Eugénie Le Sommer inscrivant le quatrième but de la France lors du huitième de finale remporté par les Bleues face au Maroc, mardi au Hindmarsh Stadium d'Adelaïde. Franck Fife/AFP
Cette fois, la marche était trop haute. Cela était annoncé dès le départ, mais comment ne pas avoir imaginé, ne serait-ce qu'un instant, les Lionnes de l'Atlas écrire un chapitre supplémentaire dans le recueil des incroyables épopées menées par les sélections marocaines en cette année de Coupe du monde ?
Alignées pour la toute première fois au départ d'une phase finale d'un Mondial, en vertu de leur finale en Coupe d'Afrique des nations l'année passée, les joueuses de Reynald Pedros avaient déjà marqué de leur empreinte cette compétition en devenant la première équipe arabe à se hisser en huitièmes.
Le tout en remportant deux de leurs trois matchs, face à la Corée du Sud et la Colombie, après s'être remises de la gifle reçue en ouverture par l'Allemagne (0-6), finalement éliminée. Fortes de cette qualification acquise au coût de quelques larmes de joie, il était difficile de ne pas commencer à dessiner les esquisses d'un parallèle entre ce parcours des Marocaines et celui de leurs homologues masculins huit mois plus tôt au Qatar.
Alors qu'on leur prédisait à chaque fois ou presque une défaite assurée, les hommes de Walid Regragui s'étaient hissés jusque dans le dernier carré en venant respectivement à bout de la Belgique, de l'Espagne puis du Portugal, avant de chuter face aux Bleus de Didier Deschamps aux portes de la finale.
Le match des retrouvailles
Mais cette théorie du « rugissement commun » qui unirait les Lions et les Lionnes a fini par atteindre ses limites. Et ce, toujours face au même adversaire vêtu de bleu. Pourtant, les Marocaines ont depuis trois ans un entraîneur qui connaissait mieux que quiconque les forces de l'équipe adverse. Avant de s'installer sur le banc des Lionnes en novembre 2020, Reynald Pedros avait compté sous ses ordres cinq joueuses du groupe tricolore à l'Olympique lyonnais, avec qui il a glané deux Ligues des champions en 2018 et 2019.
Mais dans ce duel entre entraîneurs français, Hervé Renard a su, pour sa part, maîtriser l'aspect émotionnel de la rencontre, lui qui garde de « merveilleux souvenirs » de son passage à la tête de la sélection masculine marocaine, entre 2016 et 2019. Une sérénité transmise à Sakina Karchaoui, qui vivait aussi un match à part en raison de ses origines marocaines.
C'est même elle qui a porté la première estocade en débordant sur l'aile gauche après une belle combinaison avec Selma Bacha. La latérale du Paris SG a ensuite déposé un centre millimétré sur la tête de Kadidiatou Diani, qui n'avait plus qu'à pousser le ballon au fond des filets de Khadija Errmichi (1-0, 15e).
Restée en marge des célébrations de ses partenaires, elle a ensuite admiré le chef-d'œuvre de Kenza Dali, doublant la mise cinq minutes plus tard d'une magnifique frappe enroulée et sans contrôle à l'entrée de la surface (2-0, 20e).
Sur leur lancée, les Bleues ont ensuite profité d'une erreur de relance de Nesryne El-Chad, qui fait partie des six joueuses marocaines nées en France, arrivée dans les pieds d'Eugénie Le Sommer qui n'avait plus qu'à croiser son tir à bout portant pour donner trois longueurs d'avance aux siennes (3-0, 23e).
De loin la meilleure buteuse de sa sélection (92 réalisations), la Lyonnaise s'est permis d'ajouter un quatrième et dernier but de la tête (4-0, 69e) au milieu d'une seconde période moins animée lors de laquelle les Marocaines auront tenté de revenir dans la partie, en vain.
L'Australie en quarts
Sérieuse et appliquée, l'équipe de France se hisse pour la quatrième fois de rang en quart de finale du Mondial. Elles y retrouveront samedi matin à Brisbane l'une des favorites à la victoire finale, les hôtes australiennes, qualifiées la veille aux dépens du Danemark (2-0).
En plus de l'avantage du terrain, les Matildas pourront compter sur le retour de blessure de leur star offensive Sam Kerr. Elles seront soutenues par près de 50 000 supporters, quasiment quatre fois plus que l'affluence de mardi à Adélaïde dans le plus petit stade du tournoi (13 500 personnes).
Les Bleues connaissent très bien leurs futures adversaires pour les avoir affrontées le 14 juillet en fin de préparation, avec une défaite 1-0 à la clé après une prestation assez terne à Melbourne.Mais Hervé Renard, qui a renfilé la doudoune à la mi-temps après avoir tenu le choc en chemise blanche pendant 45 minutes dans l'hiver méridional, trouvera sans nul doute les mots pour que ses joueuses entrent sur la pelouse avec l'ambition de décrocher la seconde demi-finale de leur histoire, après celle atteinte en 2011.
Si les Bleues passent l'obstacle australien, elles retrouveront dans le dernier carré la Colombie ou l'Angleterre, championne d'Europe en titre. Deux gros morceaux qui n'altéreront en rien les rêves de titres des huit dernières équipes en lice, dans un tableau qui a rarement semblé aussi ouvert après l'élimination prématurée des doubles tenantes du titre américaines.


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