Rechercher
Rechercher

Lifestyle - Société

Tribu, le repère d’une génération qui ne se retrouve plus

Tribu, le repère d’une génération qui ne se retrouve plus

Tribu, un lieu polyvalent de rencontre et de partage. Photo DR

Il existe à Beyrouth une catégorie de personnes reliées par une culture à dominance francophone et un passé commun qui sont  de plus en plus isolées par les changements dramatiques qu’a connus le Liban ces dernières années. Pour ces dinosaures relativement jeunes, dont la moyenne d’âge se situe dans la haute cinquantaine, l’activiste Akram Nehmé a créé un lieu polyvalent de rencontre et de partage, à la fois restaurant, bar, café, espace d’exposition et de discussion. Repère ou repaire, au-delà de l’homonymie, ce lieu, qui porte le nom de Tribu, est devenu, avenue de l’Indépendance, à Achrafieh, le prolongement physique d’une communauté qui s’étiole en tentant de faire survivre ses rituels dans le virtuel et qui a besoin de points d’attache pour continuer à exister.

Anciens élèves des écoles catholiques ou de la Mission laïque française, descendants de cette société de l’âge d’or pour qui le commerce était aussi et avant tout synonyme de relation, les habitués de Tribu sont de grands lecteurs, cinéphiles, sportifs, mécènes quand ils le pouvaient. Ils ont vu leurs maisons soufflées par la double explosion du 4 août 2020, et leurs économies, comme la majorité des Libanais, bloquées dans les banques sine die, un temps qu’ils n’ont pas le luxe d’attendre.

Très vite, pour répondre aux besoins pressants de cette communauté dont la majorité constitue une classe moyenne qui s’étiole, Akram Nehmé devient la cheville ouvrière d’une ONG de quartier, Achrafieh 2020. Le sous-sol où il avait établi sa brocante se transforme en centre de distribution de denrées de première nécessité. Aliments, médicaments, produits d’hygiène, couches, lait infantile, des dons entrent et des dons sortent, les plus nantis confient aux gilets jaunes d’Achrafieh 2020 la charge d’offrir aux moins chanceux de quoi traverser la crise.

Mais tout cela ne suffit pas à reconstruire une société qui prend de l’âge loin de ses enfants qu’une crise systémique, entre corruption et mal-gouvernance, a poussés hors du pays en quête d’opportunités. La pandémie de Covid-19 a ajouté une couche à cette tristesse, éloignant les unes des autres des personnes pour qui la vie sociale est indispensable au bonheur.

Dès les prémices, même boiteux, du reflux de la maladie, Nehmé a décidé que c’en était assez de l’isolement. Il a un vieux rêve de restaurant, mais cette fois, la formule sera différente. À Tribu, un club social à sa manière, on s’abonne à l’année et l’on consomme au prix coûtant. Petit à petit, dans cet espace au départ un peu froid, les murs se culottent. Les conversations bruissent au milieu du cliquetis des assiettes. Le personnel lui-même fait partie de (la) Tribu. Une exposition de Yolande Labaki, pertinemment intitulée « Les gens », met à jour les visages qui s’effacent, la ville qui s’éteint. La carte du bar est exhaustive, les plats proposés délicieux, mais pour les habitués qui n’avaient plus de nouvelles les uns des autres sinon sur les réseaux sociaux, le plaisir de retrouver la chaleur d’un sourire, d’une poignée de main, d’une bise claquée à une camarade d’école dont on ne savait plus rien, des souvenirs qui remontent, n’a pas de prix.

Akram Nehmé, qui cache sous ses airs de grande gueule un tendre dévasté par les divers défis auxquels font face ces compagnons réunis sous le toit de Tribu, continue à organiser en douce des rencontres opportunes et une entraide si naturelle qu’elle ne dit pas son nom.

Il existe à Beyrouth une catégorie de personnes reliées par une culture à dominance francophone et un passé commun qui sont  de plus en plus isolées par les changements dramatiques qu’a connus le Liban ces dernières années. Pour ces dinosaures relativement jeunes, dont la moyenne d’âge se situe dans la haute cinquantaine, l’activiste Akram Nehmé a créé un lieu polyvalent de rencontre et de partage, à la fois restaurant, bar, café, espace d’exposition et de discussion. Repère ou repaire, au-delà de l’homonymie, ce lieu, qui porte le nom de Tribu, est devenu, avenue de l’Indépendance, à Achrafieh, le prolongement physique d’une communauté qui s’étiole en tentant de faire survivre ses rituels dans le virtuel et qui a besoin de points d’attache pour continuer à exister. Anciens élèves des écoles...
commentaires (3)

Merci de la part d'un visiteur des années 70 !

Yves Gautron

20 h 51, le 17 juillet 2023

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (3)

  • Merci de la part d'un visiteur des années 70 !

    Yves Gautron

    20 h 51, le 17 juillet 2023

  • Bravo

    Eddy

    09 h 30, le 17 juillet 2023

  • King Akram !

    Marie Claude

    08 h 41, le 17 juillet 2023

Retour en haut