ont fourni toutes ces armes aux groupes islamistes et dans quel but ? Les investigations libanaises se concentrent sur ce point, car dès qu’il s’agit des camps palestiniens, surtout dans un timing aussi complexe, la vigilance est de mise.

La trêve annoncée il y a près de trois semaines a beau tenir, le feu couve sous la cendre à Aïn el-Héloué. Aucun des problèmes qui avaient provoqué les combats dans ce camp palestinien, le plus grand du Liban, n’a été réglé et chaque partie continue à camper sur ses positions. Les auteurs de l’assassinat du responsable du Fateh Abou Achraf al-Armouchi n’ont toujours pas été officiellement identifiés et les parties auxquelles ils appartiennent ne semblent pas prêtes à les livrer à la justice. De même, les tentatives d’attentat contre des figures des groupes islamistes n’ont pas été expliquées ou revendiquées. La commission mixte chargée de l’enquête fait du surplace et la vie au camp, situé à l’est de Saïda, n’est pas revenue à la normale. Le calme règne, certes, mais de l’avis des...
commentaires (1)

Les armes du Hezbollah et les armes palestiniennes on est bien servi

Eleni Caridopoulou

18 h 43, le 19 août 2023

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (1)

  • Les armes du Hezbollah et les armes palestiniennes on est bien servi

    Eleni Caridopoulou

    18 h 43, le 19 août 2023

Retour en haut